Affiches de presse retirées sous pressions pro-Erdogan : un kiosquier de Valence moralement meurtri

Ce 29 Mai, les affiches représentant la Une du Point n'ont pas été replacées dans le kiosque de presse de Valence / © S. Hyvon - France 3 Rhône-Alpes
Ce 29 Mai, les affiches représentant la Une du Point n'ont pas été replacées dans le kiosque de presse de Valence / © S. Hyvon - France 3 Rhône-Alpes

Ce 28 mai, Emmanuel Macron a jugé "parfaitement inacceptable" que des affiches du Point, présentant le président turc Erdogan comme un "dictateur", soient retirées des kiosques de presse. Le week-end dernier, des militants pro-Erdogan ont mené plusieurs expéditions, dont une à Valence dans la Drôme.

Par Aude Henry

Début de matinée de ce mardi 29 Mai, un des emplacements d'affiche du kiosque de presse installé place Porte Neuve, sur le boulevard Bancel à Valence, est toujours vide. Sous la pression de militants pro-Erdogan, le kiosquier, Eric Chabot, a été contraint trois jours auparavant de retirer les affiches représentant la Une de l'hebdomadaire Le Point, titrant "Le dictateur" au-dessus d'une photo du président turc, Recep Tayyip Erdogan.

Le kiosquier valentinois est encore sous le choc de cette journée de samedi dernier. "Je me sens meurtri et fatigué moralement", nous dit-il.
Les pressions et intimidations ont duré toute la journée. Plusieurs personnes, des militants visiblement pro-Erdogan, l'obligent à retirer les trois affiches de promotion du Point. La veille, la même expédititon avait été menée à une centaine de kilomètres de Valence, à Le Pontet, dans le Vaucluse.

Témoignage d'Eric Chabot, kiosquier de presse à Valence

Des vidéos ont depuis été postées sur les réseaux sociaux, par des médias traitant d'informations relatives à la Turquie. Celle de Valence dure une trentaine de secondes. On y voit le kiosquier enlever une première affiche. Puis, après un échange avec d'autres personnes qui ne sont pas filmées, l'homme fait le tour de son kiosque et enlève une deuxième affiche.


Ce samedi 26 Mai, deux personnes ont été interpellées sur les lieux. Relâchées par la suite.
Eric Chabot ne souhaite pas porter plainte. Ce qu'il attend, dit-il, "ce sont des excuses".

Ce week-end d'incidents a suscité plusieurs réactions politiques : notamment, celle d'Emmanuel Macron. Le président de la République a réagi ce lundi 28 mai sur son compte twitter. Emmanuel Macron y défend la liberté de la presse, précise que celle-ci "n'a pas de prix", et que "sans elle, c'est la dictature".


Le maire LR de Valence, Nicolas Daragon évoque également des actes inacceptables, lance un appel au calme et tient à rappeler que "nous sommes dans une République libre, laïque, dans laquelle nous pouvons s'exprimer et vivre librement. C'est une chance que nous devons préserver, et ne jamais importer des conflits extérieurs sur notre territoire national".

Nicolas Daragon, maire LR de Valence

La société, responsable de l'affichage des Unes de presse, a procédé à la réinstallation des affiches au kiosque de Valence ce mardi 29 mai, en milieu de journée.


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Reportage de Marion Feutry, Yves-Marie Glo, Virgine Muamba

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