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Replay | Débat du doc : «Zéro mort sur nos routes. Est-ce possible ?»

Plateau Débat du doc : Objectif Zéro mort sur les routes. Yannick Kusy entouré de Michel Pons, Président 69 de la ligue contre la violence routière ; Yves Carra, porte-parole national de l’Automobile-club de France ; le Lieutenant-Colonel Claude Guichon, chef du groupement Bresse des Sapeurs-pompiers de l’Ain et Daniel Pendarias, responsable du pôle de Lyon à la direction générale des infrastructures, des transports et de la mer / © S. Pucci / France 3
Plateau Débat du doc : Objectif Zéro mort sur les routes. Yannick Kusy entouré de Michel Pons, Président 69 de la ligue contre la violence routière ; Yves Carra, porte-parole national de l’Automobile-club de France ; le Lieutenant-Colonel Claude Guichon, chef du groupement Bresse des Sapeurs-pompiers de l’Ain et Daniel Pendarias, responsable du pôle de Lyon à la direction générale des infrastructures, des transports et de la mer / © S. Pucci / France 3

Diminuer le nombre de morts sur les routes est un objectif partagé par tous, mais les méthodes diffèrent. La polémique sur les 80 km/h sur les routes secondaires l'a bien illustré. Quelles sont nos armes pour faire baisser ce chiffre ? 

Par Kathleen Garon

Dans les années 1960, les accidents de la route sont aussi banals que mortels. Ce n'est qu'en 1965 que parait un décret interministériel créant officiellement le Services Mobiles d’Urgence et de Réanimation attachés aux hôpitaux (S.M.U.R). Les SAMU naisent 1968.

Les riverains de la route nationale 7 dans la Drôme furent parmi les premiers à réagir. Il faut dire qu'ils étaient les témoins privilégiés des ravages de la route. C'est cette histoire que raconte le documentaire "Hécatombe sur la nationale 7", diffusé après Soir 3, juste avant notre débat.

La France est loin d'être un bon élève avec ses 53 morts sur la route par million d'habitants. Bon dernier la Lettonie avec 106 morts. Parmi les taux les plus bas, on trouve les Suisses (26) et les Norvégiens (22). Notre progression est sensible mais insuffisante. Nous ne parviendrons pas aux 2000 tués en 2020, objectif fixé au niveau européen (diviser par 2 le nombre de tués sur les routes entre 2010 et 2020).

Sur le plateau, Yannik Kusy sera entouré de :
  • Michel Pons, Président 69 de la ligue contre la violence routière
  • Yves Carra, porte-parole national de l’Automobile-club de France
  • Lieutenant-Colonel Claude Guichon, chef du groupement Bresse des Sapeurs-pompiers de l’Ain
  • Daniel Pendarias, responsable du pôle de Lyon à la direction générale des infrastructures, des transports et de la mer
Ils tenteront de comprendre comment la mortalité routière peut baisser.
Progrès technique, amélioration des comportements, prévention et répression, rénovation des infrastructures… nous aborderons tous les sujets liés aux accidents qui se succèdent encore trop souvent sur les routes françaises…
Faut-il baisser la vitesse, sanctionner d’avantage les conducteurs dangereux, réviser le permis de conduire ? Que vont changer les véhicules autonomes ? comment gère-t-on notre réseau routier ?
 



Le documentaire "Hécatombe sur la nationale 7" est diffusé lundi 10 juin après Soir 3, juste avant ce débat.
Film réalisé par Pierre-Oscar Levy et Charles Antoine Vanecq

Entretien. Yves Carra, porte-parole de l’Association Automobile-club de France

L’objectif de zéro décès sur les routes de France est-il accessible ? C’est la question à laquelle les invités du Grand Débat du Doc tentent de répondre. Convaincu qu’il faut œuvrer vers une meilleure baisse de la mortalité routière, le représentant de l’Automobile-club passe en revue les différentes actions sur lesquelles il faudrait agir d’avantage

De votre point de vue, peut-on un jour atteindre cet objectif ?

Il ne faut pas avoir une mauvaise idée de l’Automobile-Club. Nous fêterons nos 120 ans l’année prochaine. On a été le premier automobile-club association à faire les permis de conduire... pour apprendre aux premiers conducteurs à respecter les règles de conduite. En 1973, c’est Christian Gerondeau –un membre éminent de notre automobile-club - qui a mis en place les premières mesures de sécurité routière, qui avait en charge le premier ministère à la sécurité routière.

Vous voulez dire que les automobilistes, aux-aussi, sont conscients de ce problème ?

Oui, ce que je veux dire… c’est que nous avons une responsabilité de sécurité routière, cela figure dans nos statuts. La baisse de la mortalité sur les routes commence après cette « boucherie » de 1972, et cela continue très régulièrement jusqu’en 2014. Nous sommes le seul membre « automobile-club » de la Fédération internationale de l’automobile avec jean Todt, à sa tête, qui poursuit un objectif très ambitieux de sécurité routière. Et pourtant il vient de la compétition. La doctrine est simple « 100% de passion sur les circuits, mais 100% de raison sur les routes ». J’ajoute que nous devons aux automobile-clubs européens les crash-test de sécurité, qui n’existaient pas avant. On a eu beaucoup de mal au début, mais on l’a mis en place afin de que les voitures participent à la sécurité. Nous aussi, on aimerait arriver à zéro mort. C’est un objectif un peu idéaliste. En tout cas, on travaille tous à pouvoir se déplacer avec un minimum de décès.

Il existe une question récurrente. Pourquoi vendre des voitures qui roulent à plus de 130 km/h, dans un pays où c’est la limite maximale autorisée ?

J’ai envie de vous dire… Tout simplement parce que les gens les achètent. Dans quelques années, une directive européenne va imposer dans tous les véhicules un système qui vous signale que vous dépassez la vitesse autorisée sur la route où vous circulez. Cela ne va pas limiter votre allure, mais juste vous prévenir... ce que de nombreuses applications proposent déjà. Quand on parle de mortalité routière, on stigmatise toujours la voiture, mais il ne faut pas oublier les cyclistes, les piétons. On peut aussi circuler en ville à 50 km/h, et être dangereux en raison d’une obscurité, par exemple. Ne nous focalisons pas uniquement sur la voiture, qui est de plus en plus sure. Nous, on propose des stages pour apprendre à circuler en vélo. On peut apprendre des gestes pour ne pas se mettre en situation d’avoir un accident que l’on soit à pied, en vélo, ou en voiture.
En Auvergne Rhône-Alpes, environ 32% du parc automobile a plus de 10 ans. Et, en moyenne, un ménage de notre région parcourt environ 12 000 km par an.

Faudrait-il accélérer la modernisation des véhicules, en la finançant ?
Vous avez parfaitement raison, mais on le fait déjà, avec la prime à la conversion. Mais l’enjeu est bien là : au niveau du bruit, de la pollution et de la sécurité. Ca va tellement vite ces dernières années dans les équipements de sécurité que, effectivement, plus on en mettra, plus ce sera cher. Plus cela sera couteux à l’achat et à l’entretien… Mais on ne pourra pas passer à côté pour la sécurité routière. Le renouvellement du parc est un enjeu très important.

Le véhicule autonome, que l’on nous promet, vous parait une opportunité dans ce domaine de sécurité ?
Je visite beaucoup de centres d’essais qui travaillent sur les véhicules autonomes, et je sais qu’à Lyon, des tests sont effectués en réel à Confluences. Je discute beaucoup avec les ministères, les administrations... ils sont un peu revenus en arrière sur cette « folie » du véhicule autonome. On imagine ça plutôt comme un avion. On décolle en manuel, on pilote en automatique, et lorsqu’on atterrit on reprend les manettes. Quand on entre sur une autoroute, avec une voirie et une signalisation en très bon état - qui pourront être distinguées très facilement par une voiture autonome, ou semi-autonome – on pourra effectivement appuyer sur un bouton pour laisser conduire la voiture, pourquoi pas, à 80 km/h sur la file de droite pour faire un Paris/Marseille… Pourquoi pas. Et après on prendra la main pour quitter l’autoroute et rouler sur les départementales. Aujourd’hui, pour qu’une voiture soit autonome, il faut qu’elle lise parfaitement l’environnement, et communique avec les autres. Et ça, ça va coûter très cher. Sur les autoroutes, peut-être, mais sur le reste du réseau routier, ce sera moins facile. Je vais vous répéter une phrase intéressante du directeur général de VD Com, qui travaille justement sur les véhicules autonomes, en Ile-de-France : « il n’y a rien de plus dépendant qu’une voiture autonome ». Votre voiture thermique ne dépend que de vous. Pour qu’une voiture autonome puisse fonctionner, il y a des centaines de personnes qui vont devoir travailler en même temps. C’est sans doute plutôt rassurant pour l’emploi, mais c’est tout de même à méditer, je trouve.

La limitation de la vitesse semble être un véritable levier pour faire baisser d’avantage la mortalité sur les routes. Que pensez-vous de la limitation à 80 km/h sur les routes secondaires ?
Le dernier bilan de la sécurité routière montre qu’en appliquant cette baisse, on a gagné environ 3,9 km/h en moyenne seulement. Donc l’enjeu n’est pas là. Le message que l’on envoie n’est pas le bon : « continuez de conduire tranquillement, avec votre téléphone, peut-être un peu alcoolisé, etc… on vous ralentit, ça ira mieux ». Que l’on roule à 80 km/h ou 90 km/h, si on regarde la route et on reste sur sa file à droite, il ne se passera rien. On a beaucoup plus à gagner sur la distance de freinage que sur la limitation de vitesse. Plus on roule doucement, plus on distrait.

Mais on sait que ces 80 km/h imposées font gagner des vies, non ?
Pour l’instant, on n’a aucune preuve. Le bilan sera fait en 2020. On le voit bien en Allemagne. On compte beaucoup moins de morts par million d’habitants, et pourtant, ils roulent plus vite. Ce n’est pas qu’une question de vitesse, c’est une question de formation. En Autriche, ils ont fait diminuer la mortalité chez les 18/24 ans de 30% en quelques années, en mettant en place des formations post-permis. Chez eux, elle est obligatoire et pas uniquement théorique, mais il y a de la pratique.

 

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