Les festivals sont en danger ! Crise sanitaire, coût de production en hausse, faibles subventions, météo défavorable...

Les festivals de musique font grise mine. Beaucoup n'arrivent pas à renflouer des caisses laissées déficitaires par des coûts d'organisation trop élevés ou des conditions météorologiques défavorables. Le festival d'Aoustock a donc décidé d'organiser une soirée samedi 24 février afin de récolter des fonds.

“On a vécu un petit drame. On a pris la pluie au mois de mai et la foudre au mois d’août”. Catherine Cordier est trésorière de l’association Aoustock. Chaque année depuis 2020, elle participe à l’organisation d’un festival de musique à Aouste-sur-Sye. L’année dernière, la Drômoise a dû annuler la dernière journée de festivités en raison d’intempéries.

"Par conséquent, on n'a pas fait les entrées que l’on voulait, mais on a quand même dû payer les groupes", ajoute Catherine Cordier, qui a dû rembourser certains festivaliers. Or, pour un petit festival comme celui-ci, qui accueille malgré tout près de 1000 visiteurs chaque année, “les revenus se font essentiellement sur les entrées et les recettes du bar”.

Comme Aoustock, 40 % des festivals sont déficitaires 

Dans la région, pas moins de 900 festivals sont organisés chaque année. 40 % d'entre eux possèdent des finances déficitaires, 41 % sont à l'équilibre et seulement 18 % engrangent des bénéfices selon les données du Comité régional des professions du spectacle. Le Syndicat des musiques actuelles indique que 43% des festivals ont fini la saison en déficit, la raison principale étant l'envolée des cachets des artistes, mais aussi, comme à Aoustock, les aléas climatiques et la hausse des coûts de productions. 

Il faut savoir que maintenir un évènement pareil sans perdre d'argent, le taux de fréquentation doit au moins être de 70 %. Sauf que depuis la crise du covid, près de la moitié des festivals de la région ont vu leur fréquentation diminuer.

"C’est fragile parce qu’on peut obtenir des aides du département, mais c’est minime. On dépend vraiment des visiteurs”, explique la trésorière. Résultat, cette année, il manque 20 000 euros dans les caisses du festival Aoustock.

Autre exemple, le festival Musilac à Aix-les-bains, s'est retrouvé au bord de la faillite en 2022. Avec 1 200 000 € de déficit, les spectateurs n’ont pas été au rendez-vous lors de la reprise post-Covid. 80 000 entrées ont été vendues quand il en fallait 100 000 pour être à l’équilibre. Pour éviter sa disparition, la région a mis la main à la poche en multipliant sa subvention par 4.

Chercher des financements ailleurs

L’association Aoustock a dû, son côté, aller frapper aux portes des commerçants et des habitants du département afin de leur venir en aide. “Ça peut être mon voisin, ma mère, la grand-mère du coin de la rue qui donne 100 € et puis petit à petit, 100 + 200 + 500 + 1000, on a réussi à récolter 10 000 euros entre cet été et le festival”, explique Catherine Cordier, avant d’ajouter : On n'a pas fini. Il va falloir continuer à les chercher parce que ça ne suffira pas”.

Les 80 bénévoles ont donc décidé d’organiser un concert samedi 24 février à Crest afin de réunir la somme, voire de récolter un peu plus pour s’assurer “un coussin pour assurer l’été” et le prochain festival prévu les 7 et 8 juin. Le prix du billet d’entrée est établi à 20 €. 

L'association profitera de la soirée du samedi 24 février pour annoncer la tête d’affiche du festival Aoustock.

"Sans bénévolat, il n’y aura pas de soirée[s]"

Fred Clerembaux est directeur du festival Aoustock."Ce qui est fort, c’est que les gens nous aident. Tous les techniciens vont bosser bénévolement, les artistes viennent jouer gratuitement, juste, on les défraie. Ce sont eux qui nous ont appelés pour nous dire, on veut que Aoustock continue”, constate-t-il, déterminé à faire perdurer son festival. 

Il avait jusqu’à 2019 l’habitude d’organiser les concerts chez lui, avant d’apporter à Aouste-sur-Sye, le festival qu’il mérite. Depuis 2020, l’association mobilise la somme de 80 000 € pour organiser les festivités

Quand je parle de 80 000 € de budget, ce n'est pas 80 000 € euros que je me mets dans les poches. C’est 80 000 répartis sur tout le territoire de la vallée de la Drôme. Les Food trucks, les artisans, les mecs à technique. Les 80 000 € servent à régaler tout le monde autour

Fred Clérembaux

Directeur du festival Aoustock

À la technique justement, Cyril Minois s’attelle à l'installation de l’ambiance lumineuse, louée pour le samedi 24 février, sur les différents points du site. Il y en aura une soixantaine au total. Lui aussi travaille en tant que bénévole.“Ce que je trouve porteur, c’est le travail collectif, ce que je ne fais pas forcément dans mon travail seul dans mon atelier”, explique le designer lumière missionné pendant deux jours par l’association.

“Et comme c’est une opération ou tout le monde se donne la main pour que ça fonctionne, je vais donner la main pour les jours restants. Sans bénévolat, il n’y aura pas de soirée samedi soir”, ajoute Cyril Minois.

Si Fred Clerembaux n'a pas eu de problème pour trouver de l'aide de manière bénévole, ce n'est pas le cas de tous les festivals. Ils sont 47 % à rencontrer des difficultés à recruter, encore plus depuis la crise du Covid.