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La lavande de Drôme et d'Ardèche à l'heure de la concurrence mondiale

Si la France reste le premier producteur mondial de lavande, sa part de marché mondial ne cesse de diminuer depuis l'apparition de la concurrence internationale. / © Stéphane Duclet / Maxppp
Si la France reste le premier producteur mondial de lavande, sa part de marché mondial ne cesse de diminuer depuis l'apparition de la concurrence internationale. / © Stéphane Duclet / Maxppp

Alors que la récolte de lavande commence en Drôme et en Ardèche, en ce mois de juillet, les lavandiculteurs appellent à un étiquetage plus lisible, pour mieux valoriser leur production face à la concurrence écrasante de la Bulgarie et de la Chine. 
 

Par Mathieu Boudet

Derrière la superbe carte postale des champs de lavande... Une filière menacée. Alors que la récolte commence dans la Drôme provençale et le Diois, en ce mois de juillet, les lavandiculteurs voient leur attractivité décliner face à une concurrence à bas coûts : la lavande de Bulgarie d'une part, et celle, associée à des produits synthétiques, qui déferle de Chine d'autre part.

 

Multiples menaces sur la lavande


Au coeur de la production française, en Drôme et en Ardèche, on coupe déjà la lavande pour en faire des bouquets. La récolte pour les huiles essentielles, elle, débutera à la fin de la semaine. Mais les lavandiculteurs ont déjà plusieurs raisons de s'inquiéter. D'une part, la récolte drômoise sera moins abondante que prévu cette année, suite à l'impact de la canicule du mois de juin. D'autre part, l'invasion de la pyrale du buis, qui se nourrit de lavande, s'ajoute au casse-tête.
Mais surtout, la concurrence internationale vient fragiliser profondément toute la filière. Ainsi, les lavandes de Bulgarie et de Chine devraient s'imposer encore un peu plus cette année, fortes d'avantages compétitifs que les producteurs français jugent inéquitables.

 

La Bulgarie s'attaque au prix


Face à la concurrence bulgare, les lavandiculteurs évoquent le déséquilibre des aides européennes: alors que le niveau de vie y est nettement moins élevé qu'en France, les prix de la lavande bulgare s'avèrent déjà plus attractifs sur les marchés mondiaux, les coûts de main d'œuvre étant plus bas. Mais en plus, le pays bénéficie de subventions européennes 2 à 3 fois plus importantes que la France, dans le cadre d'une distribution avantageant les régions les plus défavorisées au sein de l'Union. Selon les représentants français de la filière, des entreprises étrangères, américaines notamment, s'installent en Bulgarie pour y produire une lavande plus compétitive à l'export. Au détriment de la filière française.

 

La Chine s'attaque au produit

 
Si les producteurs de Drôme et d'Ardèche semblent résignés face à la concurrence bulgare, ils se lèvent désormais contre l'autre géant qui se lève, sur ce secteur comme sur tant d'autres, le producteur chinois. Dans les grandes surfaces, les lavandiculteurs constatent la profusion de produits "made in China" à base de lavande (parfums, arômes, huiles essentielles, etc) mais réalisés avec des produits de synthèse. Or selon eux, les normes d'étiquetages ne permettent pas aux clients de suffisamment distinguer ces produits des productions naturelles. 

 

Défendre la traçabilité


Initiateur du slogan "La lavande n'est pas un produit chimique", Alain Aubanel, président du syndicat des producteurs de lavande de Drôme-Ardèche, doit rencontrer le ministre de l'agriculture la semaine prochaine. Il veut notamment lui demander l'instauration d'un étiquetage simplifié pour les producteurs de lavande française, qui ne pourront trouver leur salut qu'en se distinguant sur la qualité. Son syndicat veut une traçabilité plus simple à mettre en œuvre pour le producteur, et plus lisible pour le consommateur, grâce à un étiquetage simplifié.

 

La lavande française en déclin


Si la France reste le 1er producteur mondial de lavande, sa part de marché mondial ne cesse de diminuer depuis l'apparition de la concurrence internationale. Alors que la production française représentait les deux tiers de la production mondiale il y a quelques années, elle ne représenterait plus que 120 tonnes, sur 700 tonnes de production mondiale chaque année, selon les producteurs français. 

Entre la concurrence des prix, celle de la qualité, l'émergence de la Chine, ou encore l'impact de l'Europe sur les producteurs locaux, le sort de la lavande française ressemble à un étonnant condensé des défis économiques qui se posent à la France. Gageons qu'elle saura tirer son épingle du jeu...



Reportage de Jean Paul Savart et Jean Marc Nouk Nouk
La lavande française face aux marchés mondiaux

 

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