Procès de Gabriel Fortin : dans les pas du "tueur de DRH", chronologie d'un périple meurtrier

Accusé d'avoir voulu se venger de ses licenciements, Gabriel Fortin est soupçonné d'avoir abattu de sang froid fin janvier 2021, deux de ses anciens DRH et une fonctionnaire de Pôle Emploi lors d'une équipée sanglante qui suit le fil de ses échecs professionnels. Le rappel des faits à la veille de l'ouverture du procès d'assises qui se tient à Valence, dans la Drôme.

Accusé d'avoir tué deux directeurs des ressources humaines et une employée de Pôle Emploi, Gabriel Fortin, 48 ans, sera jugé du 13 au 30 juin devant la cour d'assises de la Drôme. Mutique depuis son arrestation, celui qui a été surnommé "le tueur de DRH", devra répondre de trois chefs d'assassinat et d'une tentative d'assassinat.

Spectaculaire interpellation 

Le 28 janvier 2021 au matin, cet ingénieur âgé de 45 ans, habitant à Nancy où il est inscrit comme demandeur d'emploi, est interpellé au volant d'une voiture de location. Son véhicule est percuté par la police alors qu'il empruntait le pont Frédéric Mistral à contresens. Une arrestation spectaculaire. Son véhicule était recherché par la police qui retrouve une arme à l'intérieur. C'est la fin d'un périple sanglant dont il doit à présent répondre devant la justice. 

Sur une vidéo amateur mise en ligne sur les réseaux sociaux, on voit des policiers plaquer au sol l'individu au crâne dégarni. Ce dernier ne résiste pas quand on le conduit dans un fourgon. Depuis cette interpellation, il garde obstinément le silence.

Trois assassinats et une tentative : la chronologie

L'affaire Fortin se déroule entre l'Alsace, la Drôme et l'Ardèche. Du 26 au 28 janvier 2021, le tueur présumé, originaire de Nancy, est soupçonné d'avoir agi en moins de 48 heures dans quatre lieux différents avant d'être interpellé sur un pont enjambant le Rhône, entre Ardèche et Drôme. 

  • Mort mystérieuse à Wolfgantzen

Le 26 janvier 2021, dans la petite ville de Wolfgantzen, bourgade du Haut-Rhin, Estelle Luce, une femme de 39 ans, a été tuée par balles. La jeune femme est retrouvée vers 18 h 40 dans sa voiture, stationnée sur le parking de son entreprise. L'autopsie permet d'établir qu'elle a été tuée de quatre balles tirées du côté gauche de son véhicule. Trois la touchent à la tête, une dans le thorax. La mort est immédiate. Estelle Luce était la DRH de l'entreprise Knauf, spécialisée dans les matériaux d'isolation. Elle était mère de deux filles de 9 et 13 ans. Lorsqu'elle a été abattue, peu avant 18h, elle se préparait à rentrer chez elle et venait d'envoyer un SMS à ses enfants.  

  • Tentative d'homicide à Wattwiller

Le même jour à Wattwiller, à une quarantaine de kilomètres de Wolfgantzen, Bertrand Meichel est aussi victime d'une agression. Moins d'une heure après les tirs de Wolfgantzen, il est agressé à son domicile par un homme armé. Bertrand Meichel est chez lui lorsqu'on sonne à la porte. Lorsqu'il ouvre, il se retrouve nez à nez avec un homme masqué qui tient un carton à pizza. Soudain, le bruit d'un coup de feu se fait entendre. Le DRH n'est pas touché. L'arme s'est enrayée. L'homme, qui portait un masque anti-covid, parvient à s'enfuir. Bertrand Meichel le poursuit. Une rixe s'ensuit et, dans la bagarre, le masque et les lunettes du tireur ont été arrachés. Le suspect prend la fuite en direction du sud. 

Les deux affaires sont-elles liées ? Les enquêteurs découvrent que Bertrand Meichel connaissait la femme tuée à Wolfgantzen. Ce cadre était l'un des anciens collègues d'Estelle Luce. Tous deux travaillaient dans l'entreprise Francel, en Eure-et-Loir, entre 2006 et 2008. Le mobile du tireur est encore mystérieux à ce moment-là.

  • Deux personnes abattues en Drôme et en Ardèche

Deux jours plus tard, le 28 janvier 2021, vers 8 h 30, un homme au visage masqué entre dans une agence Pôle Emploi à Valence, boulevard Victor Hugo. À l'accueil, il décline une identité fictive. Il fait les 100 pas, rejoint un couloir, entre dans un bureau. 

Masque chirurgical sur le nez, main droite plongée dans un sac de plastique blanc, il ouvre alors le feu et touche au thorax une employée, Patricia Pasquion, 54 ans, suscitant la stupeur dans l'établissement. Des témoins, salariés de l'agence, sont présents. L'homme repart comme il est arrivé. Patricia Pasquion est mortellement touchée et succombe quelques minutes plus tard malgré les premiers soins de ses collègues. 

L'agresseur reprend sa voiture de location. Un témoin a est parvenu à relever la plaque d'immatriculation de la voiture utilisée par le tireur présumé. 

L'homme parcourt une dizaine de kilomètres, et se rend en Ardèche, sur l'autre rive du Rhône. Il rejoint l'entreprise Faun Environnement, à Guilherand-Granges, vers 9h. La société est spécialisée dans la fabrication des véhicules de collecte de déchets. Là, il demande à voir Géraldine Caclin. Il finit par trouver cette DRH de 51 ans, ouvre le feu la touchant au ventre et au visage, jette son arme et prend la fuite en voiture. Atteinte trois balles, elle succombe à ses blessures.

Les faits ont lieu en présence de deux de ses collègues, retranchées dans le bureau de la responsable des ressources humaines. Là encore, des témoins décrivent un homme "froid et méthodique".  Alors que Géraldine Caclin et une collègue sont cachées sous le bureau, Véronique M. avait tenté en vain de bloquer la porte pour empêcher le tireur d'entrer dans le bureau alors qu'il avait déjà fait feu.

Géraldine Caclin a été la dernière victime de cette série meurtrière. Le suspect a été interpellé une quinzaine de minutes après ce deuxième homicide, sur le pont Frédéric Mistral qui relie les départements de l'Ardèche et de la Drôme.

Le lien entre les 4 affaires

Trois femmes abattues par un mystérieux tireur masqué. Un homme victime d'une tentative de meurtre. Les enquêteurs ne vont pas tarder à faire le lien entre toutes ces affaires.

Les éléments ADN, un portrait-robot, l'arme et la voiture utilisée, permettent de faire le lien entre les deux victimes alsaciennes et le suspect interpellé dans la Drôme. L'enquête révélera que Bertrand Meichel et Estelle Luce avaient tous deux mené l'entretien de licenciement de Gabriel Fortin en 2006. À l'époque, Estelle Luce n'était que stagiaire. Bertrand Meichel était un professionnel confirmé.

En Ardèche, Gabriel Fortin avait également travaillé chez Faun Environnement comme ingénieur entre 2008 et 2010. Mais l'ingénieur n'avait plus d'emploi depuis son licenciement pour faute et insuffisance professionnelle par cette entreprise ardéchoise. À l'époque, c'est Géraldine Caclin qui avait signé sa lettre de licenciement. L'ingénieur l'avait reçue un 24 décembre. 
En revanche, l'enquête n'a pas établi de lien direct avec la conseillère de Pôle Emploi, même si Gabriel Fortin a été inscrit comme demandeur d'emploi à Valence pendant quelques mois, entre 2010 et 2013. Il ne semblait pas connaître Patricia Pasquion. La responsable d'équipe n'était pas visée directement. Elle serait morte "pour ce qu'elle représentait".

Les quatre enquêtes ont été regroupées au parquet de Valence.

Chômeur isolé

Le suspect vivait à Nancy où il était inscrit comme chômeur de longue durée. Socialement isolé, Gabriel Fortin donne, au travers de l'enquête, l'image d'un homme froid, méticuleux, voire obsessionnel. Il ne s'est jamais exprimé tout au long de l'instruction : muet lors de ses interrogatoires, ne participant pas aux différentes reconstitutions.

Jusqu'alors inconnu des services de police et de justice, ce célibataire sans enfants, ingénieur de formation et tireur sportif, avait laissé deux lettres d’adieu à son domicile, adressées à ses proches et retrouvées lors d'une perquisition. Dans ces deux lettres "laconiques", il demande à sa mère et à son demi-frère "qu'on s'occupe de son appartement  (...) et de son chien, sans en dire plus", selon une source proche de l'enquête. L'auteur de ses écrits avait-il l'intention de mettre fin à ses jours ? Brièvement placé en unité psychiatrique, l'ingénieur est en détention provisoire à Valence depuis son arrestation.

Rancœur et vengeance inachevée

Depuis sa mise en examen pour assassinats et son incarcération en isolement au centre pénitentiaire de Valence, l'enquête a reconstitué le passé de Fortin, marqué par deux licenciements : l'un en Eure-et-Loir en 2006, puis en Ardèche en 2010. Deux épisodes qui paraissent avoir nourri sa rancune jusqu'au passage à l'acte. 

La préméditation des meurtres a été supposée dès les premiers instants de l'enquête. Gabriel Fortin nourrissait une rancœur tenace et ne supportait pas "la déchéance sociale" associée à ses limogeages : il avait créé depuis 2009 de faux profils des cibles alsaciennes sur les réseaux sociaux pour dénoncer leurs méthodes de travail. Il nourrissait la même amertume après son licenciement de Faun Environnement. 

De nombreuses questions restent à ce jour en suspens. Que s'est-il passé entre le 26 et le 28 janvier 2021, entre le moment où le suspect se rend de l'Alsace à la Drôme ? Avait-il d'autres cibles ? L'accusé ruminait-il sa vengeance depuis plusieurs années ? 

Des notes de repérages saisies à son domicile au cours de l'enquête semblent le suggérer. L'enquête a notamment révélé que Gabriel Fortin s'était préparé de longue date et que ses projets de vengeance sont sans doute restés inachevés. Il avait mené des recherches sur internet et effectué des repérages en région parisienne. Au moins trois autres cibles présumées se trouvaient dans son collimateur - deux avocats et un flirt adolescent. 

Jugé devant les assises de la Drôme à partir du 13 juin, Gabriel Fortin encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

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