TÉMOIGNAGE EXCLUSIF. "Ma mère n'était pas qu'une DRH ", Augustin, fils d'une victime présumée de Gabriel Fortin

Gabriel Fortin, ingénieur au chômage, est mis en examen, soupçonné d'avoir assassiné trois femmes en janvier 2021. Le quadragénaire est resté muet depuis son arrestation. À l'approche de son procès, Augustin, le fils de l'une des victimes présumées, a accepté de prendre la parole pour raconter qui était sa mère et ce qu'il attend du procès qui débute dans 20 jours.

Gabriel Fortin est poursuivi pour trois assassinats. Son procès devant les assises doit débuter à Valence le 13 juin prochain et durer trois semaines. Le fils de l'une des victimes présumées du quadragénaire a accepté de s'exprimer. À tout juste 18 ans, Augustin est encore un lycéen, il passe le bac cette année. Mais il a trouvé la force de parler au nom de ses proches. 

C'est le témoignage d'un jeune homme discret qui maîtrise ses émotions et pèse chaque mot. Un jeune adulte qui a grandi trop vite et qui veut aussi rétablir une vérité, une évidence : "ces femmes assassinées sont les vraies victimes". Explications.

Dire qui était Géraldine Caclin

"Jusque-là, on a surtout parlé de ma mère comme d'une DRH. C'était la raison pour laquelle elle a été victime. Et c'était une des seules choses que savaient les médias jusque-là. Mais elle n'était pas qu'un métier, pas qu'une DRH. Je trouvais dommage que la femme qu'elle était soit éclipsée", explique Augustin Caclin.

On voulait changer cette vision des choses, en parlant d'elle et en témoignant sur qui elle était.

Augustin Caclin

Géraldine Caclin était aussi une mère de famille. "C'était une femme qui avait le sens du devoir, des responsabilités. Elle s'impliquait beaucoup dans son travail et dans sa famille. C'était une mère aimante", résume le jeune homme. "On a perdu notre mère", dit simplement le jeune homme.

Un procès pour rétablir "la vérité"

Ce procès, il l'attend comme une étape nécessaire pour rétablir la vérité. "Ce serait la reconnaissance des vraies victimes. Parfois, on a présenté Gabriel Fortin, à la limite, comme étant la victime, avec des victimes qui auraient mérité ce qui leur est arrivé", indique-t-il sans amertume. 

Ce procès doit être la reconnaissance du fait que c'est lui le meurtrier et le coupable.

Augustin Caclin

Des audiences, il attend des explications. "Le procès devrait permettre de dire si Gabriel Fortin a été victime d'injustice, licencié à tort", ajoute le jeune homme, avec calme. "On ne peut pas tuer quelqu'un uniquement à cause de son métier, parce que, peut-être, il aurait mal fait quelque chose. C'est inadmissible !", poursuit-il, toujours maître de lui.

Un accusé mutique

Depuis son arrestation, Gabriel Fortin est muré dans le silence. Il a aussi refusé de participer aux reconstitutions. Alors que le procès approche, Augustin admet ressentir "un peu de stress". Et pour cause, le procès qui s'annonce est encore émaillé d'incertitudes. 
"Jusque-là, Gabriel Fortin n'a jamais parlé. On ne sait pas s'il va assister à son procès. On ne sait pas ce qu'il va dire". Des excuses et des explications pourraient avoir de "l'intérêt". Mais le jeune homme n'attend cependant pas grand-chose de l'accusé. "S'il ne s'exprime pas, je ne suis pas sûr d'avoir envie de lui parler", explique-t-il.

S'il vient pour salir la mémoire des personnes qu'il a tuées, je préfèrerais qu'il se taise.

Augustin Caclin

Ce que le jeune redoute le plus aujourd'hui : que l'on trouve "des circonstances atténuantes" à l'accusé, au prétexte qu'il a vécu "des situations injustes dans le monde du travail".

Le procès permettra-t-il de tourner la page ? Augustin décrit une famille partagée entre colère, abattement, mais aussi combativité. "On essaie surtout de se rappeler les bons moments, tout ce qu'on a vécu ensemble. C'est ce qui nous permet de nous reconstruire et d'avancer". Le jeune homme, qui va prendre la parole à la barre, s'attend à un procès "long et éprouvant". Il a indiqué qu'il n'assisterait pas à l'intégralité du procès pour se préserver et se préparer aux moments les plus difficiles. Pour Augustin, ce procès permettrait de comprendre ce qui s'est passé, mais serait aussi "le début d'une période de reconstruction". Une étape qui permettrait "non pas de recommencer à vivre, mais de recommencer une vie".

Rappels des faits 

Surnommé "le tueur de DRH", Gabriel Fortin, ingénieur au chômage de 47 ans, est soupçonné d'avoir tué par balle une employée de Pôle Emploi à Valence le 28 janvier 2021 au matin, puis la DRH d'une entreprise en Ardèche dont il avait été licencié en 2010. Deux jours plus tôt, dans le Haut-Rhin, c'est la responsable des ressources humaines d'une entreprise qui avait été retrouvée morte sur un parking. Gabriel Fortin, qui est poursuivi pour répondre de ce décès, va également comparaître pour tentative d'assassinat : le 26 janvier, en début de soirée, un autre DRH avait été agressé par arme à feu à son domicile de Wattwiller.

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