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Chroniques d'en haut

Le dimanche à 12h50
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REPLAY. Chroniques d'en Haut sur France 3 vous emmène à la découverte de l'Aubrac, un espace intime

L'aubrac... / © Laurent Guillaume / FTV
L'aubrac... / © Laurent Guillaume / FTV

Chroniques d'en haut vous propose de partir sur les plateaux de l'Aubrac, au confins de la Lozère, de l'Aveyron et du Cantal. Un voyage qui ne peut pas laisser indifférent.

Par Laurent Guillaume

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Après avoir passé plus de 25 ans à arpenter les montagnes de nos régions et parfois du monde, je dois reconnaître qu’aucune ne m’a autant bouleversé que l’Aubrac. 

Imaginez… Des steppes désertiques à perte de vue, des roches granitiques disséminées au hasard des vallons, un ciel intense qui va du noir d’encre au bleu profond sous les assauts d’un vent frais qui charrie des nuages à portée de main, et comme pour sublimer ce tableau sauvage : des burons isolés dans l’immensité de ce décor issu tout droit de l’imaginaire de Tolkien. Immanquablement, l’arrivée sur le plateau d’Aubrac est un choc, un voyage dans le temps, et ne laisse pas indifférent.

Chercher l’exceptionnel dans le détail…

Honnêtement, ça peut même être flippant… Peu habitué au vide, à la simplicité des formes et au dénuement des espaces, l’Aubrac m’a donné le frisson. Il m’aura fallu quelque temps pour que j’en comprenne l’infinie subtilité. Il m’aura fallu apprendre à chercher l’exceptionnel dans le détail, la pierre, l’arbre, le ruisseau, tant l’horizon semble uniforme et monochrome, au point que les vaches elles-mêmes portent la même robe que les estives jaunies par l’été finissant. Les variations visuelles semblent si discrètes… Pourtant : elles sont omniprésentes pour qui sait en saisir le sens. L’Aubrac s’apprend, et ne se donne pas facilement. 

Il faut apprivoiser ces espaces intimes pour qu’ils révèlent leur essence. S’ouvrir entièrement. Ne rien retenir. Se laisser happer par les horizons, se perdre dans ce néant, s’égarer dans les courbes discrètes des monts, se noyer dans un ciel si proche, s’arrêter sous un arbre isolé entouré de rochers granitiques, suivre un muret médiéval menant ailleurs, un ailleurs qui ressemblera étonnamment à ici, mais qui nous fera voyager encore un peu plus loin dans l’espace et le temps. 

Ces paysages à la fois intenses et apparemment pauvres - apparemment seulement - nous embarquent au moyen âge, ou dans les steppes d’Europe de l’est, tant ils semblent avoir échappé aux affres de la modernité.

Un gouffre émotionnel façonné par l’homme…

Serait-ce donc ça, la nature à l’état brut ? L’expression même de la montagne pure ? Sans intervention humaine ? Devant ce spectacle inédit dans nos régions, je n’ai pu m’empêcher de louer la création, persuadé que seuls, les hasards du climat, de la géologie et de la nature avaient pu façonner un paysage aussi fantasque. Il n’en est rien ! L’Aubrac est le fruit de deux millénaires de travail agropastoral acharné, opiniâtre, le fruit de la sueur et de la volonté de ces paysans dont les descendants vivent encore ici. Car sur ces hauts plateaux, à l’époque des Romains, prospérait une immense forêt, défrichée au fil des siècles pour son bois, mais surtout pour ouvrir des pâturages. Ce que je vois aujourd’hui, ce spectacle brut, irréel, sauvage… est en fait une création humaine ! 

Bien entendu, personne, à cette époque laborieuse et lointaine, personne n’imaginait créer ainsi un univers aussi étrange, permettant au regard de percer d’un horizon à l’autre en suivant les chemins de pierre. Personne n’avait imaginé que des photographes, des écrivains, des contemplatifs, des pèlerins, des ésotéristes, des religieux, traverseraient un jour ces plateaux, subjugués par leur voyage intérieur. Espace intime, je le disais… L’Aubrac est une immensité personnelle, un gouffre émotionnel pour qui apprend à en extraire l’essence. Et le fait que ce pays ait été si longuement façonné par ceux qui l’habitent n’y est sans doute pas étranger.

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