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DOCUMENTAIRE. Les enfants troubles ont, eux aussi, droit au bonheur

"Les enfants troubles", un film documentaire réalisé par Sylvie Perrin, diffusé sur France 3 Auvergne-Rhône-Alpes. / © Cocottesminuteprod
"Les enfants troubles", un film documentaire réalisé par Sylvie Perrin, diffusé sur France 3 Auvergne-Rhône-Alpes. / © Cocottesminuteprod

Sylvie Perrin est maman. Dès la crèche, le comportement de son fils pose problème. Elle sait bien qu'il est turbulent, plein de vie mais l'institution y voit rapidement un problème et lui recommande de "consulter". Réalisatrice, elle a décidé de raconter son histoire pour comprendre.

Par Françoise Boissonnat

20% des enfants d’une classe présenteraient des troubles d’apprentissage et/ou du comportement. Le film "Nos enfants troubles" de Sylvie Perrin nous invite à réfléchir, à travers son expérience personnelle, aux causes et aux alternatives thérapeutiques possibles. Bouleversant.

"Madame, vous devriez consulter"

"La première fois que j’ai entendu ça, mon fils avait deux ans et demi, confie Sylvie Perrin. Il était à la crèche. Moi, je le trouvais surtout plein de vie. Entendre - Madame vous devriez consulter - a été d’une violence inouïe. Et je l’ai entendu souvent ! Mon fils est aujourd’hui adolescent. Il s’est fait virer de quatre collèges en quatre ans au motif que le corps enseignant ne peut rien pour lui". Alors, Sylvie Perrin a consulté et le diagnostic est tombé : TDAH, déficit d’attention avec hyperactivité.

"J’ai fait ce film, - Les enfants troubles -, à la première personne. Dans cette histoire-là, je suis partie à la recherche de quelque chose. Je voulais rencontrer d’autres parents qui vivaient la même chose que nous". Nous les rencontrons avec elle, dans les couloirs du service du docteur Olivier Revol, neuropsychiatre et pédopsychiatre à Lyon et en consultation chez Emmanuelle Picquet, psychopraticienne. Deux approches, deux réponses : l’une médicale, l’autre plus globale. Elles se complètent.

Un médecin et une psy car c’est bien de souffrance dont il s’agit. Celle de ces enfants et adolescents qui ne trouvent leur place nulle part et celle de leurs parents, prisonniers d’une désarmante solitude, oscillant entre culpabilité, incompréhension et inquiétude.  Avec, au cœur du film, cette question posée par Sylvie Perrin : nos enfants sont-ils devenus fous ou est-ce la société qui est malade ? 
 

Il faut se poser la question de la normalité. C’est quoi la norme ? Etre le premier de la classe ou apprendre à vivre avec son capital génétique ?

Olivier Revol, neuropsychiatre et pédopsychiatre

 
Quand les enfants arrivent dans le service du Docteur Revol, ils sont hospitalisés quelques jours pour poser ou confirmer un diagnostic et se voir proposer des solutions adaptées. Dans son bureau défilent tous les enfants troubles, comme s’il y avait une épidémie d’enfants hors les clous. Le médecin reçoit enfants et parents. On y parle génétique et traitements, mais pas seulement. "On vit dans une société hyperactive, hyper sollicitante et on demande à ses enfants d’entrer dans un moule. C’est compliqué pour eux. On doit impérativement se poser la question de la normalité. C’est quoi la norme ? Être le premier de la classe ou apprendre à vivre avec son capital génétique ? On oublie que la plupart de ces enfants développent de grandes capacités créatrices et que s’ils ne sont pas les premiers de la classe, ils sont capables de grandes choses. Tout le monde a une place. On doit absolument relire ces troubles dans la société dans laquelle on vit."

Hyperactivité, anorexie, précocité, troubles dys, troubles de l’humeur, de l’attention, du comportement, des apprentissages… Ces maux, très souvent associés aux difficultés scolaires, sont en augmentation constante. Pourquoi ? Quelle est notre responsabilité ?

On invente un DYS par jour. Quand j’étais petite, on disait juste elle n’est pas matheuse, mais c’était il y a super longtemps.

Emmanuelle Picquet, psychopraticienne

 
Emmanuelle Picquet est la fondatrice du Centre Chagrin scolaire où enfants, adolescents et parents sont accueillis pour des thérapies brèves. Si elle ne remet pas en question l’importance du diagnostic, soulageant puisque l’on pose un mot sur un comportement "hors norme", elle nuance "la course au diagnostic, ça dédouane. C’est l’enfant qui est malade et moi adulte, parent ou enseignant, je n’y suis donc pour rien. Ces enfants différents sont perturbants, car ils mettent l’adulte dans l’embarras. Je travaille en expliquant ou en essayant de trouver comment l’enfant va pouvoir vivre avec ses troubles pour que ce soit moins souffrant pour lui et pour son entourage."

"Toujours trop ou pas assez"

Trop petits pour être avec les adultes, trop grands pour être avec les enfants de leur âge, les enfants troubles ne sont jamais là où on les attend. D’une grande intelligence et d’une grande sensibilité, ils sont inadaptés scolairement et ne trouvent pas leur place où qu’ils soient. "Avec ce documentaire, j’ai eu la possibilité de pouvoir dire des choses en mon nom et pour mon fils aussi. Il a vu le film, entendu les témoignages, compris que l’on peut s’en sortir et surtout qu’il n’est pas le seul", dit Sylvie Perrin. "Nos enfants troubles" est un magnifique documentaire. Il donne à voir et à entendre ceux et celles que notre société voudrait voir se fondre dans "sa normalité". C’est un film troublant, touchant et plein d’espoir parce que comme le dit Boris Cyrulnik : "Un trouble n’est pas un destin".

Ce film a été diffusé le 26 octobre 2020 sur France 3 Auvergne-Rhône-Alpes. Il était accompagné d’un débat en présence du Docteur Olivier Revol, pédopsychiatre, et de Boris Cyrulnik, neuropsychiatre

Le débat du doc : les enfants troubles