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REPLAY. Voir ou revoir le film “La douce France de Rachid” diffusé sur France 3

Rachid Taha / © THOMAS BREGARDIS / AFP
Rachid Taha / © THOMAS BREGARDIS / AFP

En 1981, Rachid Taha crée le groupe Carte de séjour à Lyon avec les frères Amini. Une grande partie de ses chansons sont des manifestes politiques forts comme sa reprise de "Douce France" de Charles Trénet.

 

Par France 3 AURA

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"La France de Rachid Taha" se raconte comme un voyage. Le voyage d’un jeune immigré maghrébin des années 70, promis à une vie d’ouvrier mais qui a construit une existence d’artiste majeur, mondialement reconnu.

Pour ce périple, il nous faut un bagage mince, pareil à ceux des exilés. Une petite valise sera notre guide tout au long du film. Elle déambulera à mon poignet, sur la banquette d’une voiture ou d’un train. Quand on l’ouvrira, on découvrira que c’est un tourne-disque sur batterie. Un vinyle posé sur le plateau, le contact de l’aiguille, un craquement sonore et Rachid Taha sera là, bien vivant.

Avec lui, on va ainsi voyager un peu partout, dans Lyon, la ville qui l’a vu se construire avec le groupe "Carte de séjour", mais aussi à Paris, à Londres et ailleurs. Sa "Douce France", empruntée à Charles Trenet, baignera nos rencontres avec ceux qui l’ont connu et avec ceux qu’il a inspirés.

Une valise, un Rachid, une France et le voyage est lancé, comme une quête de liberté. 


Coproduction : JPL Productions – France 3 Auvergne-Rhône-Alpes
Le film sera suivi d'un nouveau numéro de Débadoc : «Visages de cités», présenté par Yannick Kusy.
 

ITV de Fardi Haroud, le réalisateur, par Yannick Kusy

YK : Dans le film, Alain Malleval dit "c'était un vrai Français même s'il était Algérien". Avez-vous hésité entre faire le portrait d'un rocker ou celui d'un franco-algérien ?
FH : Je ne voulais pas faire un biopic, ça ne m'intéressait pas. Pour moi, Rachid Taha, c'était mon poissson pilote qui a traversé la France. Et la France c'est quelque chose que l'on a en commun, vous et moi. Il a traversé la France dans une période particulière, dans son oeuvre de 1980 à 2018. Je me suis dit : si je le prends lui et non pas un ouvrier maghrébin, je pourrai dire beaucoup de choses car je vais me libérer, s'exonérer de certains clichés parce qu'on touche à l'art. Si il a eu des freins, ces freins-là peuvent nous raconter beaucoup plus sur la France qui en principe est douce.

Magid Cherfi dit de lui "c'était un brun magnifique". Rachid avait tout pour être une icone, une idole. Il aurait pu le devenir et j’ai l’impression qu’il ne l’est pas devenu. Par exemple, on admire beaucoup les footballeurs et les rappeurs mais pas lui.
Il y a deux choses chez Rachid : l’aura qu’il a à l’étranger et la réputation qu’il a en France. Il est beaucoup plus connu à l’étranger qu’en France. En France, il restera toujours l’Algérien qui fait du rock. A l’étranger, il était l’un des plus grands rockers. Si vous allez en Angleterre, Johnny Hallyday, ils ne savent pas qui c’est, par contre Rachid Taha, tout le monde sait qui c’est.

Il disait "nos parents sont des facteurs de production, nous on veut devenir des facteurs de création". Il faisait des punchline avec un vrai sens de la communication. Est-ce qu’il n’aurait pas été très doué pour faire de la politique finalement ?
Je ne sais pas. Il était engagé mais presque contre son gré. Il aurait voulu être un artiste mais le fait d’être ce qu’il était dans notre pays le forçait à un engagement et du coup ça le gonflait un peu mais comme il avait le sens de la répartie, il l’utilisait comme une pirouette mais s’engager, sur du long terme, pour une cause, ce n’était pas son truc.

Pourquoi il n’a pas eu de successeur ?
Je pense encore une fois qu’en France il n’a pas réussi à sa juste valeur et du coup, il n’a pas eu de successeur mais il a permis des choses. Avant Rachid Taha, il n’y a pas d’Arabe à la télé ou alors ils sont dans les faits divers. Là, il y a un artiste qui débarque. C’est une déflagration comme le dit Magyd Cherfi, leader du groupe Zebda, dans le film. En plus, il se met sur le devant de la scène et emploie ce qui pourrait être un frein identitaire, il utilise l’arabe mais pas par provocation mais parce qu’il trouve que c’est efficace pour faire du rock.

Justement, est-ce qu’il n’a pas eu une idée de génie à l’avance ? A cette époque, il fallait vraiment être Français à tout prix, chez ses parents, dans sa famille. Vous-même, vous dites "dans ma jeunesse, on écoutait que de la musique française". C’est une sorte de marche forcée et lui c’est le contraire, il impose son arabité. Est-ce qu’il a eu raison avant l’heure, est-ce que ce n’est pas ce qu’il aurait fallu faire ?
C’est un vrai débat. J’aurai adoré partager sur ça avec lui pour savoir quelle est la solution. Parce qu’effectivement on est placé entre la solution soit de tout gommer soit de revendiquer à outrance et peut-être créer des malentendus qui font : "mais c’est qui ceux-là, ils ne sont pas de chez nous". Et c’est quoi le "nous" ? Est-ce qu’il nous englobe vous et moi ou pas ? Et quand on dit "eux" à qui on pense ? Rachid, le génie qu’il a eu c’est qu’il n’est pas rentré là-dedans. Il l’a fait de manière presque naturelle. Il n’est pas rentré dans une idéologie en se disant "il faut chanter en arabe à tout crin", ça sonnait juste, ça sonnait bien. Sa technique c’était d’abord d'écrire en français puis de traduire en arabe et encore c’est un arabe dialectal, moitié argot mais parce que ça sonnait bien. Et du tout, il s’est exonéré de tous ces freins-là. Nous, on en fait un débat et lui, non, il n’était pas là-dedans. Il était génial là-dedans.

Vous ne l’avez jamais rencontré. Quelle question lui auriez-vous posée si vous l’aviez croisé ?
Moi je me disais que pour faire sa place ici, il ne fallait pas trop se faire remarquer par nos caractéristiques qui étaient nos origines. Lui a fait exactement le contraire. Je lui aurai donc demandé : Est-ce que ça a marché pour toi ?
 

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