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REPLAY. Dans l'Allier, à l’Hôtel 128, le street art n’est plus à la rue

L'Hôtel 180 est situé à Lurcy-Lévis dans le département de l'Allier. / © Crescendo Média Films / Marc Planeilles
L'Hôtel 180 est situé à Lurcy-Lévis dans le département de l'Allier. / © Crescendo Média Films / Marc Planeilles

Le documentaire "Hôtel 128" de Maud Reynaud et Marc Planeilles nous plonge au cœur de Street Art City dans l’Allier. Un lieu unique au monde entièrement  dédié à la création et porté par un couple bienveillant et généreux. Le film est disponible ici en streaming.

Par Françoise Boissonnat

Au début de l’histoire, il y a un lieu : l’ancien centre national de formation de France Télécom à Lurcy-Lévis dans le nord Allier. Un lieu et un couple : Gilles et Sylvie, des voyageurs parfaitement étranger à l’art urbain, "On trouvait même ça un peu agressif" dit Sylvie. Mais ça c’était avant de devenir propriétaires d’une friche de 10 hectares flanquée d’un château et d’un bâtiment de 7 000 m2, l’Hôtel 128, à l’abandon depuis de nombreuses années.
Gilles et Sylvie Iniesta, créateurs de Street Art City. / © Crescendo Média Films/Marc Planeilles
Gilles et Sylvie Iniesta, créateurs de Street Art City. / © Crescendo Média Films/Marc Planeilles

Et puis un jour, une vision colorée...

Si la transformation du château en habitation va de soi, il n’en est pas de même pour bâtiment de 7 000 m2. Le couple s’interroge sur ce qu’il va en faire jusqu’au jour où : "C’était le 22 janvier 2015, raconte Gilles. J’ai reçu un message de Sylvie. Elle avait eu un flash, une vision colorée des lieux, comme les tags que l’on voit sur les murs". Ils vont donc passer de la vision à la réalité via des heures et des heures de recherche sur internet. "On a découvert un monde qui nous a fascinés, bouleversés, poursuit Gilles. Un monde de liberté". Quatre mois plus tard, les premiers artistes arrivent sur les lieux. Un premier mur est fait. Le début d’une longue série.

On est au cœur du mouvement artistique de ce siècle. Ici c’est la Villa Médicis du street art !

Aujourd’hui, le site est un lieu de résidence pour les street artistes du monde entier. Ils sont accueillis, nourris, logés et fournis en matériels. Ils ont "mur libre" à l’extérieur comme à l’intérieur. Ainsi dans l’hôtel aux 128 chambres, chaque artiste en choisit une, s’en empare et la transforme en œuvre. Elle sera visible quelques mois, jusqu’à l’arrivée d’un prochain artiste. "On offre une bulle de confort dans laquelle ils peuvent être entièrement tournés vers la création", dit Sylvie. Et Gilles de préciser : "Nous sommes au cœur du mouvement artistique du XXIème siècle, dans la Villa Médicis du street art !"
Chambre de l'Hôtel 128 réalisée par Kelkin. / © Crescendo Média Flms/Marc Planeilles
Chambre de l'Hôtel 128 réalisée par Kelkin. / © Crescendo Média Flms/Marc Planeilles

Pour venir à Lurcy-Lévis, bénéficier d’une vraie résidence et de l’accompagnement des propriétaires, la liste d’attente est longue. Gilles et Sylvie ont reçu 900 demandes de résidence. Le couple fonctionne aux coups de cœur et à l’instinct. L’objectif est d’abord d’offrir un espace aux artistes émergents.

On n’est pas fiers de ce qu’on a fait. On est heureux !

Un lieu de création et d’expositions… ouvert au public de mars à novembre. "La première fois, j’y suis allée en voisine, raconte Maud Reynaud, la co-auteur et productrice d’Hôtel 128. C’était génial de voir travailler les artistes et de pouvoir échanger. Et j’ai aussi été marquée par les visiteurs. Ici se côtoient tous les publics : les collectionneurs, les familles et tous les âges aussi. C’est un lieu qui se vit. Alors j’y suis retournée souvent et pas que pour le film !"
L’artiste Simon Vasquez au travail. / © Crescendo Média Films/Marc Planeilles
L’artiste Simon Vasquez au travail. / © Crescendo Média Films/Marc Planeilles
C’est également ce que doivent se dire les visiteurs. Street Art City a ouvert discrètement au public en 2017… En 2019, plus de 50 000 personnes ont découvert le lieu, "On met l’art à la portée de tous. Ça s’est formidable. On a vu des gens qui achetaient ici leur première œuvre. Pas un mur ! Mais une toile. Chaque résident en laisse trois. Mais non, on n’est pas fiers de ce qu’on a fait. On est heureux !"

Depuis 2016, plus de 300 artistes de 61 nationalités ont été accueillis. Un mot leur est commun "Omerciagato", merci en "streetartcityen !"

(Street Art City a prévu de rouvrir au public le samedi 6 juin. Infos sur street-art-city.com)

Le documentaire en intégralité