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REPLAY | Catherine Destivelle, une “Roc Star”

Catherine Destivelle en compagnie d'Alain Fauritte sur le plateau de "Vous êtes formidables" / © Vous êtes formidables / FTV
Catherine Destivelle en compagnie d'Alain Fauritte sur le plateau de "Vous êtes formidables" / © Vous êtes formidables / FTV

Le 19 septembre dernier, elle a été la première femme à recevoir le «piolet d’or carrière», récompense ultime décernée aux plus grands alpinistes de la planète. Catherine Destivelle est l’invitée de « Vous êtes Formidables ! ».

Par Alain Fauritte

Vous êtes formidables avec Catherine Destivelle


Cette « Roc Star » des années 80, comme titrait Paris Match à l’époque, personne ne l’a oubliée. Il faut dire que ce petit brin de femme aux cheveux bouclés et au sourire angélique a fait rêver toute une génération née en plein boom pour l’escalade. Elle a fait rêver… et frissonner. Moi le premier, pour ce qui est des frissons. Ces derniers jours, plongé dans les archives de cette époque, j’ai d’ailleurs revu quelques-unes de ses ascensions vertigineuses qui font froid dans le dos. On l’y voit seule, à mains nues, affronter des parois sans fin dressées vers le ciel. Je ne suis pas particulièrement sujet au vertige, mais j’ai vécu les mêmes sensations qu’en regardant le funambule français Philippe Petit faire sa traversée sur un câble entre les deux tours du World Trade Center, début août 74 à New-York. Ces exploits ont quelque chose d’irréel tant on a du mal à s’imaginer à la place de ceux qui les accomplissent. Vous l’aurez compris, Catherine Destivelle a déjà gagné toute mon admiration.

Du roc au papier

Il faut savoir que ce « Piolet d’Or Carrière », qui récompense une carrière d’exception, elle était gênée de le recevoir. Pensez-donc, le premier de l’histoire a été remis en 2009 à Walter Bonatti. Une légende. Il a donné son nom à une voie ouverte sur le pilier nord du petit Dru, dans le massif du Mont-Blanc, l’une des parois les plus raides des Alpes. Mais bon, la Dame a aussi un très beau palmarès. Elle a aussi une voie à son nom sur la très difficile face ouest des Drus. Elle est à ce jour la seule femme à avoir vaincu en solitaire Les Grandes Jorasses, Le Cervin et la face Nord de l’Eiger. Et surtout, elle consacre sa vie depuis de longues années déjà à transmettre sa passion pour la montagne via Les Editions du Mont-Blanc, qu’elle tient à bout de bras. Une Maison d’édition estimée des puristes et appréciée du grand public pour ses livres accessibles à tous. « Faire de l’édition, c’est encore plus dur que de pratiquer l’escalade », affirme-t-elle en connaissance de cause. C’est presque un sacerdoce et il faut décupler d’énergie pour y parvenir. Et c’est ce qu’elle fait. Et c’est cette reconnaissance de son travail d’éditrice qui lui permet d’accepter l’idée d’une récompense de ses pairs.   

« Cocktail Palace »

Une récompense qui a peut-être fait grincer quelques dents. Dans tous milieux, il y a des jalousies. Et quand on fait dans l’excellence, c’est un risque à courir. Immense grimpeuse et alpiniste, excellente éditrice, femme charmante… Catherine Destivelle a de quoi agacer, si l’on en croit le facétieux Yves Ballu. L’écrivain spécialisé dans l’histoire de l’alpinisme lui a adressé un message dans lequel il répète à 3 reprises « elle agace!». Une belle façon de saluer avec humour les qualités de cette femme d’exception que je le soupçonne d’admirer ! Pour ma part, cette admiration ne date pas d’hier. En fait, je l’ai rencontrée pour la première fois il y a très longtemps… J’avais été choisi pour présenter une émission régionale diffusée au national durant l’été 1994. Un mélange de démonstrations sportives aquatiques, de chansons du groupe féminin « Evasion », et de talk-show, délicieusement intitulé « Cocktail Palace »…

Des retrouvailles

Le lieu choisi pour les plateaux était fort sympathique, puisque nous occupions une des magnifiques terrasses de l’Impérial Palace, hôtel luxueux construit en bordure du Lac d’Annecy. L’invitée fil rouge était… vous l’aurez deviné : Catherine Destivelle. J’ai un souvenir étrange de la préparation de cette émission, car tout le monde me disait : « attention, elle n’est pas facile, elle peut être cassante, elle fait souvent la tête… ». De quoi rassurer quand on doit passer 1 heure avec une invitée « people ». Comme toujours, je ne me fie pas aux rumeurs et j’aborde mon invitée avec le sourire, et un entretien bien préparé. Et bien sûr, tout se passe bien. Mon invitée est précise, souriante, détendue. Une émission agréable vue, si ma mémoire est bonne, par plus d’un million de téléspectateurs. Des chiffres qui font rêver aujourd’hui ! L’idée de revoir 26 ans après mon invitée d’alors est enthousiasmante, surtout pour évoquer une reconversion aussi réussie.

Mon premier vent

La rencontre est chaleureuse... et je me paie bien sûr le culot de lui raconter ce qu’on m’avait dit d’elle avant l’émission d’il y a 26 ans. Elle me répond que ça ne l’étonne pas car elle a du mal à faire semblant. Elle avoue s’être retrouvée sans comprendre ce qui lui arrivait dans des émissions dans lesquelles elle ne se sentait pas à sa place. « Je m’ennuyais, et quand je m’apercevais dans les écrans de contrôle, je me rendais compte que ça se voyait… mais bon ! ». Et cette explication, qui me fait éclater de rire, me la rend encore plus sympathique.  Effectivement, c’est quelqu’un qui ne triche pas. Je l’apprends d’ailleurs à mes dépens (le mot est fort !). Au début de l’émission, je propose toujours à mes invités de regarder des photos. La première est souvent celle de leur ville de naissance. Ce qui provoque parfois une petite réaction émue. Avec Catherine Destivelle, je me prends un vent ! Née à Oran, elle voit donc une photo de ce grand port d’Algérie dominé par le fort de Santa Cruz, une citadelle édifiée sur une crête rocheuse. J’y vois bien sûr la révélation de son goût pour l’escalade ! Que nenni. L’oranaise de naissance ne reconnaît pas la ville et lorsque je la lui dévoile, elle pouffe de rire. Elle n’y a passé qu’un an dans des langes et n’y est jamais retournée. En un mot, Oran, elle s’en fiche comme de son premier baudrier, et encore.  

Une femme déterminée

Cette anecdote résume bien le personnage. Elle est sincère, entière, pragmatique, drôle, et sans doute aussi pudique. Je soupçonne une sensible sous une carapace un peu bougonne. Quoiqu’il en soit, un personnage rare pour ne pas dire unique. Inscrite à 13 ans par ses parents dans une école d’escalade, elle s’est entrainée longtemps dans la forêt de Fontainebleau avant de découvrir le grand frisson de l’alpinisme. Elle a alors effectué en cachette de sa famille les ascensions les plus périlleuses. Elle a ensuite multiplié les victoires qui ont fait d’elle la star de l’escalade mais sa véritable passion est toujours pour la montagne, où elle a failli perdre la vie dans un grave accident. Aujourd’hui, elle continue à pratiquer. Je ne serai pas étonné d’apprendre qu’elle a vaincu un nouveau défi en montagne. Avec une telle femme, il ne faut s’étonner de rien !

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