Coronavirus COVID 19 : en Haute-Loire, un centre d’accueil de demandeurs d’asile à l'heure du confinement

Le Centre d’accueil de demandeurs d’asile (CADA)de Saint-Beauzire en Haute-Loire vit aussi à l’heure du confinement à cause du coronavirus COVID 19. Le centre accueille plus de cent personnes actuellement, des hommes seuls et des familles de plusieurs nationalités. 
Les réfugiés hébergés en Centre d'accueil de demandeurs d'asile sont soumis au même confinement que la population générale pour éviter la transmission du coronavirus COVID 19. Photo d'illustration.
Les réfugiés hébergés en Centre d'accueil de demandeurs d'asile sont soumis au même confinement que la population générale pour éviter la transmission du coronavirus COVID 19. Photo d'illustration. © Kamila Stepien / MAXPPP
En pleine crise coronavirus COVID 19, ils sont 46 étrangers actuellement au Centre d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) de Saint-Beauzire en Haute-Loire, en attente d’une réponse à leur demande d’asile en France, auxquels s’ajoutent une soixantaine de réfugiés accueillis temporairement par l’association Léo Lagrange qui exploitait autrefois un village de vacances sur ce site en pleine campagne reconverti depuis 2015 dans l’accueil de migrants.

Ils viennent d’Afghanistan, du Niger, du Tchad… Et comme beaucoup d’entre nous, ils s’interrogent sur ce mystérieux virus et ils ont peur.
 


«On a très peur, il faut prier, il faut prier !».

Isabelle Mondani est une bénévole de la première heure. Elle intervenait déjà lorsqu’a ouvert en novembre 2015 à Saint-Beauzire un CAO, un Centre d’Accueil et d’Orientation. Elle donne de son temps pour enseigner des rudiments de français et aider les migrants accueillis dans leurs déplacements médicaux ou administratifs. Aujourd’hui, comme une vingtaine d’autres bénévoles, elle ne peut plus se rendre sur le site, fermé aux visites extérieures. Mais elle a eu quelques contacts avec les résidents : «On s’envoie des SMS ou on s’appelle, il y a des affinités qui se créent entre nous», dit-elle avant de poursuivre « J’ai reçu le message d’une Eryhréenne, elle dit avoir très peur, elle m’a confié : il faut prier, il faut prier, on ne sait pas ce qui va arriver !».

«Pour eux, c’est la double peine, ils aimaient pouvoir bouger et cette épidémie complique aussi beaucoup les choses pour les salariés du centre», déclare Isabelle Mondani.
   

Le centre est au ralenti

De fait, le personnel -plus d’une quinzaine de salariés en temps ordinaire pour l’administratif, l’entretien, la surveillance…- a été drastiquement réduit.Seulement deux travailleurs sociaux étaient présents cette fin de semaine avec pour mission de tenter de rassurer tout le monde et vérifier qu’aucune personne n’était malade.

«Nous prenons au quotidien la température des enfants et des personnes vulnérables, nous avons mis des affichettes sur l’épidémie de Coronavirus et les mesures à prendre dans différentes langues», explique la directrice-adjointe Valérie Prével. «Actuellement, aucune personne ne présente de symptômes», rassure t-elle.


Tout est arrêté, comme les cours de français, d’informatique ou de rudiments de code de la route donnés par les bénévoles, précise la directrice du centre.

 
Les entretiens individuels avec les éducateurs spécialisés et l’accompagnement administratif dans les demandes d’asile ont été suspendus, les activités sportives aussi. «Certains font du judo ou du foot avec les associations locales, d’autres du kick-boxing, tout est arrêté, comme les cours de français, d’informatique ou de rudiments de code de la route donnés par les bénévoles et on leur demande de limiter les sorties, juste pour faire leurs courses à Brioude», précise la directrice. En temps ordinaire, une douzaine d'enfants des familles hébergées dans l'ancien village de vacances sont scolarisés à l'école du village. "C'est un drame pour eux aussi", avance une bénévole.
 
 Le centre Léo Lagrange est composé d’une dizaine de chalets disséminés dans un grand parc pour l’accueil de familles entières et de bâtiments collectifs offrant une vingtaine de chambres. Les migrants logés dans cette partie collective  disposent de deux cuisines partagées où ils préparent eux-mêmes leurs repas. 

« On leur propose de prendre leurs repas en décalant les horaires et surtout de respecter la distance de 1 à 1,50 mètre entre eux quand ils cuisinent et qu’ils mangent en groupe», dit la directrice-adjointe. «Ils ont compris ces mesures mais il y a du stress», précise un salarié du centre, en chômage technique depuis le début de la semaine.
   

Repas solidaire annulé

Pierrette Seguy se rend au CADA en principe tous les lundis en fin d’après-midi. Elle s’occupe de trois enfants serbo-afghan d’une même famille pour les aider à faire leurs devoirs. Elle fait aussi de l’alphabétisation pour une douzaine d’enfants soudanais qui sont arrivés après avoir séjourné dans un camp de réfugiés au Tchad. Depuis une dizaine de jours, elle a interrompu ses visites «pour les protéger et me protéger», dit-elle. 

«Ils sont plus vulnérables que nous, c’est difficile pour eux de rester confinés ; heureusement il y a de l’espace tout autour du centre, ils peuvent marcher un peu, faire du vélo mais ils ont vécu des situations de survie et cette inquiétude doit ressortir avec cette situation». Elle poursuit : «C’est d’autant plus difficile pour ceux qui ne parlent pas du tout notre langue et qui n’ont pas forcément les mêmes notions d’hygiène que nous».

Chaque mois, le centre organise un repas solidaire avec les migrants où la population locale se mélange aux personnes des différentes nationalités et aux bénévoles. Le prochain devait avoir lieu début avril, il est forcément annulé et reporté, mais «jusqu’à quand ?» s’interroge Pierrette et tous les bénévoles du CADA. 
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