En Auvergne, comment la radio d'un petit village crée du lien depuis près de 40 ans

Cette année marque les 40 ans des radios libres. L'une des dernières survivantes d’Auvergne s’appelle Radio Craponne et émet depuis 1982 à Craponne-sur-Arzon en Haute-Loire. Depuis, Radio Craponne s'est installée durablement dans la voiture, le salon et le coeur de ses 15 000 auditeurs. 

Même dans son jardin de Haute-Loire, Gérard, fidèle auditeur de la radio libre Radio Craponne, ne se sépare pas de son poste.
Même dans son jardin de Haute-Loire, Gérard, fidèle auditeur de la radio libre Radio Craponne, ne se sépare pas de son poste. © S.Trentesaux/FTV

Dans certains foyers de Haute-Loire, ils font presque partie de la famille : derrière le micro de Radio Craponne, toute la semaine, se relaient une vingtaine de bénévoles. Jacques est le seul animateur, salarié à temps partiel de cette radio libre qui raconte la vie de Craponne-sur-Arzon, un petit village d'Auvergne. Certains habitants ne s’en passent plus : « Je vais à l’atelier, j’ai Radio Craponne branchée, je vais dans ma voiture, j’ai Radio Craponne, ici au jardin j’ai Radio Craponne dans ma brouette… Je ne suis jamais seul ! » raconte Gérard. « Moi, dès que je me lève, à 7 heures, j’appuie sur le bouton. Et jusqu’à midi ! » déclare un autre auditeur.

« On s’adresse vraiment aux gens donc on a l’impression d’être utiles »

Jacques Bodiment est au micro depuis de nombreuses années : « On s’adresse vraiment aux gens donc on a l’impression d’être utiles », explique l’animateur. « Moi, quand j’ai commencé la radio, c’étaient les cassettes et deux platines disques. On envoyait les disques de chaque côté. C’était les 45 tours du Top 50. C’était les années 85 ou 86. Maintenant, il y a l’informatique, c’est vrai que ça a tout changé », raconte-t-il. « On ne voit pas les auditeurs, mais on est en relation avec eux parce que nous, c’est régional, local. On reçoit des coups de fil pour nous dire « J’aime bien votre émission, j’étais tout seul aujourd’hui, ça me remonte le moral d’entendre les tubes de ma génération »… C’est ça qui est intéressant », ajoute Jacques Bodiment.

durée de la vidéo: 04 min 32
Découvrez Radio Craponne, qui fête ses 39 ans

39 ans de succès

Voilà 39 ans que le patron Jean-Pierre Langénieux a créé cette radio de toutes pièces dans ce petit village de 2 000 âmes, où les bonnes ondes n'ont jamais cessé de circuler. « Pendant le COVID, c’était le pire, les gens n’avaient pas le droit de sortir. La télé, ça va 5 minutes et puis on est obligé de regarder l’écran. La radio, on peut faire autre chose, on se lève, on revient…La radio, on peut l’écouter partout », se félicite-t-il. Et sa radio a une spécialité : « On ne passe pas que de l’accordéon mais c’est quand même notre fond de commerce parce qu’on en fait 2 heures le matin et 2 heures le soir ! » Jean-Pierre a vendu et réparé des voitures. Plus jeune, il était joueur puis entraîneur de foot de l'équipe locale. Cette année, il a vibré en direct pour l'équipe du Puy en Coupe de France. « Moi j’adore, c’est ce qui me botte ! »

15 000 auditeurs chaque jour

Ce fonctionnement ultra-local séduit les auditeurs : « Le matin de bonne heure, dès 7 heures, vous avez des nouvelles de l’incendie qui est arrivé récemment dans le coin. Il n’y a pas longtemps, j’ai appris qu’il y allait y avoir une nouvelle remorque dans une commune. On est un pays où tout n’est pas facile mais on se fait vivre les uns les autres et si la commune investit dans une remorque ou une usine, pour nous, ça ouvre quelque chose », raconte Gérard, le fidèle auditeur. « Je suis devenue aveugle, ça fait 5 ans. Je prenais mon journal tous les jours, j’aimais lire, j’aimais faire beaucoup de choses que je ne peux plus faire. Pour moi, c’est précieux Radio Craponne. Ils sont très bien », explique Paulette, qui elle aussi écoute quotidiennement sa radio locale. De Gérard à son poste de travail, de Paulette depuis sa cuisine, Radio Craponne est les yeux et les oreilles de ce petit pays. Un souffle de vie qui irrigue les campagnes du Velay et dont Jean-Pierre Langénieux est très fier : « On ne sera jamais comme les radios professionnelles, on se trompe, on fait des bêtises, mais les gens nous pardonnent. On fait 85% de la Haute-Loire, avec à peu près 15 000 auditeurs par jour, c’est bien, je trouve qu’on a réussi ! »

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
médias économie culture musique ruralité société