Ils avaient à peine dix ans en 2015, mais déjà l'envie de dessiner. L'attentat de Charlie Hebdo, où ont été tués en plein Paris huit journalistes, a marqué leurs parcours vers ce métier qu'ils étudient à Lyon. Et n'a pas éteint leur flamme pour la caricature.
Pour eux, ce sera la caricature. Étudiants à l'école Emile Cohl de Lyon, Margaux Bounaix et Augustin Moulin en ont fait leur spécialité. Tous deux se voient ensuite travailler pour la presse. Nous leur avons demandé un dessin évoquant l'attentat dans la rédaction de Charlie Hebdo.
Transmettre des idées
Face à sa page blanche, criterium en main, Margaux pense à un personnage commun. Elle esquisse un croquis. Un visage d'enfant apparaît, enfoncé dans les épaules, la tristesse accentuée par des larmes et des lèvres tombantes. "J'aime beaucoup les expressions des gens dans la manière de déformer le visage, vraiment tirer leurs expressions à leur maximum, même si le dessin n'est pas très abouti" affirme Margaux. Mais l'enfant tient fermement une fleur à la main, l'espoir reste. Margaux aime provoquer des réactions chez celui qui regarde. "En dessin, on peut transmettre des idées, quelque chose d'intéressant. C'est ce qui m'attire dans la caricature."
Se moquer de tout sans être grossier
Charlie Hebdo c'est un journal qui est là pour représenter la liberté de penser, de dessiner.
Augustin Moulin, étudiant
Augustin a pour sa part choisi un personnage célèbre. La Statue de la liberté grimée en guerrière. Pour le dessinateur, la liberté d'expression est un combat. "Ce dessin permet pour moi d'exprimer le fait que Charlie Hebdo c'est un journal qui est là pour représenter la liberté de penser, de dessiner". Petit, Augustin baigne au milieu des revues de ses parents, où il découvre la caricature. "Je trouve qu'on peut se moquer de tout sans forcément être grossier. Cela permet de passer des messages avec un certain humour". Tout est question de dosage selon lui. "Il y a juste des manières de faire sans blesser les gens. C'est le message derrière le dessin qui est le plus important, plus que le dessin en lui-même".
Faire attention à être bien compris
Il y a pas mal de gens qui n'adhèrent plus à l'esprit Charlie
Xavier Lacombe, dessinateur lyonnais
Depuis son bureau de la région lyonnaise, Xavier Lacombe dessine pour Siné mensuel et Marianne. Si l'attentat de Charlie Hebdo ne lui a pas posé plus de limites, il lui a apporté plus de rigueur. "Je fais plus attention à être bien compris, à ne pas être ambigu. Avant, il y avait un peu plus de légèreté où je me disais si le dessin est loupé, ce n'est pas très grave".
Le caricaturiste, qui observe les réactions sur les réseaux sociaux, estime que les choses ont malgré tout changé depuis l'attentat. "Il y a pas mal de gens qui n'adhèrent plus à l'esprit Charlie, à l'esprit de cette moquerie assez virulente de l'époque qui suit celle de Hara-Kiri et des années 60. Il y a ceux qui disent, ce n'est pas grave, il faut que Charlie continue à exister. Et ceux qui le combattent ou s'en servent à des fins politiques". Nos trois caricaturistes ont depuis longtemps choisi leur camp.