Affaire Fiona. Les accusés Bourgeon et Makhlouf règlent leurs comptes

Le procès en appel de Cécile Bourgeon, la mère de Fiona et de Berkane Makhlouf est entré dans sa troisième journée, aux assises de Haute-Loire. Mercredi 31 janvier, le « pacte de non-agression » qui semble lier le couple d’accusés s’est un peu plus fissuré. / © Franck Lemort
Le procès en appel de Cécile Bourgeon, la mère de Fiona et de Berkane Makhlouf est entré dans sa troisième journée, aux assises de Haute-Loire. Mercredi 31 janvier, le « pacte de non-agression » qui semble lier le couple d’accusés s’est un peu plus fissuré. / © Franck Lemort

Le procès en appel de Cécile Bourgeon, la mère de Fiona et de Berkane Makhlouf est entré dans sa troisième journée, aux assises de Haute-Loire. Mercredi 31 janvier,  le « pacte de non-agression » qui semble lier le couple d’accusés s’est un peu plus fissuré. 

Par K.T. avec Valentin Pasquier

Pour cette troisième journée d’audience, c’est le frère de Cécile Bourgeon qui a été le premier à témoigner. Le jeune homme de 27 ans évoque l’arrivée de Berkane Makhlouf dans la vie de la mère de Fiona et ses conséquences.  « Elle s’est détachée de sa famille », indique-t-il. Au sein de la famille, l’accusé se comportait en « dictateur », selon lui. « C’est lui qui décidait, qui imposait sa façon de voir les choses ». Et d’insister en parlant de sa sœur : « Toute sa vie, c'était des mauvaises fréquentations. C'était une dérive. Si je lui avais fait des remarques, ça l'aurait fermée plus qu'autre chose. (...) Je pense qu'elle regrette aujourd'hui. L'engrenage a commencé bien trop tôt et elle n'a jamais pu s'en sortir ».


Je n’ai jamais frappé mes enfants 




Berkane Makhlouf sort alors de son silence : « Mais Fiona, je lui achetais des jouets à Fiona ! ». « Acheter des trucs c’est pas une preuve d’amour » rétorque alors le frère. « Tu disais que je suis malsain, reprend B. Makhlouf, mais on t'accueillait bien à la maison, on faisait la tournée des bars ensemble, on te payait des coups..."  Un peu plus tard, s’adressant toujours au frère de Cécile Bourgeon, Berkane Makhlouf lancera : « Mais franchement désolé si j'ai pu te faire du mal. Et franchement, si je savais où était Fiona, je ferais tourner personne en bourrique (…) on emmènerait la police à cet endroit.”
Le jour où il a appris la disparition de Fiona, le frère de Cécile Bourgeon aurait eu un échange téléphonique avec un proche dans lequel il aurait parlé « d’un geste de trop de Cécile ».  Il croyait sa sœur, mais émettait des doutes. "J'étais pas convaincu," affirme-t-il. Cécile Bourgeon se lève : « Mon frère, je l'ai trahi, comme j'ai trahi tout le monde; Je lui ai fait beaucoup de mal. Il a pu s'imaginer beaucoup de choses. Mais il ne m'a pas vu frapper mes enfants. Et je suis formelle : je n’ai jamais frappé mes enfants ! ».

Fiona « était au ciel »


Cécile Bourgeon confirmera que son frère n’était pas au courant de la « fausse disparition » de Fiona, le 12 mai.  Elle affirme, qu’en dehors du couple, seule une personne était au courant de la mort de Fiona à ce moment-là. Il s’agit de la jeune sœur de la fillette.  Lorsque celle-ci lui a demandé où était Fiona, l'accusée lui a alors répondu que sa grande sœur "était au ciel".

Au fil des débats, le « pacte de non-agression » qui lie le couple d’accusés semble se fissurer. Ainsi, lorsque Cécile Bourgeon se souvient de l’été 2012 : « Ce qui m'a choquée, c'est le premier coup que je l'ai vu donner dans la voiture. Un coup de poing énorme ». La réponse de B. Makhlouf est immédiate : « Ah et toi ça t'arrivait pas de péter les plombs Cécile? ».
Et l’accusée de poursuivre sa charge contre son ex compagnon : « Je n’aurais pas dû laisser ça. C'est comme si j'avais laissé une ouverture. (...) Fiona ne dormait plus la nuit, quand il arrivait, il faisait beaucoup de bruit. Je suis tombée très très très très bas psychologiquement. Il était parano, il pensait que je l'empoisonnais, que je mettais du sang de mes règles dans ses repas. Il me rabaissait sans arrêt. Il appelait sa mère pour lui dire que je n'étais qu'une pute (...) J'ai mis longtemps, à force de voir mon psychologue, à comprendre que ce n’est pas comme ça qu'on traite une femme. Que ce n'était pas un comportement normal. Ca fait pas si longtemps que ça que je réalise ».



Cécile Bourgeon explique alors qu’après la disparition de Fiona,  son « nom avait disparu ». « Il ne fallait pas le prononcer". Lorsqu’elle parlait de Fiona à B. Makhlouf : «  tout de suite il pensait qu'il y avait des micros, des caméras. Tout de suite des crises de parano ». Berkane Makhlouf : "Tu dis ça alors que c'est toi qui ne voulais pas parler ! Tu n'as jamais pleuré après le décès de Fiona. Moi je me demandais comment tu faisais, moi je pleurais tous les soirs."
Cécile Bourgeon fait part d'un épisode lorsqu'elle était enceinte, deux semaines environ avant la disparition de la fillette. Elle était aux toilettes, entend Fiona pleurer. Lorsqu'elle sort, elle aperçoit Fiona "complètement soumise", avec Berkane Makhlouf qui avait son genou sur l'abdomen de sa fille.

 Je veux bien être condamné pour plein de trucs, mais pas pour ça, pas pour avoir tué Fiona 



Cécile Bourgeon éclate alors en sanglots : « J'en ai marre qu'on me traite de menteuse lorsque je parle de mes enfants. Je n'ai jamais frappé mes enfants! Si j'étais restée célibataire avec mes filles, certes je n'aurai pas mon fils. Mais je serais avec mes filles... Vous ne savez pas ce que c'est d'avoir échoué en tant que mère, de ne pas avoir su protéger son enfant ». Alors que Cécile Bourgeon continue de parler au micro, Berkane Makhlouf fulmine. Comme on lui a demandé de ne plus réagir au micro, il marmonne sans arrêt. On ne l'a jamais vu aussi actif. Lorsque le président lui donne la parole, il rejette en blocs les accusations de violence : « J’ai jamais frappé Fiona, jamais ! ». « Je suis dégoûté de ce qu’elle dit. Je veux bien être condamné pour plein de trucs, mais pas pour ça, pas pour avoir tué Fiona. Cécile elle ment, elle en rajoute. Elle ment. Elle ment. Elle est dans une surenchère. Je ne veux pas rentrer dans son jeu… ».



Celui qui, en première instance a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle, finira par lancer : «  Elle me charge pour être dehors le plus tôt possible. Pour elle, elle est déjà dehors ». Cécile Bourgeon pourrait, en effet, si sa première condamnation était confirmée, recouvrer rapidement la liberté après ce procès.
Des échanges houleux qui témoignent des tensions extrêmes dans le box des accusés. Des règlements de comptes qui, les parties civiles l’espèrent, pourraient participer à la manifestation de la vérité.

 

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