Haute-Loire : la rafle du Vel d’Hiv racontée par les dessins de Cabu

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Le Lieu de Mémoire du Chambon-sur-Lignon en Haute-Loire accueille jusqu'au 30 septembre les dessins de Cabu sur la rafle du Vel d'Hiv en 1942 à Paris. ©Reportage : L. Cluzel, E. Monnier Montage : P. Raclet Dessins : V. Cabut

Le lieu de Mémoire du Chambon-sur-Lignon en Haute-Loire accueille jusqu’au 30 septembre 2023 les dessins de Cabu. Ils racontent la rafle du Vel d’Hiv, un des évènements les plus tragiques survenus en France sous l’occupation, dont on n’a retrouvé qu’une seule photo.

La rafle du Vel d’Hiv, c’est l’arrestation à Paris et à Drancy les 16 et 17 juillet 1942 de 12 884 hommes, femmes et enfants avant leur déportation dans les camps d’extermination nazis. Seule une petite centaine de victimes survivra.

De cette page sombre de l’histoire de France, l’historien et avocat Serge Klarsfeld, inlassable défenseur de la cause des déportés juifs en France n’en a retrouvé qu’une seule image : quelques autocars garés devant le vélodrome alors situé rue Nélaton dans le 15ème arrondissement de Paris.

Pour illustrer un article sur le livre de Claude Levy et Paul Tillard qu’elle s’apprêtait à publier en 1967, la revue le Nouveau Candide avait fait appel à Cabu, qui n’était pas encore dessinateur pour Charlie Hebdo, où il décédera victime de l’attaque terroriste menée le 7 janvier 2015 dans les locaux du journal satirique.

Ces dessins présentés du 22 juin au 30 septembre 2023 au Lieu de Mémoire du Chambon-sur-Lignon en Haute-Loire sont donc la première illustration de cette tragédie qu’a été la rafle du Vel d’Hiv. Un travail dont Cabu dira qu’il lui a provoqué des cauchemars en l’illustrant.

Pour Floriane Barbier, la responsable du Lieu, « Le ressenti c’est une émotion car les dessins sont extrêmement parlants. On nous évoque un évènement de l’histoire de France, de la deuxième guerre mondiale qui est tragique. A l’époque où Cabu fait ces dessins en 1967, l’évènement est très peu connu en dehors du cercle des personnes qui ont été concernées, on en parle très peu et peu de sources sont connues à part les témoignages qui sont l’objet même du livre qu’illustre Cabu par ses dessins et donc il va à travers les témoignages qu’il découvre essayer de donner une image et une vision de ce qu’ont pu être ces moments des 16 et 17 juillet 1947 ».

Un dessinateur journaliste

Cabu était connu pour ces dessins souvent provocateurs publiés par Charlie Hebdo, pour ces illustrations au cours des émissions Récré A2 et Droit de réponse, beaucoup moins par ce travail qui impressionne l’historien et directeur de recherche au CNRS Laurent Joly, auteur d’un livre paru en 2022. Ces dessins, il les a découverts il y a plus de 2 ans quand la veuve de Cabu, Véronique les lui a présentés. « Quand on les découvre pour la première fois, on est vraiment stupéfié, d’abord par la force et la maturité du dessin de Cabu qui n’avait que 29 ans quand il a fait ces dessins-là. Ils sont incroyablement riches, précis, émouvants… Chaque visage est individualisé » dit-il. « Et après, ça devient des documents historiques. Avec Véronique, on s’est dit qu’il fallait les montrer, expliquer le contexte de 42, ce qu’on sait en 67 de la rafle du Vel d’Hiv puisque le grand public découvre cette rafle qui était tombée dans l’oubli ».

« En 1967, on a une photo, qui est erronée car prise en août 1944, qui représente en fait des collabos et Cabu a bien vu qu’il y avait un problème avec cette photo. Il s’en est inspiré, mais surtout il s’est fondé sur les témoignages. Car sur cette photo, on ne voit pas de gens sur les gradins. Or on sait que les victimes ont été mises sur les gradins, le Vel d’Hiv était bondé. Cabu se met vraiment du côté des victimes et s’appuie sur le récit des victimes et de leurs proches pour faire ces dessins. On a des victimes émouvantes et ça, les visages le montrent, stupéfaites, qui ne comprennent pas ce qui leur arrive. Et on a face à elles un appareil policier implacable. C’est cela que montre Cabu. Son dessin vise à montrer la violence, la brutalité de ce qui se passe : les victimes et leurs bourreaux, des policiers français. Il n’y a pas d’Allemands qui opèrent ce jour-là. Et ça, Cabu a aussi tenu à le montrer. C’était une révélation en 1967, la population française dans son ensemble l’ignorait ».

Le Lieu de Mémoire du Chambon-sur-Lignon est un espace mémoriel dédié à l’histoire des Justes et des résistances pendant la seconde guerre mondiale. Il met en valeur la mobilisation des habitants du plateau pour sauver des Juifs en les hébergeant discrètement.

Avec Laurent Cluzel.

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