Il y a un an, des Gilets jaunes incendiaient la préfecture de Haute-Loire

Le 1er décembre 2018, des Gilets jaunes avaient incendié une partie de la préfecture du Puy-en-Velay, en Haute-Loire. / © Rémy Perrin / MAXPPP
Le 1er décembre 2018, des Gilets jaunes avaient incendié une partie de la préfecture du Puy-en-Velay, en Haute-Loire. / © Rémy Perrin / MAXPPP

Le 1er décembre 2018, des Gilets jaunes avaient incendié une partie de la préfecture du Puy-en-Velay, en Haute-Loire, alors que des agents se trouvaient à l’intérieur. Un an après, cet évènement a profondément marqué la commune.
 

Par Catherine Lopes

Il y a un an, le 1er décembre 2018, plusieurs milliers de manifestants se rassemblaient au Puy-en-Velay, en Haute-Loire, pour le troisième acte du jeune mouvement des Gilets jaunes. Les manifestants avaient pourtant commencé leur week-end comme le précédent, en bloquant les ronds-points ou en menant des opérations péage gratuit. Les tensions ont démarré en milieu de journée. Les Gilets jaunes se sont massés devant la préfecture et sont parvenus à forcer les grilles, en faisant sauter la serrure à l’aide du mobilier urbain. Une centaine de manifestants est alors parvenue à investir la cour et à y entasser des pneus.

Les forces de l'ordre ont dû batailler pour les expulser, sans pouvoir les éloigner du bâtiment public. "Les gens se faisaient gazer, on avait l'impression d'assister à des scènes de guérilla, ils devenaient fous, ça a attisé l'énervement", avait alors raconté Thomas Vacheron, responsable CGT. Son syndicat avait appelé à soutenir les Gilets jaunes, tout en leur laissant leur indépendance : il est d'ailleurs catégorique, ce sont eux qui ont envahi la préfecture, son syndicat s'y étant opposé.
 

Une situation qui se détériore

Tandis que les esprits s'échauffaient dehors, le préfet Yves Rousset s'était engagé à rencontrer une délégation de Gilets jaunes, à condition que le calme revienne. Au cours de l'après-midi, de nombreux Gilets jaunes étaient restés sur la place du Breuil et alimentaient un brasier au pied des grilles. Malgré la détérioration de la situation, le préfet avait finalement accepté de s'entretenir avec des manifestants. "Durant tout l’entretien, la situation s’est encore tendue à l’extérieur",  avait à l'époque précisé la préfecture dans un communiqué. "Les gilets jaunes ont déclenché plusieurs incendies dans la préfecture et dans d’autres locaux administratifs. Ils [empêchaient] les camions de pompiers d’y accéder." Selon une porte-parole du préfet, contacté par l'AFP, des personnes ont "lancé des projectiles de type cocktail Molotov" pour initier les incendies. Ainsi deux départs de feu ont été recensés dès la fin de l’après-midi, vers 17h30 et 18h30.

La volonté de tuer

A l’intérieur de la préfecture, onze personnes sont confinées. Le préfet de Haute-Loire,  Yves Rousset, restera marqué par ce déchaînement de violence et dénoncera "la volonté de porter sévèrement atteinte à l'intégrité physique des forces de l'ordre, voire de tuer" de la part de certains manifestants ayant jeté "des pavés de dix à douze kilos". Finalement, vers 22 heures, tous les incendies étaient revenus et la plupart des manifestants avaient quitté la place du Breuil.

Au cours de cette journée, 28 membres des forces de l’ordre avaient été blessés. Un an après, Michel Chapuis, maire UDI du Puy-en-Velay, explique que cet épisode a profondément marqué la commune : « Le 1er décembre 2018, j’étais hospitalisé. J’étais très mal, j’avais des responsabilités et le sentiment de ne pas être à ma place. Je suivais les événements sur mon téléphone et en regardant les chaînes d’information continue. C’était incroyable, que tout à coup, la préfecture, le centre-ville soient le théâtre de telles dégradations. Je n’en croyais pas mes yeux ». Il ajoute : « Il y a une véritable fracture. Dans une ville comme Le Puy-en-Velay, les forces de l’ordre et les membres de la préfecture étaient cernés et pris d’assaut par des gens qu’ils connaissaient pour certains. Une ville tranquille et paisible n’avait jamais connu de tels événements ». Difficile de recueillir des témoignages, du côté de la préfecture et des pompiers on veut "tourner la page". Dans un article du journal La Croix, Serge, un agent de police depuis une trentaine d'années témoigne : "Ce qui est hallucinant, c’est que nous connaissons certaines personnes qui étaient dans la foule ce soir-là. Des collègues ont reconnu des gens, le Puy reste un village !"

Une visite présidentielle sous tension

Quelques jours plus tard, la ville du Puy-en-Velay est à nouveau au cœur de l’actualité. Le 4 décembre, Emmanuel Macron était en visite surprise dans la cité ponote afin de constater les dégâts sur la préfecture incendiée. Le président, venu selon son entourage "pour témoigner personnellement et directement de son respect et de son soutien aux agents après l'incendie d'une partie des locaux préfectoraux" avait alors été copieusement hué et insulté. Le cortège présidentiel était reparti de la Préfecture sous les huées de la part de plusieurs personnes qui ne portaient pas de gilet jaune mais qui criaient "Macron démission !", ainsi que plusieurs insultes. Selon le site de RTL, "Certains de ses ministres assurent que l’épisode a eu l’effet d’un électrochoc sur le chef de l’État. Il y aurait eu un avant et un après".
 

Un triste anniversaire

Cette visite a aussi marqué le maire de la commune Michel Chapuis. Il affirme : « Nous n’avions pas été informés de la visite du président. Nous l’avons appris par les réseaux sociaux. On n’y croyait pas non plus. Avec les élus, on l’a mal vécu et c’est une des raisons pour lesquelles la visite ne s’est pas bien passée. Une visite surprise, à l’abri de tout le monde, ce n’était pas une bonne chose ». Dès le 3 décembre, deux Gilets jaunes avaient été condamnés à trois mois de prison ferme, sans mandat de dépôt. Le 7 janvier 2019, un ancien SDF a été condamné à deux ans de prison, dont un avec sursis.

Un an après l’incendie de la préfecture, le maire du Puy-en-Velay conclut : « C’est un triste anniversaire que l’on ne va pas fêter. Les gens n’en parlent plus. Cela restera présent dans les mémoires. Il faut tourner la page ».
 

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