"Le but, c'est de prendre soin mais on fait comme à l'usine" : des soignants d'un hôpital de Haute-Loire en grève reconductible

Des soignants de l'hôpital d'Yssingeaux en Haute-Loire sont en grève reconductible depuis lundi 4 mars. Ils alertent sur leurs conditions de travail dégradées et dénoncent des pressions pour revenir sur leurs jours de repos, faute de personnel. Des accusations démenties par la direction.

Tous les voyants sont au rouge à l'hôpital d'Yssingeaux : c'est en tout cas l'alerte que lancent les grévistes du centre hospitalier Jacques Barrot en Haute-Loire. Des agents de l'établissement sont en grève reconductible depuis lundi 4 mars à l'appel de la CGT. Ils étaient une cinquantaine devant l'hôpital ce mardi pour alerter sur leurs conditions de travail. 

"On est épuisées, on n'arrête pas une minute", raconte Marie-Agnès Suc, aide-soignante depuis 35 ans et représentante du personnel pour la CGT. Selon elle, le surmenage est si prégnant que les arrêts maladies se multiplient, fragilisant encore des équipes "déjà à flux tendu"

"Il y a tellement d'arrêts qu'on nous rappelle sur nos jours de repos pour travailler, maintenant les 3/4 refusent sinon on n'a plus de vie de famille", témoigne la déléguée syndicale. 

La direction réfute toute forme de pression

Elle assure même que les agents subissent des pressions de la part de la direction. "Quand ils refusent de revenir sur leurs jours de repos, la hiérarchie les culpabilise en leur disant 'ça sera votre faute, vos collègues travailleront avec une fille de moins'", s'indigne la déléguée syndicale. 

Des accusations démenties par la directrice de l'hôpital : "Aucune forme de pression n'est effectuée sur le personnel du centre hospitalier, ce sont des allégations mensongères", réfute Marion Odadjian. "Les rappels sur repos sont normaux, ils font partie de l'organisation du travail en hôpital, ce n'est pas aberrant, ça existe partout", ajoute la directrice du centre hospitalier Jacques Barrot. 

"Les nouveaux ne veulent pas rester"

Si leur quotidien était déjà difficile, les grévistes dénoncent une situation qui empire ces derniers mois. "On est tellement rappelées que la fatigue prend le dessus, on se fait mal, il y a beaucoup d'arrêts de travail depuis janvier", explique Adeline Chaize, ASH (agent de services hospitaliers) et représentante du personnel CGT. 

Ces derniers temps, le personnel vient nous voir en disant : "On n'en peut plus." 

Adeline Chaize

ASH et déléguée CGT

Le problème, c'est que l'hôpital n'arrive pas à recruter, ni à fidéliser le personnel. "On a un rythme de travail terrible, on ne s'en rend plus compte parce qu'on est dedans, mais les nouveaux ne veulent pas rester", constate Marie-Agnès Suc.

La direction de l'hôpital reconnaît le manque de bras. "Les représentants ont légitimement alerté sur les postes qui manquent, on ne peut que partager ce constat", convient Marion Odadjian. Si la directrice met en avant le recrutement d'infirmières et d'un médecin en 2023, elle assure également demander plus de création de postes à l'ARS et au Conseil départemental, sans succès. 

"C'est de la chaîne humaine"

Marie-Agnès Suc, gréviste depuis lundi, regrette surtout de ne pas pouvoir faire son travail correctement. "On est deux soignants pour 30 résidents. Le matin, on doit faire toutes les toilettes. On finit vers midi mais le repas arrive déjà à 11h30 alors il faut courir pour les faire manger", poursuit l'aide-soignante. 

Un constat partagé par Adeline Chaize. "On n'a pas le temps, donc on les pousse à manger vite... On ne se reconnaît pas dans notre travail, on n'a pas le temps de leur parler. Le but, c'est de prendre soin mais on fait comme à l'usine, c'est de la chaîne humaine", conclut-elle. 

Une réunion avec la direction 

Pour améliorer la situation, il faudrait au moins une personne en plus le matin et une l'après-midi dans chaque service, estime Adeline Chaize. Si la CGT reconnait que les difficultés de recrutement ne sont pas la faute de la direction, elle demande "le respect des repos et l'arrêt les pressions et de la culpabilisation".

Le syndicat rencontrera la direction de l'hôpital mercredi. A l'issue de cette réunion, les grévistes décideront s'ils poursuivent la grève.