Le Puy-en-Velay : un rassemblement pour empêcher l’expulsion du jeune Malien Madama Diawara

Mercredi 10 mars, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées devant la préfecture de Haute-Loire, au Puy-en-Velay. Elles manifestaient après le placement en rétention de Madama Diawara, un jeune Malien de 19 ans menacé d’expulsion.

Un rassemblement pour empêcher l'expulsion de Madama Diawara a eu lieu mercredi 10 mars au Puy-en-Velay, devant la préfecture de Haute-Loire.
Un rassemblement pour empêcher l'expulsion de Madama Diawara a eu lieu mercredi 10 mars au Puy-en-Velay, devant la préfecture de Haute-Loire. © Maxime Pitavy / FTV

Plusieurs centaines de personnes ont manifesté mercredi 10 mars après-midi au Puy-en-Velay pour soutenir un jeune Malien placé en centre de rétention à Lyon et menacé d'expulsion, en présence de sa famille d'accueil venue crier sa "colère". Collègues, élèves, amis du couple d'enseignants qui héberge le jeune homme se sont réunis devant la préfecture de Haute-Loire puis ont défilé dans les rues de la ville aux cris de "libérez Madama" et derrière une banderole sur laquelle était écrit "Il vit ici, il reste ici". Les manifestants se sont ensuite assis sur la voie publique, bloquant la circulation dans le centre-ville pendant plus d'une heure.
 

Voici une des pancartes affichées mercredi 10 mars au Puy-en-Velay.
Voici une des pancartes affichées mercredi 10 mars au Puy-en-Velay. © Maxime Pitavy / FTV

Conduit dans un centre de rétention à Lyon

Mardi 9 mars, Madama Diawara, un Malien de 19 ans vivant en Haute-Loire depuis deux ans, avait été placé en garde à vue pour "usage de faux documents" après une convocation par la police de l'Air et des Frontières à Gerzat (Puy-de-Dôme) puis conduit dans un centre de rétention administrative à Lyon. "Je n'ai pas trouvé de mot dans le dictionnaire qui pouvait traduire ma colère et ma rage !", a lancé Eric Durupt, père d'accueil du jeune Malien, qui avait observé une grève de la faim début février pour obtenir sa régularisation. "Nous avons vécu l'une des pires journées de notre vie hier (mardi). La dernière fois que nous avons vu Madama, il était dans une cellule !", a-t-il raconté, des sanglots dans la voix, dénonçant un "acharnement" et une "violence administrative inouïe".
 

Une arrivée en Haute-Loire en 2018           

Accueilli en décembre 2018 par le couple altiligérien après avoir traversé la Méditerranée puis les Alpes jusqu'à Briançon, le jeune homme avait été scolarisé puis avait effectué un premier stage chez un couple d'éleveurs qui lui avait proposé un contrat d'apprentissage. Mais la préfecture de Haute-Loire refusait de lui délivrer un titre de séjour, mettant en doute l'authenticité de son acte de naissance. Le 25 février, un nouvel acte de naissance a été fourni à la préfecture qui s'était engagée à ce qu'il soit expertisé rapidement par la police de l'Air et des Frontières.
 

   On nous a tendu un piège 

"Je suis touchée et indignée, c'est ignoble de bafouer les droits humains comme ça alors que Madama n'a rien à se reprocher", a dénoncé dans le cortège Emma Giraud, 19 ans. "On nous a tendu un piège" a expliqué Véronique de Marconnay, la compagne d'Eric Durupt, disant s'être rendue à la convocation de la police mardi 9 mars avec son compagnon et Madama pour "apporter des éclaircissements sur les nouveaux papiers". "Madama est notre grand enfant, pas celui de notre chair mais celui de notre coeur, et nous ne l'abandonnerons pas", a-t-elle assuré, émue, face aux manifestants. L'avocate du jeune homme, qui a reçu une Obligation de quitter le territoire (OQTF), a 48 heures pour faire appel de cette décision auprès du juge des libertés et de la détention, a précisé le couple.

Les précisions du préfet de Haute-Loire

Interrogé dans le 19/20 de France 3 Auvergne, Eric Etienne, préfet de Haute-Loire, a apporté quelques précisions : « Monsieur Madama Diawara n’est pas réfugié. Il est un étranger entré irrégulièrement sur le territoire national. Il n’est pas apprenti, contrairement à ce que disent ses soutiens et aujourd’hui il fait l’objet d’une Obligation de quitter le territoire français sur la base de documents demandés par la préfecture, à deux reprises. Ces documents s’avèrent être des faux, attestés par la Police de l’air et des frontières. Lorsque la décision du juge des enfants a été rendue, sur la base du placement à des tiers, soi-disant dignes de confiance, qui sont enseignants, qui manifestent systématiquement et qui lui donnent de très mauvais conseils, il n’était peut-être pas mineur à cette période-là. Non seulement j’ai les rapports écrits de cette Police aux frontières mais également les autorités maliennes elles-mêmes ont reconnu à 2 reprises qu’il a fourni des faux documents. Que dirait-on si quelqu’un avait un examen au baccalauréat, puisque ces gens sont enseignants, et qu’il présentait des faux papiers ? On lui donnerait quand même son diplôme ? Je ne peux pas, en tant que préfet, violer à ce point les textes de loi et notamment le code de l’entrée et du séjour des étrangers en France ».
La situation de Madama Diawara avait soulevé une vague de soutien en Haute-Loire et une pétition lancée par le couple a recueilli près de 36 000 signatures. Un nouveau rassemblement est prévu à Clermont-Ferrand jeudi 11 mars.

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