Sécheresse. Encore une mauvaise récolte de lentilles en Haute-Loire : "la filière est en danger !"

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Écrit par S.V. avec Elodie Brot-Monnier

La récolte 2022 de lentilles AOP en Haute-Loire se termine avec un mois d'avance. Une récolte médiocre avec des rendements décevants. Une de plus. La crainte est forte de voir les producteurs se décourager et abandonner cette culture emblématique du plateau du Velay.

C’est la consolation de cette moisson si médiocre. La récolte 2022 de lentilles AOP du Velay en Haute-Loire sera un bon cru : « Elles sont belles en couleur. Elles sont vertes avec des marbrures d’un joli bleu profond. » Huguette Trescarte rajoute dans un sourire : «  Cela ressemble à la planète Terre vue de la Lune… »

Mais cette cheffe d’entreprise, installée à Loudes, perd son sourire lorsqu’elle parle de la moisson 2022. Elle dirige une société qui achète aux producteurs les lentilles AOP, les conditionne et les revend. « Cela fait 5 à 7 ans que n’avons pas de lentilles, nous tournons entre 300 et 400 kg l’hectare. L’année dernière, nous avons eu de la pluie tout l’été. Là, nous avons un soleil comme nous n’avons jamais eu alors que nous sommes quand même à plus de 1200 mètres d’altitude ! »

La lentille AOP du Velay a souffert. Comme toutes les productions agricoles. De cet excédent de chaleur. De ce manque d’eau si sévère. La légumineuse est particulièrement vulnérable aux météos difficiles, aux changements de températures  « Il ne faut pas beaucoup d’eau pour la lentille mais de l’eau au bon moment », explique Noël Eyraud, agriculteur au Bouchet-Saint-Nicolas. Et malheureusement, il fait beau depuis le mois de juin. « Nous avons les plantes mais les gousses restent vides. »

Huguette Trescarte presse quelques gousses entre ses doigts : « D’habitude dans chaque gousse, on a deux lentilles. Là, on s’aperçoit qu’on a une lentille normale et une petite qui va partir en déchet. »

Tonnage insuffisant

Dans le champ d’un hectare au Bouchet-Saint-Nicolas, la moissonneuse passe au milieu de plants grillés par le soleil. « La plante est très petite. Elle fait 15 à 20 cm de hauteur alors qu’elle devrait atteindre 30 à 40 cm », poursuit Huguette Trescarte. « Je ne sais pas comment on va faire pour maintenir la lentille du Puy. La filière économique est en danger. »

 La récolte 2022, en avance d’un mois, a beau être supérieure à celle de l’année dernière -1000 tonnes attendues contre 850 tonnes en 2021-, elle est loin d’être suffisante. « Il nous faudrait atteindre les 3000 tonnes », se désole encore cette spécialiste de la lentille du Velay.

3000 tonnes, c’était le tonnage en 2017. Depuis il a littéralement plongé. A cause des problèmes de météo. A cause d’attaques de ravageurs.

Le foin des animaux avant les lentilles

A force, les producteurs se découragent. Dans les cultures, 3140 hectares étaient consacrés à la lentille sur le plateau du Velay en 2020. Cette année, il n’y en a plus que 2440. «  Nous continuons d’y croire », témoigne Noël Eyraud, le producteur. « Mais cela devient de plus en plus difficile. Nous allons avoir besoin de nourrir le bétail qui va passer avant la lentille. Les surfaces cultivées risquent de baisser encore. »

Les 558 producteurs de lentilles du Velay sont souvent aussi éleveurs de vaches laitières. La récolte de foin et de maïs est également mauvaise cette année. Au printemps prochain, les agriculteurs vont être tentés de semer avant tout de la nourriture pour leurs animaux. « 2023 sera une des années les plus difficiles », pronostique Huguette Trescarte avec une forme d’impuissance.

Les chiffres en témoignent : il y a 10 ans, son entreprise commercialisait 1000 tonnes de lentilles du Velay par an. Aujourd’hui, tout juste 150 tonnes. Cela ne fait plus que 2 % de son chiffre d’affaires.

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