C'est un trafic qui empoisonne Annecy depuis 3 ans maintenant. L'héroïne fait l'objet d'un commerce au vu et au su de tous. Qui contrôle ce marché? Quelle est l'ampleur de ce trafic? Etat des lieux.

La mafia albanaise

Nicolas, toxicomane depuis 15 ans, a rendez-vous avec un nouveau dealer entre Annecy et Cran-Gevrier. Au bout du fil, le boss. Nicolas ne le rencontrera pas. C'est un jeune ado d'origine albanaise qui assurera la livraison. Ici, ce sont les Albanais qui tiennent le marché. Tous sont originaires de la région de Diber, à l'Est du pays. 

"Elle est bonne sa came au gamin", lance Nicolas qui avait un besoin urgent d'un shoot. 

Reportage
Trafic d'héroïne à Annecy
Intervenant: Eric Maillaud, procureur de la République d'Annecy

Des points de vente, il y en aurait au moins une dizaine dans l'agglo d'Annecy. "En début de mois, quand tout le monde a la paie, il y a la queue, jusqu'à 10 à 15 personnes attendent", raconte un habitué. "On s'est aperçu qu'ils ont de véritables listings", explique le procureur de la République d'Annecy. "A chaque fois qu'ils veulent s'implanter, ils font un mailing, tout simplement, comme le ferait un nouveau commerce lors de sa création, eux envoient des sms à tous les numéros de toxicomanes connus."

Un commerce qui rapporte gros à la mafia albanaise qui le dirige. Selon Eric Maillaud, le chiffre d'affaires mensuel serait de l'ordre d'1 million d'euros. 

De la suisse à la Haute-Savoie

Il y a encore quelques années, Nicolas achetait sa drogue à Genève. Mais côté Suisse la répression à l'égard des consommateurs français s'est durcie. Le trafic s'est donc en partie déplacé de l'autre côté de la frontière.

"Là où on avait une organisation centrée sur le canton de Genève, on a maintenant une pieuvre qui s'étend assez loin côté français, précisément pour se rapprocher du consommateur", détaille Olivier Jornot, procureur général de Genève. 

Grâce aux Albanais, "c'est plus facile de trouver de l'héroïne à Annecy que du shit", relève désormais un toxico. Les conséquences sont désastreuses. En janvier dernier, à quelques kilomètres du lac, un père de famille de 50 ans est mort d'une overdose, laissant une femme et un enfant de 8 ans.

Reportage
D'où vient la drogue d'Annecy ?
Intervenants: Olivier Jornot, procureur général de Genève; Eric Maillaud, procureur de la République d'Annecy

"On a un nombre d'auditions de jeunes toxicomanes qui, face aux propositions tarifaires intéressantes (20 euros le gramme, deux fois moins que dans le reste de la France), finissent par craquer et ils le disent aux policiers et aux gendarmes: j'en était presque sorti, j'étais presque tiré d'affaire mais ça devient tellement intéressant que j'ai recraqué, j'ai replongé", note Eric Maillaud. 

La difficile lutte contre ce trafic

Au commissariat d'Annecy, cinq hommes enquêtent sur ce trafic.

Sont-ils assez nombreux pour mettre à mal ce réseau très organisé? Malgré de nombreuses demandes, aucun représentant de la Police n'a été autorisé à parler à France 3 Alpes. On sait seulement que dans un rapport interne datant d'avril 2015, le commissaire d'Annecy juge "la situation préoccupante". On peut lire qu'il y a "urgence à intervenir" (...) "Le travail de qualité de la brigade de sûreté urbaine d'Annecy ne suffit plus (...) La saisine d'un service de police plus qualifié pour travailler sur le long terme (...) paraît nécessaire."

Car en matière de stupéfiant les enquêtes sont longues et laborieuses avec des surveillances téléphoniques de conversations en albanais, des surveillances physiques de jour comme de nuit, des filatures de véhicules... 

Sans preuves, pas de condamnations des trafiquants ou alors des peines très courtes. Les vendeurs d'héroïne le savent. Ils tombent donc rarement dans les mailles du filet.

Reportage
Lutte contre le trafic d'héroïne à Annecy
Intervenants: Eric Maillaud, procureur de la République d'Annecy; une directrice d'enquête de la Section de recherches de Chambéry