Près d'Annecy : l'usine spécialisée dans l'automobile Mahle va fermer, les 108 salariés laissés à l'abandon

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Écrit par Victor Lengronne avec AFP
Des salariés de l'usine Mahle Composants moteur, qui ont appris fin novembre la fermeture de leur entreprise, ont manifesté le 6 décembre devant le site de production à Chavanod, en Haute-Savoie.
Des salariés de l'usine Mahle Composants moteur, qui ont appris fin novembre la fermeture de leur entreprise, ont manifesté le 6 décembre devant le site de production à Chavanod, en Haute-Savoie. © Grégory Yetchmeniza / Le Dauphiné Libéré / Photo PQR / MaxPPP

Année noire pour les salariés des sous-traitants : les fermetures se multiplient chez les équipementiers automobiles, dans une industrie qui a enchaîné les délocalisations. L'usine de fabricants de coussinets, Mahle, située à Chavanod (Haute-Savoie) va fermer en avril 2022. 108 personnes vont se retrouver sur le carreau alors que la production aura lieu en Slovaquie.

Un choc. L'annonce, fin novembre, de la fermeture de l'usine Mahle, à Chavanod, près d'Annecy (Haute-Savoie) a stupéfait les 108 salariés, qui seront sans emploi après avril 2022. Le CSE de lundi dernier a officialisé cette décision. Un exemple de plus, s'il en manquait, des nombreuses fermetures d'usines de pièces automobiles en France ces dernières années. Des constructeurs qui font le choix de la délocalisation.

"La tendance, c'est le transfert en Europe de l'Est et en Chine. Et c'est méthodique. Des terrains ont été achetés en Slovaquie, on a formé nos collègues slovaques, qui sont payés quatre fois moins que nous, puis des machines sont arrivées là-bas et des volumes ont été transférés. En cinq ans, notre chiffre d'affaires a ainsi baissé de 31 à 14 millions d'euros. Et maintenant, c'est la fermeture", détaille Nourredine Lakehal, délégué syndical FO de Mahle, qui fabrique des coussinets de bielle notamment pour Peugeot, à l'AFP.

C'est une stratégie de rentabilité financière via les délocalisations, entamée depuis bien longtemps, qui aboutit.

Nourredine Lakehal, délégué syndical FO

L'argument de la transition vers l'électrique - Mahle fabrique des pièces automobiles pour les moteurs thermiques - est souvent avancée par les directions pour justifier la fermeture d'usines. Les syndicats des salariés l'assurent : la transition écologique ou les pénuries dues au Covid ont bon dos. La source de leurs déboires réside surtout dans les délocalisations initiées il y a 15 ans par les constructeurs français. "On a beau parler de fin des moteurs thermiques ou de manque de semi-conducteurs, c'est une stratégie de rentabilité financière via les délocalisations, entamée depuis bien longtemps, qui aboutit", poursuit M. Lakehal.

2 865 emplois supprimés chez les sous-traitants automobiles en 2021

Depuis mi-novembre, outre Mahle, un autre équipementier allemand, Benteler, a annoncé une fermeture d'usine à Migennes (Yonne, 400 salariés). Plus tôt dans l'année, l'Américain BorgWarner avait fermé celle d'Eyrein (Corrèze, 368 salariés) et un plan de suppression de 143 postes est en cours à Blois (Loir-et-Cher). Bosch va supprimer 750 emplois à Rodez en Aveyron, où la fonderie SAM de Viviers (350 salariés) est en liquidation, lâchée par son client Renault, après les fermetures cette année de MBF Aluminium à Saint-Claude (Jura, 260 salariés) et de la Fonderie du Poitou Fonte à Ingrandes (Vienne, 288 salariés).

Selon le cabinet Trendeo, 2 865 emplois ont été supprimés chez les petits comme les grands sous-traitants depuis début 2021, soit l'année la plus dure depuis la crise de 2009.

Renault, par exemple, insiste sur la transition énergétique, à l'instar de son directeur général Luca de Meo, qui pour la SAM a parlé d'un "problème systémique" lié au "passage à l'électrique". Pourtant, les pièces pour moteurs thermiques délocalisées hors de France "sont des produits matures, mais pas encore arrivés à expiration. Il y a de la demande pour des années", estime Nourredine Lakehal.

Une transition rapide vers l'électrique selon Bruno Le Maire

"Cet épisode montre aussi que la réindustrialisation de notre pays, pour devenir autre chose qu’un argument électoraliste, passe d’abord par des actions pour le maintien de l’existant sur notre territoire", déclarait Force Ouvrière dans un communiqué fin novembre.

Selon le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, l'industrie automobile "est en train de basculer vers l'électrique à un rythme beaucoup plus rapide que prévu", pénalisant les équipementiers spécialisés dans les composants pour les moteurs thermiques, diesel en particulier. Il a également incité les industriels fin octobre à relocaliser "les chaînes de valeur de vos produits en France. Là où il y a une forte valeur ajoutée, il doit y avoir des emplois maintenus en France".

Quoi que décident les constructeurs, leurs relations avec les sous-traitants sont "souvent marquées par le court terme et par des demandes de baisse de prix difficilement supportables", selon la ministre de l'Industrie Agnès Pannier-Runacher.

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