Brucellose en Haute-Savoie : des abattages de bouquetins réalisés dans le massif du Bargy, un "massacre" selon la FNE

Une opération d'abattage de 75 bouquetins est en cours dans le massif du Bargy, depuis ce lundi 17 octobre au matin. Cette opération vise à "préserver" les populations de bouquetins "en visant l'éradication de la brucellose", selon la préfecture de la Haute-Savoie.

Le dossier de la lutte contre la brucellose en Haute-Savoie connaît un nouvel épisode. Ce lundi 17 octobre au matin, une opération d'abattage de 75 bouquetins, autorisée par arrêté préfectoral, a été lancée dans le massif du Bargy. 

"Un objectif de tirs limités à 75 animaux a été pris par le préfet le 14 octobre 2022 après consultation du Conseil national de protection de la nature (CNPN) et du public, en vue d'une mise en œuvre rapide", explique la préfecture par voie de communiqué.

Cette décision fait suite à une série de captures de bouquetins et de tests réalisés par l'Office français de la biodiversité (OFB) au printemps et fin septembre. Mais avec l'autorisation de ces tirs, la préfecture veut aller plus loin : "Les mesures prévues n'ont pas pour objet d'éradiquer les bouquetins sur le Bargy mais bien de constituer un noyau d'animaux sains d'environ 300 animaux à même de reconstituer rapidement une population viable et indemne de la brucellose."

La survie de l'espèce bouquetin n'est pas menacée sur le massif du Bargy, au contraire les opérations de captures et de tirs visent à les préserver en visant l'éradication de la brucellose.

Préfecture de la Haute-Savoie.

D'après les chiffres de la préfecture, depuis 10 ans, 200 bouquetins avaient été testés sur un total d’environ 370 animaux. Depuis le début des opérations cette année, 96 bouquetins supplémentaires ont été capturés. Parmi eux 5 sont porteurs de la maladie et ont été euthanasiés. Les autres ont été marqués et font désormais partie intégrante du noyau sain. 36 bouquetins déjà capturés ont été recapturés, dont un était malade.

"La survie de l'espèce bouquetin n'est pas menacée sur le massif du Bargy, au contraire les opérations de captures et de tirs visent à les préserver en visant l'éradication de la brucellose", conclut le bureau de la représentation de l'Etat.

Une décision injustifiée selon la FNE

Ces tirs posent problème selon Jean-Pierre Crouzat, référent de l'association France Nature Environnement (FNE) en Haute-Savoie : "La justice avait suspendu un arrêté en mai dernier portant sur l'abattage de 170 bouquetins. Là, il a pris le même arrêté mais en réduisant le nombre. Cet arrêté autorise désormais le prélèvement de 75 bouquetins, de manière totalement incontrôlée."

Pour le référent FNE, il s'agit avant tout d'une mesure politique : "Le ministre de l'Agriculture vient en Haute-Savoie dans trois jours. Trois dossiers sont sur la table : l'eau, la sécheresse et la brucellose. Face à la pression du gouvernement, mais aussi de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs (deux syndicats agricoles en faveur des abattages, ndlr), le préfet a acté ces prélèvements."

"Sous prétexte qu'un ou plusieurs bouquetins sont infectés par la brucellose, on décide l'abattage indiscriminé de 75 individus. C'est contre-productif, ça désorganise les hardes et on favorise le déplacement de certains bouquetins vers d'autres massifs, notamment dans les Aravis et les Glières. On fait plus de mal que de bien, mais c'est spectaculaire. Et c'est ce qui est souhaité...", se désole Jean-Pierre Crouzat.

"Le taux de prévalence de la maladie se situerait autour de 4 %. Si on abat de façon indiscriminée 75 bouquetins, cela revient à potentiellement éliminer 4 individus porteurs de la maladie", poursuit le référent FNE.

Selon Jean-Pierre Crouzat, il faut davantage mener une politique de captures, de tests puis d'euthanasie si des individus se révèlent contaminés. "Les services de l'OFB ont montré qu'ils étaient capables de capturer d'importantes populations. L'année dernière, 132 bouquetins avaient été capturés dans le massif du Bargy et 40 dans les Aravis."

Des axes de circulation interdits

Par mesure de sécurité, de nombreux axes de circulation ont été fermés sur plusieurs communes du département. L'accès au massif du Bargy est interdit à toute personne "quel que soit son mode de déplacement", informe l'arrêté préfectoral autorisant cette opération jusqu'au mardi 18 octobre à 22 heures.

"La brucellose présente un risque important pour la santé publique et la pérennité du modèle agricole haut-savoyard", selon la préfecture.

La brucellose est une maladie contagieuse touchant les animaux et pouvant être transmise à l'homme, notamment par la consommation de produits laitiers provenant d'animaux infectés. La France est considérée comme indemne de brucellose depuis 2005, un statut qui conditionne des accords commerciaux. Mais une résurgence a été observée en 2012 dans le massif du Bargy.