PHOTOS. 1919-2019 : le flagrant recul des glaciers du Mont-Blanc vu du ciel

Des seracs au-dessus de la Mer de Glace dans le Massif du Mont Blanc, à Chamonix (Haute-Savoie). / © AFP/Eric Feferberg
Des seracs au-dessus de la Mer de Glace dans le Massif du Mont Blanc, à Chamonix (Haute-Savoie). / © AFP/Eric Feferberg

En 1919, un pionnier de l'aéronautique prenait des clichés d'emblématiques glaciers du Mont-Blanc. Cent ans plus tard, trois photos prises au même endroit à 4.700 m d'altitude illustrent le recul criant de ces géants victimes du réchauffement de la planète.

Par LB et XD (avec AFP)

Les conclusions des scientifiques sont sans appel : le monde a déjà gagné +1°C par rapport à l'ère pré-industrielle, un réchauffement provoqué par les émissions de gaz à effet de serre générées par les activités humaines. Mais, malgré les impacts constatés et appelés à s'accentuer du dérèglement climatique, des canicules aux tempêtes, il est parfois difficile pour le grand public de prendre la pleine mesure des conséquences du réchauffement, sans parler de ceux qui, tout simplement, nient son existence. D'où le projet mené par une équipe de l'université écossaise de Dundee.
 

Suspendu à un hélicoptère lors d'un vol "intense" au dessus du massif du Mont-Blanc, le Dr Kieran Dexter a reproduit à l'identique trois clichés réalisés en 1919 par Walter Mittelholzer, pilote et photographe suisse, cofondateur de Swissair : la Mer de Glace, le glacier des Bossons (ci-dessus) et celui d'Argentière.

L'un des moteurs de ces travaux est d'essayer de rendre la science visible et comprise par des gens qui n'ont pas de connaissances spécifiques et qui peuvent reconnaître l'indéniable modification [du paysage].
Dr Kieran Dexter.

Pour réaliser les trois photos à l'identique, l'équipe de l'université de Dundee a notamment utilisé la position des sommets et des aiguilles visibles sur les images d'origine pour géolocaliser le point précis où se positionner.
 

La célèbre Mer de Glace (ci-dessus), plus grand glacier français, serpentait alors tout en blanc entre les montagnes, au dessus de Chamonix (Haute-Savoie). Un siècle plus tard, le glacier, grisâtre, a laissé place, sur de grandes surfaces, à de la roche. "On peut voir que certaines parties de la Mer de Glace ont perdu plusieurs centaines de mètres de hauteur par endroit", note Kieran Dexter. Ce n'était "pas une surprise" pour lui. Mais, malgré tout, "c'est stupéfiant de voir ces changements". "Depuis cette hauteur, on a pu voir l'ampleur de ce qui se passe, c'est à couper le souffle et ça brise le coeur", insiste le chercheur du laboratoire 3DVisLab, spécialisé dans la visualisation 3D.

Pas surprenant non plus pour Antoine Rabatel, glaciologue à l'Institut des géosciences de l'environnement de Saint-Martin-d'Hères (Isère), qui salue toutefois un "outil de sensibilisation". Ces photos "permettent de bien visualiser les choses, ce qui est d'autant plus important pour le grand public car tout un chacun n'a pas la possibilité d'aller voir la réalité des choses sur le terrain".
 

Sur la période 1970-2015, le glacier d'Argentière (ci-dessus) a perdu près de 20% de sa surface, la Mer de Glace près de 10% et Les Bossons environ 7%. Le retrait est encore pire pour des glaciers plus petits et à plus basse altitude. Le dernier rapport de groupe d'experts du climat de l'ONU (Giec) sur les océans et les zones glacées, publié en septembre, peignait un avenir sombre pour les glaciers de la planète : ceux de basse altitude dans les Alpes, le Caucase ou la Scandinavie pourraient perdre 80% de leur volume d'ici 2100 et beaucoup pourraient disparaître, même en limitant le réchauffement. L'équipe de l'université de Dundee travaille désormais à un projet similaire pour visualiser la fonte des glaces en Islande.

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