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Que ce soit par l'eau, par les airs ou par la terre, il y a bien des manières de jouer à saute-frontière, du côté du lac Léman. Français et Suisses s'y côtoient, voisins de rives, tandis que l'enclave genevoise s'étend à son bord.

Vol au-dessous de la virgule franco-suisse

"On approche d’Yvoire, mais on n’ira pas plus loin, sinon on va se faire tirer l’oreille". Ce n'est pas parce qu'on survole le Léman que l'on peut se permettre de faire n'importe quoi. A l'aéroclub d'Annemasse, les pilotes comme François Gonnet ont l'habitude de s'annoncer aux autorités genevoises chaque fois qu'ils prennent les airs.

En décollant de l'aérodrome d'Annemasse, on évite une plus grande attente qu'en partant de Genève.
En décollant de l'aérodrome d'Annemasse, on évite une plus grande attente qu'en partant de Genève.

S'envoler reste compliqué, surtout lorsque l'on part de Genève. Gilles Chanez, instructeur bénévole suisse et fidèle au club d'Annemasse, préfère passer la frontière pour s'envoler. Il faut dire que l'aéroport de Genève "est un gros aéroport, contrôlé, donc les autorisations de décoller sont plus compliquées, on a un temps d’attente". En revanche, à Annemasse, "si l’avion est réservé ou libre, on arrive, on prépare l’avion et on part tout de suite".

Sans parler du terrain de jeu aérien, bien plus large de notre côté de la frontière. "Oui, on peut aller dans le secteur de Lausanne ou de Valais, reconnaît le Suisse, mais c'est un peu limité par rapport à la France."

Reportage d'Ingrid Pernet-Duparc, Serge Worreth et Philippe Caillat
Série Lac Léman 1 : Frontière aérienne
Intervenants: François Gonnet, Pilote, Club Aéronautique Annemasse (CAA); Gilles Chanez Pilote, instructeur bénévole voltige

Balade au jardin secret du sentier côtier

C'est presque un jardin secret, réservé à 10.000 personnes par an. Le Pré Curieux, même s'il se situe sur la rive, n'est accessible que par bateau, et ce, quelques heures par jour seulement afin de le préserver. "On n’a pas réfléchi de manière économique, confie Charles Porée, directeur adjoint des Parcs et Jardins de la ville d'Evian, on a réfléchi de manière… botanique".

Le Pré Curieux est un espace naturel que les animateurs s'efforcent de préserver.
Le Pré Curieux est un espace naturel que les animateurs s'efforcent de préserver.

Sa fierté dans ces trois hectares de nature ? Le hêtre pleureur, classé "arbre remarquable d’importance nationale". Sous son ombre, un "endroit magique, un peu confiné et un petit peu sombre".

De Néronienne, en Haute-Savoie, nous ne sommes qu'à 4 km de Nyon, sur la rive suisse opposée. Ici, Sur les chemins côtiers, "les propriétaires ne doivent pas, normalement, mettre de murs ou de portes qui empêchent l’accès" aux promeneurs, explique Fabienne Gindre, conseillère municipale de la ville.

Normalement, du moins, car "c'est vrai en théorie, c'est vrai en réalité sur certaines portions, mais moins sur d’autres". Certains se retrouvent donc à enjamber et contourner pour pouvoir profiter de ce petit coin de nature.

Reportage d'Ingrid Pernet-Duparc, Serge Worreth et Mélanie Ducret.

Série Lac Léman 2 : Sentiers côtiers
Intervenants: Charles Porée, Directeur adjoint Parcs et Jardins de la ville d'Evian; Amélie Berquier, Maitre jardinière et animatrice Pré Curieux; Fabienne Gindre, Conseillère municipale et Néronienne

 

D'une rive à l'autre sur les eaux claires

En quarante-cinq minutes de traversée, le bateau "La Suisse" traverse la frontière aquatique du Léman. Ici, "à 365 m d’altitude, on n'est pas loin des sommets assez hauts" nous informe Michel Bonzon, capitaine du navire.

Mais pourquoi placer la frontière au milieu du lac ? "C'est vraiment un rapport de bon voisinage, suggère Lionel Gauthier, géographe et conservateur du musée du Léman. "On met la frontière au milieu du lac, comme ça, on évite les problèmes. C’est assez suisse comme procédé !"

Sur le lac, la frontière franco-suisse fluctue au gré des courants.
Sur le lac, la frontière franco-suisse fluctue au gré des courants.

Cette frontière, tracée en 1564, s'est révélée cruciale lors de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les réfugiés français rejoignaient de nuit la rive suisse en tâchant d'échapper à la surveillance des douaniers. Cet asile s'applique également à certains animaux, puisque pendant un siècle, le cygne n'était protégé que d'un côté. Préservé sur la rive suisse depuis 1875, l'oiseau blanc était chassé du côté français jusqu'en 1962. Il n'avait alors qu'à franchir la frontière pour sauver ses plumes.

Reportage d'Ingrid Pernet-Duparc, Serge Worreth et Philippe Caillat.
Série Lac Léman 3 : Frontière liquide
Intervenants: Michel Bonzon, Capitaine de "La Suisse", Compagnie Général de Navigation (CGN) sur le lac Léman; Lionel Gauthier, Géographe, conservateur du musée du Léman

   

Quand les flottins du Rhône s'échouent au lac

Saviez-vous qu'il faut onze ans et demi pour qu'une goutte d'eau du Rhône voyage du Mont Gothard jusqu'à Genève ? Son trajet de 165 km passe par l'embouchure du Léman, où l'eau froide du fleuve et l'eau claire du lac se mélangent.

Ici, on cueille le bois flotté transporté par les courants. Un bois qu'apprécient ces saltimbanques à la recherche de pièces pour une performance. "Le bois flotté, c’est un peu comme quand on se couche dans l’herbe et qu’on regarde les nuages" rêve Alain Benzoni, directeur du Théâtre de la Toupine.

Le Rhône a parcouru un long chemin depuis son glacier en Suisse.
Le Rhône a parcouru un long chemin depuis son glacier en Suisse.

Car ce bois d'une "qualité suisse" selon lui, est bien meilleur que celui que l'on trouve à Génissiat, "parce qu’il vient d’en haut et que ce sont des essences plus solides. C’est du mélèze, de l’épicéa noir d’Autriche, c’est du bouleau, du sapin, des choses comme ça". Et ce sont entre leurs mains que ces flottins prennent vie.

"Voilà le genre de sculpture que l'on trouve, une tête toute faite, donc y a plus qu’à faire le reste. Ca peut être n’importe quoi ! Un animal imaginaire, un chien... imagine Serge, Serge, colporteur de bois flotté au théâtre. Tout est possible".

Reportage d'Ingrid Pernet-Duparc, Serge Worreth et Philippe Caillat
Série Lac Léman 4 : Embouchure du Rhône
Intervenants: Alain Benzoni, Directeur Théatre de la Toupine; Serge, Colporteur de bois flotté, Théatre de la Toupine; Bernard Montuelle, Directeur INRA, station hydrobiologique de Thonon;

 

Dépasser les bornes autour de Genève

On en compte 436 et elles parsèment, tout en pierre, la frontière autour de Genève. Sur une face, le F de la France, sur l'autre, le S de la Suisse. "En fait la frontière passe exactement ici et puis continue dans cette direction, montre Guy Reifer, président de la fondation Re borne.

Les bornes de pierre ont parfois été déplacées, lorsque la France et la Suisse se sont échangé des territoires.
Les bornes de pierre ont parfois été déplacées, lorsque la France et la Suisse se sont échangé des territoires.

S'il n'y avait pas ces bornes pour délimiter les deux territoires, on aurait bien du mal à différencier un côté de l'autre. "C'est juste l’économie qui change" avance une joggeuse, "il fait un peu plus froid en Suisse en été" suggère un promeneur.

Mais pour de nombreux habitants, la frontière n'existe pas vraiment. "On vit des deux côtés, explique un Français dont l'épouse est Suissesse. On profite du pays suisse, on profite de la France."

Ici, la frontière est équilibrée, et si elle change au gré des conventions et du mouvement de l'eau sur le Léman, elle ne fait l'objet d'aucune rancœur. Comme quoi, les bonnes frontières font les bons voisins.

Reportage d'Ingrid Pernet-Duparc, Serge Worreth et Sophie Vilatte
Série Lac Léman 5 : Bornes frontières
Intervenants: Guy Reifer, Pdt de la fondation Re borne; Danièle Senn, Marraine de la borne 84; Laurent Niggeler, Délégué suisse à l'abornement de la frontière franco-suisse