VIDÉO. Loi sur les PFAS : "Il faut qu'ils arrêtent leurs conneries" : une "casserolade" des salariés et dirigeants de Tefal à Paris

Des centaines de salariés du groupe SEB, dont 450 employés de l'usine Tefal de Rumilly (Haute-Savoie), se sont retrouvés à Paris, ce mercredi. Ils ont manifesté contre le projet de loi visant à réduire l'usage des PFAS dans certaines productions industrielles, qui sera examiné ce jeudi 4 avril à l'Assemblée nationale

Il n'est pas encore 4 heures du matin et, pourtant, des dizaines de voitures affluent vers le parking du site Téfal de Rumilly en Haute-Savoie. Ce mercredi 3 avril, les salariés de l'entreprise spécialisée dans les poêles et autres outils de cuisine se sont donnés rendez-vous pour monter ensemble à Paris. L'objectif de cette mobilisation : montrer leur mécontentement face à un projet de loi contre les PFAS, qui sera débattu ce jeudi à l'Assemblée nationale.

Cette proposition, mise sur la table par le parti EELV, est loin de faire l'unanimité auprès des salariés de Rumilly : "Ce qu'on redoute, c'est la fermeture de notre site. C'est un texte de loi qui est quand même très sévère pour nous. C'est tout un bassin, toute une région qui vont être impactés", réagit Corinne, agente d'emballage.

Il faut qu'ils arrêtent leurs conneries. Je suis très en colère et c'est pour ça que je suis là : pour défendre notre bifteck.

Francesco, agent technique de Tefal à Rumilly.

Un de ses collègues, Francesco, agent technique, ne mâche pas ses mots malgré l'heure matinale : "Avec des conneries comme ça, on va mettre 3 000 personnes sur le carreau, des pères de famille... Personne n'y pense. Il faut qu'ils arrêtent leurs conneries. Je suis très en colère et c'est pour ça que je suis là : pour défendre notre bifteck."

Avant le lever du jour, les salariés sont montés à bord de huit bus mis à disposition par le groupe SEB, qui a appelé ses différents sites à manifester à Paris. "Tout est payé, tout est pris en charge par le groupe SEB. Rien n'est à nos frais. Notre journée de travail est payée", explique Cyrille, ouvrier emboutisseur.

durée de la vidéo : 00h02mn07s
Des centaines de salariés du groupe SEB, dont des employés de l'usine Tefal de Rumilly (Haute-Savoie), se sont retrouvés à Paris, ce mercredi 3 avril, pour manifester contre un projet de loi visant à réduire l'usage des PFAS dans certaines productions industrielles. ©FTV

Quelques rangs devant lui, à l'avant du bus, est installé Frédéric Piskorski, directeur du site Tefal Rumilly : "Ce qui inquiète, c'est qu'une décision soit prise pour arrêter la production de produits que nous utilisons, alors que ces produits sont sains pour l'environnement et le personnel." Cette mesure pourrait, selon l'industriel, entraîner la fermeture de l'usine et la suppression des 1 500 emplois sur le site de Rumilly.

"Une menace très directe" sur 3000 emplois

Au son d'un concert de poêles, les centaines de salariés du groupe SEB se sont rassemblés mercredi à la mi-journée sur l'esplanade des Invalides à Paris. "Touche pas à ma poêle", "PFAS - Production Française À Sauver" et "Sauvons les poêles Made in France" étaient indiqués sur les pancartes des manifestants.

"Nous demandons le retrait pur et simple de cette loi", a déclaré à l'AFP le directeur général du groupe Stanislas de Gramont, présent dans la manifestation. Il voit dans le texte d'interdiction des PFAS en France "une menace très directe" sur les 3 000 emplois des usines de Rumilly et de Tournus, en Saône-et-Loire.

"On est très en colère, on est entraînés dans des amalgames pas sérieux du tout", a-t-il ajouté. Le groupe assure que le PTFE (polytétrafluoroéthène), utilisé pour le revêtement anti-adhésif de 90 % de ses poêles, n'est pas considéré comme "nocif pour la santé ou l'environnement".

"Une contre-vérité"

Un argument massue, contré par Pierre Labadie, directeur de recherche au CNRS en chimie de l'environnement : "Dire qu'il n'y a pas de problèmes avec le PTFE est une contre-vérité."

"Il est vrai que dans des conditions normales d'utilisation, sans surchauffe des poêles, le PTFE, polymère inerte et stable, ne pénètre pas dans l'organisme, mais sa fabrication peut générer des tensioactifs fluorés potentiellement toxiques. De même, au moment de sa destruction ou de son recyclage, il y a aussi la possibilité de générer des PFAS problématiques", a-t-il expliqué.

L'activité industrielle dans le secteur de Rumilly "fait l'objet d'une surveillance particulière en matière de pollution aux perfluorés (PFAS)", avec une "surveillance du réseau public d'eau potable, des captages privés de Cereal Partners France (CPF) et des sources potentielles de pollution (Tefal, ex-site de Salomon et l'ancienne tannerie Fortier Beaulieu", selon un point des autorités sanitaires de la région en début d'année.

Début des échanges à l'hémicycle

La proposition de loi, portée par le député écologiste Nicolas Thierry, doit être débattue et soumise au vote jeudi à l'Assemblée. Elle prévoit notamment d'interdire la fabrication, la vente et l'importation en France de certains produits contenant des PFAS. Mais signe que la mobilisation du groupe SEB semble commencer à peser, un amendement déposé par le député Modem Cyrille Isaac-Sibille entend décaler l'interdiction appliquée aux ustensiles de cuisine au 1er janvier 2030.

De son côté, le Premier ministre Gabriel Attal, interpellé par une députée écologiste à l'Assemblée sur la dangerosité des PFAS, a répondu que le gouvernement "se bat(tait) au niveau européen" pour "réduire la présence de ces molécules notamment dans les emballages alimentaires".

"Nous avons eu une première victoire à Bruxelles", a-t-il dit. "C'est bien au niveau européen qu'il faut se battre sur ce sujet-là, le levier européen est le bon levier" afin de ne pas affaiblir l'industrie française aux dépens de celles des pays voisins.

L'actualité "Environnement" vous intéresse ? Continuez votre exploration et découvrez d'autres thématiques dans notre newsletter quotidienne.
L'actualité "Environnement" vous intéresse ? Continuez votre exploration et découvrez d'autres thématiques dans notre newsletter quotidienne.
choisir une région
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité