L'UDC, stoppée dans sa progression

L'UDC, aux idées d'extrême-droite affichées, est en perte de vitesse chez nos voisins suisses.

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Suisse voisine : Elections fédérales

Pour ces élections, la majorité des suisses a voté par correspondance. Il n'y avait donc pas grand monde dans les bureaux de vote ce dimanche 23 octobre. Les électeurs croisés affichaient une certaine inquiétude face à la crise. D'après les premiers résultats, les populistes n'en ont pas tiré parti.

L'Union démocratique du centre (UDC, droite populiste), à l'origine de l'interdiction des minarets en Suisse, n'a pas réussi, contre toute attente, à dépasser la barre historique des 30% aux élections, dimanche 23 octobre, du Parlement mais devrait continuer à pratiquer un marketing politique choc.

"C'est un échec. On avait un objectif de 30%", a reconnu le vice-président de l'UDC, Christoph Blocher, sur la télévision suisse.

"On ne peut pas toujours gagner, gagner, gagner jusqu'au ciel", a-t-il lancé, soulignant que l'arrivée de nouveaux partis -- les Verts Libéraux et le Parti bourgeois démocrate (PBD, une scission antérieure de l'UDC) -- expliquait ce recul.

L'UDC perd du terrain

Le parti, né aux débuts des années 1970 en Suisse-alémanique où il fait des scores de près de 45%, est passé de 28,9% à 25,9% des voix en quatre ans dans la Confédération, n'obtenant que 55 sièges, soit 7 de moins, au Conseil national (assemblée).

Ce résultat met fin à une progression inexorable que le parti, qui reste néanmoins la principale formation politique de la Confédération, a enregistrée depuis vingt ans, soulignent les experts.

"L'UDC a atteint son zénith dans les dernières élections" de 2007, commente l'historien suisse Damir Skenderovic.

Pourtant, relève le politologue de l'université de Fribourg Gilbert Casasus, "l'UDC a mis le paquet" avec un budget de campagne "deux à trois fois supérieur aux autres partis". "Malgré ces moyens, l'UDC vient de perdre du terrain", constate-t-il.

Alors qu'aucun des ténors de l'UDC n'est entré au Conseil des Etats (sénat), plusieurs interrogations surgissent.

"La question, c'est que va devenir Blocher?" s'interroge M. Casasus, faisant valoir que "la figure charismatique de l'UDC (...) a laissé un certain nombre de plumes".

Le tribun populiste Christoph Blocher a en effet subi un sérieux revers puisqu'il n'est arrivé que troisième aux élections sénatoriales, alors même que l'UDC voulait faire une entrée en force au Conseil des Etats (sénat, scrutin majoritaire).

"On savait que son pari était très difficile, mais je ne pense pas que le parti veuille changer de leader; c'est lui qui continue à incarner le parti", souligne le politologue à l'université de Genève, Pascal Sciarini.

Christoph Blocher a d'ailleurs annoncé à la télévision suisse qu'il entendait se présenter au second tour des élections sénatoriales.

Reste à savoir si l'UDC, qui s'est fait connaître par ses affiches chocs sur l'immigration et son non à la construction de minarets en Suisse, va changer de ton. Sur ce point, les avis divergent.

Pour M. Casasus, le recul de l'UDC, qui compte 90.000 membres inscrits, est "un carton jaune lancé" par une partie de son électorat.

"Un certain nombre d'électeurs de la droite se sont dit qu'il allait trop loin", préférant rejoindre le PBD, qui se positionne comme le parti bourgeois du centre droit et qui se différencie de l'UDC en particulier par son style politique et sa non-adhésion à des idées d'extrême-droite.

"Donc, l'UDC ne va pas continuer à avoir la même stratégie", conclut M. Casasus.

Mais pour l'historien Darin Skenderovic, il est normal qu'après 20 ans de progression, un parti enregistre une "consolidation" de son électorat.

Par ailleurs, les thèses de l'UDC et sa façon de faire de la politique n'ont pas disparu en Suisse, fait-il valoir, pointant les deux sièges acquis par le Mouvement citoyen genevois à Genève et la Lega dei Ticinesi dans le Tessin, deux partis anti-frontaliers.

En revanche, les experts s'accordent à dire qu'une partie du recul de l'UDC s'explique par une moindre mobilisation de son électorat.

Pour le politologue Pascal Sciarini, l'UDC a mené une "campagne pas très agressive" et était moins présente dans les médias. "Cette élection n'est pas réussie peut-être parce que son discours n'a pas été radicalisé" par rapport à l'élection d'il y a quatre ans, dit-il.