Colère des agriculteurs. L'État simplifie les règles de tirs sur les loups : les éleveurs restent "prudents", la LPO dénonce "un danger pour la biodiversité"

A trois jours de l'ouverture du Salon de l'agriculture, le ministre Marc Fesneau a annoncé que les protocoles de tirs sur les loups menaçant les troupeaux seront "simplifiées" cette semaine. Une mesure jugée "trop tardive" par certains éleveurs et "inquiétante" pour les associations de défense de l'environnement.

La mesure devait participer à l'apaisement des agriculteurs, mais elle n'a finalement conquis personne. Ce mercredi 21 février, le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau a annoncé que le protocole régissant les tirs sur les loups menaçant les troupeaux sera "simplifié" via un arrêté publié "d'ici la fin de semaine", "conformément" à ce que réclamaient "beaucoup d'éleveurs".

A trois jours de l'ouverture du Salon de l'agriculture, le ministre tente d'éteindre les braises qui commencent à se raviver un peu partout dans le pays. Un arrêté devrait être publié dans la semaine pour calmer la colère qui avait suivi l'annonce du "plan loup" pour la période 2024-2029, autant chez les éleveurs que du côté des associations de défense de l'environnement. Mais cette nouvelle mesure semble n'avoir rassuré aucun des deux camps.

"On a appris à vivre avec car on n'a pas d'autre choix !"

Marc Fesneau a déclaré qu'une "version définitive" de ce plan loup avait été présentée ce mardi 20 février. Dans sa version initiale, il prévoyait déjà une simplification des protocoles des tirs destinés à abattre les loups attaquant les troupeaux, en éliminant par exemple l'obligation pour les louvetiers -chargés officiellement de gérer la régulation des espèces nuisibles - d'éclairer l'animal avant de tirer.

Autre possibilité envisagée : "Avoir deux tireurs sur le tir de défense simple voire trois de manière exceptionnelle après autorisation du préfet". Mais les représentants des éleveurs du syndicat majoritaire FNSEA souhaitaient une "évolution radicale du protocole de tir" pour réduire la population lupine.

Après l'annonce de cette mesure, la Fédération nationale ovine (FNO) préfère attendre de connaître ses contours. "Il y a des avancées et des choses positives (....) nous restons prudents, mais ces annonces vont dans le bon sens" a indiqué Michèle Boudoin, présidente de la FNO à l'AFP. Elle doit être reçue dans l'après-midi pour se pencher sur les "détails" du texte.

Mais cette nouvelle simplification ne semble pas convaincre tout le monde. Eleveur ovin à Lans-en-Vercors en Isère, Pascal Ravix s'occupe de 700 moutons sur le plateau. Lors de chaque estive, son troupeau subit plusieurs attaques. L'an dernier, le loup a eu raison d'une cinquantaine de ses moutons. Pour lui, la mesure vient comme un cheveu sur la soupe :

"C'est peut-être pour acheter la paix sociale car ce n'est pas parce que vous avez une autorisation de tir que vous allez sortir la tête de l'eau. [...] Cela sera peut-être utile dans des zones où le loup commence à peine à s'installer, mais pour nous c'est trop tard !"

Installé depuis 22 ans dans le Vercors, Pascal Ravix se retrouve tous les ans impuissant face à la venue du prédateur. Malgré ses moyens de protection mis en place avec le gardiennage, les chiens de protection ou encore le parc nocturne, son troupeau est la cible d'attaques chaque année.

"On a appris à vivre avec car on n’a pas d’autre choix. Aujourd'hui, il y aurait au moins 11 meutes dans le Vercors ce qui veut dire entre 40 et 50 loups au printemps et jusqu'à 100 loups en automne", explique l'éleveur. Pour y faire face, Pascal Ravix aimerait avoir les moyens de les apeurer ou de les abattre s'ils attaquent avec, par exemple, de l'équipement et une autorisation pour procéder à des tirs nocturnes.

La LPO dénonce "un danger pour la biodiversité"

Après avoir un temps disparu en France, le loup est réapparu au début des années 1990 en traversant les Alpes depuis l'Italie. En 2022, les éleveurs ont déploré plus de 12 000 bêtes attaquées. Une raison pour laquelle la version initiale du plan loup 2024-2029 avait froissé les syndicats.

Les associations de défense de l'environnement avaient elles aussi claqué la porte des négociations avec le gouvernement en fin d'année dernière. Et à la sortie de la conférence de presse du Premier ministre Gabriel Attal, et de Marc Fesneau, ministre de l'Agriculture, ce mercredi 21 février, elles se disent "déçues" et "inquiètes".

La Ligue de protection des oiseaux de Haute-Savoie dénonce cette mesure de simplification des tirs. "Jusqu’à présent, il fallait une position d’attaque du loup pour tirer. Désormais, ils ne vont plus faire des tirs de défense mais des tirs de prélèvement où l’on va tirer des loups comme l'on tire du gibier. Ce n'est pas acceptable !" s'alarme Jean-Claude Louis, référent loup de la LPO 74.

Pour le membre de l'association, la solution réside dans les moyens de protection et les dispositifs d'aides de l'Etat qui leur sont accordés : "Si on réduit leur nombre, cela va être un danger pour la biodiversité. C’est inquiétant et ce n’est pas la solution. Il faut bien protéger ces troupeaux. Avec des parcs électrifiés par exemple, les troupeaux ne sont très peu voire jamais attaqués."

Le directeur général de la LPO, Cédric Marteau, a déclaré auprès de l'AFP, "réfléchir aux moyens de contrer" le nouveau plan loup et l'arrêté du gouvernement, y compris par la voie judiciaire.

Une hausse des indemnisations en Auvergne-Rhône-Alpes

De son côté, la préfète de région Auvergne-Rhône-Alpes recevait ce mercredi les membres du Groupe National Loup afin "d'échanger autour des orientations du futur plan", a indiqué la préfecture dans un communiqué. Un nouveau plan "soucieux de la préservation de l'élevage extensif et pastoral" a ainsi été dévoilé.

Celui-ci permettra, selon la préfecture, "une meilleure anticipation du prédateur dans les territoires, un accompagnement accru dans le déploiement des moyens de protection ainsi qu'une meilleure prise en compte des impacts sociaux et économiques des dégâts causés". 

Concrètement, la préfète a annoncé une revalorisation à la hausse de "11 à 32-33%" des barèmes d'indemnisation des pertes des éleveurs à la suite des attaques subies sur leur troupeau.