Coronavirus - L'impossible confinement des jeunes majeurs suivis par le DAL de Grenoble : "c'est la rage absolue"

Depuis mardi 17 mars, chaque Français a le devoir de se confiner pour limiter l'épidémie de coronavirus. Mais pour les jeunes migrants majeurs suivis par l'association pour le droit au logement de Grenoble, cette situation tourne au casse-tête. 

Le 20 janvier 2020, les militants du DAL ainsi que les jeunes majeurs ont investi la mairie de Grenoble pour se faire entendre.
Le 20 janvier 2020, les militants du DAL ainsi que les jeunes majeurs ont investi la mairie de Grenoble pour se faire entendre. © Vanessa Laime / MAXPPP
"A l'annonce du confinement, les jeunes nous ont dit : 'on mourra dans notre tombe'. Ils étaient en dépression totale. C'est la rage absolue." Anne-Marie, bénévole de l'association pour le droit au logement (DAL) de Grenoble ne mâche pas ses mots. 

Depuis mardi 17 mars, à l'instar de chaque personne présente sur le territoire français, les jeunes majeurs migrants suivis par le DAL de Grenoble sont soumis à une obligation de confinement, afin de tenter de limiter la propagation de la pandémie de coronavirus.


"Aujourd'hui, je dors à Grenoble, demain peut-être à Echirolles"

Si pour chacun, cette situation est un mauvais moment à passer, pour ces jeunes, cela tourne au casse-tête. Car après leurs 18 ans, ils ne sont plus encadrés par la protection de l'enfance. Pour rester sur le territoire sans titre de séjour, ils doivent bénéficier d'un contrat jeune majeur, leur assurant un statut légal jusqu'à leurs 21 ans. 

"Sauf que le département assure qu'il ne peut pas signer ces contrats sans titre de séjour. Ce qui est faux ! s'emporte la bénévole du DAL. Et les jeunes qui suivent la procédure se retrouvent finalement avec une obligation de quitter le territoire (OQTF)".
 
Conséquence directe de cette situation : une quarantaine de jeunes majeurs, aidés par le DAL et d'autres associations, manifestent depuis fin août afin d'obtenir une solution de logement pérenne. "Certains ont des promesses d'embauche. Tous suivent une formation", précise Anne-Marie.

Comme Samba*, 20 ans, en France depuis 4 ans et en passe de terminer son CAP de maçonnerie. "Aujourd'hui, je dors à Grenoble, demain peut-être à Echirolles, explique le jeune homme. C'est dur. Je suis inquiet."

Fin février, environ 20 jeunes majeurs, qui n'ont pas trouvé de solutions alternatives depuis fin août, ont investi la maison paroissiale de l'église Saint-Paul, rue du lieutenant Chabal, à Grenoble. Jusqu'à intégrer, mardi 10 mars, sur la demande de l'évêché, selon le DAL, une aumônerie, rue des violettes.


"La ville n'a pas de solution"

"En haut, il y a une salle de 20m², qui sert de cuisine et de salle de réunion. En bas, deux pièces en sous-sol, dont l'une sans soupirail, qui servent de chambres. Elles ont l'humidité d'une cave", se désole Anne-Marie.
 
Lundi 16 mars, les jeunes majeurs et le DAL ont été reçus à la mairie de Grenoble.
Lundi 16 mars, les jeunes majeurs et le DAL ont été reçus à la mairie de Grenoble. © DAL

"Les jeunes ne pouvaient pas tenir dans ces conditions et avec une telle promiscuité pendant le confinement. Alors lundi 16 mars, on est allé à la mairie pour demander une réquisition de logements vides. Il y en a 12 000 à Grenoble. On nous a dit que la ville n'avait pas de solution. C'est d'autant plus incompréhensible que nous avons un maire écologiste de gauche", enrage la militante.

En janvier déjà, le DAL avait investi l'hôtel de ville de Grenoble pour obtenir des réponses. La Ville affirme quant à elle avoir "interpelé la Préfecture et la DDCS", être "en attente des consignes de l'Etat", et "prête à le soutenir dans l’indispensable prise en charge de ces personnes".
 
En attendant l'Etat, les jeunes ne peuvent pas respecter le confinement, et changent régulièrement de lieu de vie. "Tous les trois ou quatre jours, explique Latifa, infirmière et bénévole au DAL. On a trouvé un logement pour six jeunes sur 20 : trois sont logés par la mairie de Saint-Ismier qui a accepté de nous aider, trois par des étudiants bénévoles, partis se confiner chez leurs parents, qui leur ont prêté leur appartement."

Pour les jeunes sans solution, comme Samba, qui basculent de foyer en foyer et de famille d'accueil en famille d'accueil, au risque de propager le virus, l'infirmière passe régulièrement leur apporter des courses, des masques et des dérogations de sortie.

"J'y vais avant le boulot. Je peux circuler grâce à mon badge de soignant, reprend la bénévole. Nous avons également organisé une caisse de collecte pour aider ces jeunes à tenir. Mais ce rejet des autorités, c'est abject."
 * le prénom a été modifié
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