Pour être réussi, "le déconfinement doit être progressif" met en garde l'infectiologue Jean-Paul Stahl

Alors qu'Emmanuel Macron doit annoncer sous peu les modalités du déconfinement, l'infectiologue Jean-Paul Stahl, médecin au centre hospitalier de Grenoble, insiste sur la nécessité de ne pas précipiter les choses. Un relâchement trop brutal pourrait conduire, selon lui, à un autre confinement.

Jean-Paul Stahl
Jean-Paul Stahl © France 3 Alpes
Dès la semaine prochaine, les contours d'un déconfinement au 1er décembre pourraient être esquissés par l'exécutif. Celui-ci s'annonce très "progressif", afin d'éviter un nouveau verrouillage du pays en 2021, tout en préparant l'arrivée d'un vaccin, enjeu majeur des prochains mois. Le Premier ministre, Jean Castex, a avoué mardi, lors de la commission d'enquête devant l'Assemblée nationale avoir "peut-être déconfiné un peu trop vite" au printemps, comme le rapporte l'AFP.

Une erreur stratégique que le gouvernement, tout comme le professeur Jean-Paul Stahl, infectiologue au centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes, ne trouvent pas souhaitable. 


Grâce à l'état d'urgence sanitaire, qui court jusqu'au 16 février minimum, l'Etat a les mains libres pour agir. Quelles mesures seraient souhaitables pour ne pas reproduire les impairs du premier déconfinement, selon vous ? 

On a l'expérience de ce qui n'a pas marché au premier confinement : ça ne va pas quand il y a trop de rencontres entre les personnes. Donc il faut continuer à restreindre la communication entre les gens pendant un certain temps. Tout ce qui peut restreindre les contacts est une bonne idée, alors pourquoi pas un couvre-feu [un des scénarios à l'étude, selon les informations de BFM TV, ndlr]. C'est très pénible, mais c'est la seule façon d'empêcher la transmission entre porteurs du virus et récepteurs. Surtout, le déconfinement ne doit pas être brutal. Il ne faut pas lâcher la bride d'un coup le 1er décembre, c'est trop tôt. Mais pourquoi pas envisager cette date si les mesures sont assouplies progressivement. 


Dans ce déconfinement "par paliers", toutes les activités ne redémarreraient pas en même temps. Bars et restaurants pourraient notamment rester fermés jusqu'à mi-janvier voire début février. Que vous semble-t-il possible de rouvrir sans entraîner une nouvelle flambée des cas de Covid-19 ?

Je pense qu'on doit pouvoir rouvrir les commerces, en appliquant des règles strictes bien sûr. On pourrait aussi rouvrir les restaurants, mais cette fois avec un vrai contrôle pour vérifier que les règles sont appliquées. Beaucoup de restaurants ont appliqué des recommandations très strictes et le risque de contamination, bien que non nul, y était très faible. Mais d'autres n'appliquaient pas ces règles, ce qui en a fait des lieux évidents de contagion. Alors certains ont payé pour une minorité... Lors du premier déconfinement, il n'y a pas eu assez de contrôles. En revanche, concernant les bars, je ne vois pas comment il serait possible de les rouvrir prochainement.
 

Parmi les options envisagées, il y aurait celle d'autoriser les déplacements au début des vacances de Noël pour permettre aux Français de passer les fêtes de fin d'année en famille...

Partir pour les fêtes ? Cela va faire un cluster géant ! C'est absurde d'imaginer qu'on va pouvoir faire la fête au 31 janvier. Et faire Noël en famille, peut-être, mais à condition de restreindre le nombre de personnes présentes. Il faut avoir le courage de limiter. C'est la seule façon pour qu'il y ait moins de morts. Tout ça, ce n'est pas juste pour embêter les gens. 
 

En Auvergne-Rhône-Alpes, la circulation du nouveau coronavirus est particulièment forte depuis le début de la deuxième vague. Les mesures de confinement actuelles sont-elles suffisantes pour enrayer la progression de l'épidémie ?

Il y a un laxisme toléré dans les mesures de confinement, ce qui permet de continuer à vivre, c'est normal. On a l'air de commencer à voir les résultats. Mais l'hypothèse aurait été qu'on fasse encore davantage. Car le Covid-19, c'est une épidémie propre, personne ne voit rien. Sauf nous soignants. Ce qui est normal. Mais je vous assure qu'un séjour en réanimation, ce n'est pas le club Méditerranée. Et ça, on dirait que personne n'en a conscience. Ces mesures sont prises pour éviter des morts !
 

Le gouvernement souhaiterait éviter le "stop and go", c'est-à-dire l'alternance entre le confinement et le déconfinement. Selon vous, étant donné la nature de l'épidémie, un nouveau confinement peut-il être évité ?

Un troisième confinement est probable, ça dépend de nous. On n'en serait pas là si l'ensemble de la population avait appliqué toutes les mesures. On paye le relâchement de l'été. Car il n'y a pas de miracle : s'il y a des cas, c'est qu'il y a eu des failles. Les soignants sont sous pression : ils voient des morts tous les jours. Et ils sont très en colère, car à cause de quelques uns qui trouvent le masque gênant, on en est là. Le pouvoir politique avait pourtant averti depuis juillet en rappelant de faire attention. Je pense que pour être efficaces, les mesures devraient s'appliquer durant encore un mois, voire plus. Je vois mal comment on pourrait retrouver une vie normale avant au mieux le printemps. 
 
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