Explosions à Beyrouth : "la situation est chaotique" témoigne John Diksa, de l'association grenobloise SOS Attitude

VIDEO. "Il ne reste plus une vitre intacte, les rues ne sont que gravats et amas de verre brisé, l'ampleur de ce qu'il se passe ici est à couper le souffle, tant les dégâts sont impressionnants, on ne peut progresser sur le terrain qu'à pied" raconte John Diksa sur place depuis 3 jours à Beyrouth
Le port de Beyrouth, dévasté
Le port de Beyrouth, dévasté © SOS Attitude
Une semaine après la double explosion qui a pulvérisé le 4 août dernier le port de Beyrouth et ravagé une grande partie de la capitale libanaise, le dernier bilan fait état de 171 morts et plus de 6.000 blessés, selon le ministère de la Santé.

La déflagration d’une violence inouïe, provoquée par près de 3000 tonnes de nitrate d’ammonium stockées depuis six ans​ dans la zone portuaire a provoqué d'énormes dégâts à des centaines de kilomètres à la ronde. La Croix-Rouge libanaise a fait par ailleurs état de près de 300 000 personnes sans abri.
 
 Le quartier Acharafieh. 9 août 2020
Le quartier Acharafieh. 9 août 2020 © SOS Attitude

Des dizaines de personnes sont toujours portées disparues . Dans les décombres, après plusieurs jours d’opérations de recherche et de sauvetage, l'espoir de retrouver des survivants s'est évanoui. 
 Des façades littéralement soufflées, dans le quartier  Mikhael . 9 août 2020
Des façades littéralement soufflées, dans le quartier Mikhael . 9 août 2020 © SOS Attitude

A 18h08 ce mardi 11 août, les cloches des églises ont retenti et les mosquées ont lancé simultanément l’appel à la prière, à l’heure exacte à laquelle l’explosion a frappé la capitale libanaise... le 4 août dernier.

C'est ce jour-là précisément que l'association SOS Attitude a aussitôt décidé de partir. Depuis plus de dix ans, l'association iséroise intervient sur des lieux de catastrophe pour mettre à l'abri les populations sinistrées. Spécialisée dans l'abri d'urgence, elle travaille en collaboration étroite avec les Pompiers de l'Urgence Internationale et le Ministère des Affaires Etrangères.

Il n'aura fallu que quelques heures à John Diksa et Clément Bieber pour organiser l'acheminement de 60 tentes et près de 150 lampes solaires puis prendre la route de l'aéroport, avec un premier lot d'équipement d'urgence." Un déploiement un peu plus compliqué que d'ordinaire en raison de la pandémie de Covid 19. L'équipe a dû attendre les résultats, négatifs, du passage obligatoire de test Covid-19 avant de pouvoir embarquer" et atterrir samedi dernier à Beyrouth.

"Il  ne reste plus une vitre intacte, tout n'est que gravats et amas de verre brisé"

"On imaginait beaucoup de choses mais à l'arrivée, ce qui nous a frappés, c'est l'ampleur des ravages, dans le port et dans la ville, pulvérisée, sans aucune autre possibilité de progresser dans les rues qu'à pied. Toutes les routes ne sont toujours pas accessibles en voiture . La priorité, c'est déblayer et les volumes à dégager sont faramineux." raconte John Diksa.
Quartier Achrafieh. le 9 août. Impossible pour l'instant de progresser autrement qu'à pied
Quartier Achrafieh. le 9 août. Impossible pour l'instant de progresser autrement qu'à pied © SOS Attitude.

SOS Attitude a la spécificité d'intervenir en totale autonomie, et en contact direct avec les acteurs locaux : " En échangeant avec ceux qui étaient à l'oeuvre sur le terrain, on a réalisé que la première nécessité n'était pas, contrairement à d'autres missions, de fournir un abri aux familles. La solidarité a fonctionné, et la plupart d'entre elles avaient été hébergées chez des voisins, des proches, des amis, ou même des inconnus".
 
Les habitants du quartier Mikhael ont dû abandonner leurs maisons dévastées
Les habitants du quartier Mikhael ont dû abandonner leurs maisons dévastées © SOS Attitude

 Après évaluation, l'équipe a adapté son action : privilégier des solutions d'accueil, en réservant les tentes "aux médecins, qu'ils puissent travailler dans un lieu sûr et sain, dans la rue " mais aussi pour abriter "les centaines de bénévoles venus de toutes les régions du Liban pour aider à déblayer la ville".
 
Témoignage : John Diksa, président de l'association grenobloise SOS Attitude sur le terrain au Liban

"De nombreux quartiers n'ont plus d'eau potable, ni électricité, mais l'entraide du peuple libanais est exceptionnelle"

La situation économique, en pleine pandémie, était déjà extrêmement alarmante. Le drame a précipité la gravité de la situation du pays. John Diksa raconte combien" les Libanais montrent une solidarité hors du commun. La jeunesse  en particulier se mobilise de façon incroyable, même pour les plus petites tâches, balayer les rues, calfeutrer les portes et les fenêtres".

L'association, elle, a décidé d'intervertir ses priorités : "nous avons des lampes solaires que nous fournit la Fondation Schneider Electric. Elles permettent deux choses, avoir de la lumière, la nuit, au moins pendant 12 heures mais aussi de recharger les portables et les outils de communication, et ça c'est essentiel, dans ce type de situation."

Le réseau électrique a été réduit à néant. Compliqué désormais d'établir une liaison stable avec le Liban. C'est d'ailleurs dans l'un des rares petits bureaux épargnés, dans une entreprise, que John Diksa a pu répondre en direct à Jean-Christophe Solari, ...avec (forcément) quelques secondes de silence et de décalage, entre chaque question. 
 
Parmi les urgences : l'électricité

Un stock de près de 1000 lampes est en cours d'acheminement. Fonctionnant avec des petits panneaux solaires, elles garantissent plus de 12 heures d'autonomie la nuit, mais elles permettent aussi de recharger les portables et autres outils de communication.
 

Ces lampes solaires sont autonomes et peuvent se fixer partout . ( Photo décembre 2019, en Albanie)
Ces lampes solaires sont autonomes et peuvent se fixer partout . ( Photo décembre 2019, en Albanie) © SOS Attitude

"Nous resterons le temps qu'il faut"

Situation sanitaire et économique dramatiques, contexte politique explosif. Six jours après le drame, le gouvernement a démissionné. Des heurts entre manifestants en colère contre les politiques qu'ils jugent responsables tournent à l'affrontement avec les forces de l'ordre depuis deux jours consécutifs. Pas question pour autant pour SOS Attitude de ne pas mener à bien sa mission et de quitter le pays.   

"Nous resterons le temps qu'il faut" nous assure John Diksa qui donne régulièrement des nouvelles sur la page Facebook de l'association et qui indique dans son dernier message que "l'équipe n'est pas pour l'instant affectée par les protestations à Beyrouth bien qu'étant dans les environs, mais avec Clément nous restons toutefois très viligants".

 

SOS Attitude a besoin de vous et lance un appel aux dons

Basée à Grenoble, depuis 2008, l'association est spécialisée dans l'abri d'urgence, et les interventions de catastrophe, avec une spécificité , "assurer le maintien et la sécurité de la cellule familiale".
Elle travaille notamment avec les Pompiers de l'Urgence Internationale, le Ministère des Affaires Etrangères, et les ONG sur place. Népal, Fukushima, Equateur, Indonésie, Haiti,Bahamas ...elle est déjà intervenue dans plus d'une trentaine de pays en situation de catastrophe. Tous ses membres, secouristes ou médecins, sont bénévoles.
Elle achemine des tentes, mais aussi des tapis de sols, des couvertures, des kits d'hygiène, des lampes... dans les régions les plus démunies et les plus reculées.

SOS Attitude fait appel aux dons privés. Entièrement bénévole, ses frais de structure  sont quasi inexistants, garantie que le "maximum de fonds est consacré à l’aide humanitaire effective, c’est-à-dire à l’achat d’abris d’urgence, leur acheminement sur les zones sinistrées et leur distribution en mains propres par les équipes".

Pour rappel, les dons sont défiscalisables à hauteur de 66 %.



















 

 


 
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