Grenoble : la composition des encres utilisées sur des papyrus antiques dévoilée grâce au synchrotron

Le synchrotron de Grenoble a permis à une équipe de scientifiques européens de découvrir la composition d'encres utilisées sur des papyrus de l'Egypte antique, déduisant que cette technique de fabrication était similaire à d'autres utilisées à la Renaissance.

Fragment de papyrus d'un traité astrologique de la bibliothèque du temple de Tebtynis et images de fluorescence aux rayons X montrant la distribution du fer (rouge) et du plomb (bleu) dans les lettres rouges.
Fragment de papyrus d'un traité astrologique de la bibliothèque du temple de Tebtynis et images de fluorescence aux rayons X montrant la distribution du fer (rouge) et du plomb (bleu) dans les lettres rouges. © Collection Papyrus Carlsberg et ESRF
Et si les peintres de la Renaissance s'étaient inspirés des Egyptiens de l'Antiquité ? Une étude publiée lundi dans la revue PNAS par une équipe de 14 scientifiques – chimistes, physiciens, égyptologues – a révélé, grâce à l'utilisation du synchrotron européen de Grenoble, qu'une technique égyptienne datant de 100 à 200 après J.C. était très similaire à un procédé utilisé au XVe siècle en Europe.
 
Douze fragments de papyrus égpytiens issus de la bibliothèque du temple de Tebtynis, une cité gréco-romaine située non loin du Nil, ont été passés sous les rayons X du synchrotron pour étudier les encres rouges et noires avec lesquelles ils étaient inscrits. L'encre noire servait habituellement à écrire le corps du texte, tandis que l'encre rouge mettait en valeur les titres et les mots-clefs.


L'encre était probablement préparée dans des ateliers spécialisés

"Ce qui est intéressant, c'est que nous avons constaté que du plomb était ajouté au mélange d'encre, probablement pas comme colorant, mais plutôt comme siccatif, c’est-à-dire pour accélérer le temps de séchage de l'encre sur le papyrus", explique Marine Cotte, scientifique à l'ESRF et co-auteur de l'article, dans un communiqué.
 
Détail d'un traité médical de la bibliothèque du temple de Tebtynis avec en-têtes marqués à
l'encre rouge.
Détail d'un traité médical de la bibliothèque du temple de Tebtynis avec en-têtes marqués à l'encre rouge. © The Papyrus Carlsberg Collection

Aucun autre type de plomb, comme le blanc de plomb ou le minium, n'a été détecté dans les encres, ce qui aurait dû être le cas si cette matière avait été utilisée comme pigment. "Le fait que le plomb n’ait pas été ajouté en tant que pigment mais en tant que siccatif montre que l’encre, à cette époque, était le résultat d’une recette complexe et qu’elle ne pouvait pas être fabriquée par n'importe qui. Nous émettons l'hypothèse qu'il y avait des ateliers spécialisés pour préparer les encres", ajoute Thomas Christiansen, égyptologue de l'Université de Copenhague et lui aussi co-auteur de l'article.

"Au XVe siècle, lorsque les artistes ont développé la peinture à l'huile en Europe, le défi était de sécher l'huile dans un laps de temps raisonnable, précise Marine Cotte. Les peintres ont alors réalisé que certains composés de plomb pouvaient être utilisés comme siccatifs efficaces." La recette de l'encre des papyrus antiques peut donc, étonnement, être reliée à des pratiques de peinture développées plusieurs siècles plus tard, pendant la Renaissance.

 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
sciences culture histoire