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Grenoble : Eric Piolle "rêve" t-il d'être chef de l'Etat comme l'affirment certains de ses adversaires ?

Eric Piolle, candidat à l'Elysée ? La rumeur enfle sur le net comme dans le microcosme politique. A deux ans de l'échéance, les planètes semblent en tout cas alignées pour qu'il puisse en rêver. S'il en a envie. 

Eric Piolle, maire écologiste sortant de Grenoble, le 13 mars dernier, deux jours avant le premier tour des municipales
Eric Piolle, maire écologiste sortant de Grenoble, le 13 mars dernier, deux jours avant le premier tour des municipales © JEFF PACHOUD / AFP.
"S’il rêve d’être chef de l’État, qu’il assume d’abord son mandat de maire". Une petite phrase envoyée, l'air de rien, dans un communiqué de presse par la députée LREM et candidate aux Municipales Emilie Chalas, et voilà la rumeur qui repart de plus belle. Eric Piolle, candidat à la Présidentielle de 2022 ? L'hypothèse n'est pas farfelue. Reste à savoir si le maire de Grenoble y pense effectivement en se rasant tous les matins... 

Pour l'heure, il se concentre sur la gestion de la crise sanitaire. Sans oublier, sans doute, sa probable réélection lorsque le deuxième tour des Municipales pourra enfin se disputer. D'ailleurs, l'émergence d'une rumeur sur les ambitions nationales d'Eric Piolle, rumeur alimentée par une candidate rivale, n'est pas anodine. Un édile qui penserait plus à l'Elysée qu'à sa mairie, voilà un argument qui pourrait faire mouche à l'heure du vote... L'équipe du maire explique d'ailleurs : "LREM n'arrive pas à critiquer notre bilan, ils attaquent donc la personne avec des rumeurs"
 
Mais il n'empêche. L'hypothèse d'un Eric Piolle tenté par 2022 n'est pas à négliger. Le 1er mai dernier,  interrogé sur le "monde d'après" et sur la prochaine Présidentielle dans l'Obs, Eric Piolle déclarait : "Nos agendas se libèrent, les esprits sont plus libres. Dans l'arc humaniste, il y a une accélération des discussions multilatérales, c'est intéressant. On n'est plus que dans des discussions individuelles. Emerge une dimension collective, notamment portée par les ONG et les syndicats".

Cette interview à l'Obs est, selon un fin observateur de la politique locale, "ce que l'on appelle un signal faible. Eric Piolle montre sans doute son intérêt pour la question de la Présidentielle sans envisager ouvertement, pour l'instant, une candidature. Mais, après tout, que le maire de Grenoble, figure de l'écologie politique en France, soit intéressé par l'échéance et veuille peser d'une façon ou d'une autre n'est pas une surprise".
 

L'arc humaniste, sa création


N'en jetez plus, les bases sont posées. Le collectif, d'abord. Eric Piolle a toujours prôné le jeu en équipe. Souvenez-vous de ses affiches pour les Municipales de 2014 et 2020 : un candidat entouré de ses colistiers puis de Grenoblois. "Collectif" est sans doute l'un des mots les plus utilisés par le maire lors de son mandat. "Il parle énormément de collectif, il sait animer une équipe mais il est aussi - et d'abord - un vrai chef au sens de manager. Au final, c'est lui qui tranche. C'est sans doute l'une de ses forces, d'ailleurs.", nous glisse un grand élu grenoblois sous couvert d'anonymat. 

L'arc humaniste, ensuite. Voilà l'expression favorite d'Eric Piolle. Son invention. Sa création. Car force est de constater qu'à Grenoble, le maire a su faire l'alliance des gauches. Des Insoumis à quelques dissidents PS, en passant bien sur par EELV - son parti - et par le PCF ou encore les Animalistes, Eric Piolle a su rassembler une douzaine de formations qui, pour certaines, ne s'adressent même plus la parole au plan national. Une prouesse. "Depuis son engagement en politique en 2010, Eric Piolle a toujours eu pour objectif de rassembler la gauche. Il l'a fait à Grenoble, il a essayé de le faire en 2017 en poussant Nicolas Hulot puis en soutenant Jean-Luc Mélenchon. Il a voulu également le faire aux Européennes. Il est actuellement dans la même logique", commente un proche conseiller du Maire. 

Mieux, entre sa victoire de 2014 et la campagne de 2020, l'édile a élargi sa base et donc sa majorité potentielle. Cela paie. Dans les urnes, il rassemblait 29.4% au premier tour en 2014 contre 46.7% en mars dernier. Soient environ 4.000 voix de plus dans un contexte marqué par une explosion de l'abstention, en pleine épidémie de Covi19. Un sacré bond dont bien des maires sortants rêveraient. 

Rassembleur, Eric Piolle l'est donc assurément à gauche. Bien plus, en tout cas, qu'un Yannick Jadot souvent présenté comme potentiel présidentiable au sein d'EELV. Lors des dernières Européennes, la tête de liste écologiste n'était pas parvenue à unir autour de sa candidature. Piolle 1. Jadot 0, donc. 
 

Lui même alimente le jeu


Voilà sans doute pourquoi, dans les médias nationaux, le nom d'Eric Piolle revient de plus en plus souvent. "Les grandes ambitions de l'écologiste Piolle" titrait ainsi Le Figaro en décembre 2019 dans un papier évoquant l'amitié et les convergences entre le maire de Grenoble et sa collègue parisienne, la socialiste Anne Hidalgo elle aussi en pôle position pour être réélue. Hidalgo qui ne jurerait que par son ami Eric, à en croire la presse parisienne. Il faut dire que l'édile parisienne, malgré ou à cause d'une aura nationale plus grande que celle d'Eric Piolle, ne parvient pas à rassembler autour de sa candidature. Les Verts ont monté une liste autonome au premier tour. Les communistes également. Et, à Paris, les Insoumis sont dans l'opposition. Un point de plus, donc, pour Eric Piolle. "Certains l'imaginent déjà en train de constituer une équipe pour 2022", écrivait Le Figaro...

"Que l'on soit avec ou contre lui, il est certain qu'Eric Piolle a réussi ce que bien peu avant lui étaient parvenus à faire : unir une gauche qui se divise autant sur les idées que sur les ambitions. C'est assurément un élément à mettre à son bilan. Et comme l'écologie est désormais - et c'est tant mieux - au centre des préoccupations, la porte pourrait lui être grande ouverte", confie ce même élu grenoblois sous couvert d'anonymat. 

Mais si les médias nationaux accordent toujours plus de place au maire de Grenoble, c'est d'abord parce que lui-même joue et alimente le jeu. Interview dans la matinale de Jean-Jacques Bourdin sur BFM TV, passage sur France 2 chez Laurent Ruquier, articles dans Libération... Eric Piolle est très présent. En fin d'année dernière, la sortie de son premier livre, "Grandir ensemble, les villes réveillent l'espoir", lui avait offert une tribune enviable. 

Dans cet essai, le maire de Grenoble développe une théorie selon laquelle les métropoles, mais aussi les territoires au sens large ont un rôle essentiel à jouer dans la transition écologique. Des villes placées au centre du jeu sur le plan de la lutte contre le réchauffement et de l'injustice sociale. Hasard du calendrier, cette thèse trouve aujourd'hui un écho jusqu'à l'Elysée. 

Longtemps accusé, notamment par la gauche, d'être un Président coupé du pays et de tout ancrage faute d'avoir été élu local, Emmanuel Macron, depuis le début de la crise sanitaire, ne cesse de dire que l'Etat doit désormais s'appuyer sur les collectivités locales. Voilà qui fait écho au discours d'Eric Piolle. Même s'il n'est pas le seul à le porter, loin de là. 
 

Une carte à jouer ? 


Un sens certain du tempo, des médias nationaux qui s'intéressent à lui et le citent comme potentiel candidat, une écologie plus que jamais au coeur des préoccupations, une crise sanitaire qui pointe et exacerbe les inégalités sociales et un Président sortant qui se place en seul recours à l'extrême droite mais dont la côte de popularité peine à repartir à la hausse : les planètes n'ont jamais été autant alignées pour Eric Piolle. "Et l'élection d'Emmanuel Macron en 2017 a démontré qu'être un vieux routier de la politique nationale était désormais plus un inconvénient qu'une garantie de succès. Eric Piolle incarnerait donc lui aussi une forme de nouvelle vague mais avec un ancrage local, une expérience politique de terrain", ajoute un observateur contacté par France 3 Alpes. 

Reste alors à faire le plus dur, dans l'hypothèse d'une candidature : faire passer au second plan les innombrables ambitions déjà plus ou moins déclarées. Mélenchon, Rufin ou Autain chez les Insoumis sont autant de tempéraments très forts. Jadot chez EELV ou Benoît Hamon chez Génération.s bénéficient d'une notoriété bien supérieure. Les exemples sont nombreux. Sans oublier Nicolas Hulot que l'on dit proche d'Eric Piolle mais qui ne laisse rien transparaître de ses envies personnelles. Voilà sans doute le plus gros piège. Une gauche au sein de laquelle les égos sont très souvent les meilleurs ennemis du jeu collectif... 

Avec son ancrage local (il reste à ce jour le maire de la plus grande ville écologiste de France), son expérience et son succès dans la construction d'une gauche réunifiée, Eric Piolle aura sans l'ombre d'un doute une carte à jouer d'ici à 2022. Reste à savoir laquelle. Et à quelle place.


 
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