Incendies volontaires à Grenoble et ailleurs : Faut-il avoir peur de l’ultragauche ?

Incendie de la gendarmerie de Grenoble le 21 septembre 2017 / © JEAN-PIERRE CLATOT / AFP
Incendie de la gendarmerie de Grenoble le 21 septembre 2017 / © JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

L'ultragauche, qui a revendiqué notamment les incendies des gendarmeries de Grenoble et Meylan, mais aussi de la Casemate plus récemment, inquiète de nouveau les autorités qui la croient "capable" de basculer dans le "terrorisme".

Par France 3 Alpes avec AFP

L'ultragauche : menace montante ou épouvantail politique ?

Trois incendies de casernes de gendarmerie (dont deux en Isère) commis en septembre et octobre, tous revendiqués sur les sites internet Indymedia proches des milieux anarcho-libertaires et aucune interpellation.


La douzaine d'enquêteurs mobilisés à plein temps patine. Les autorités s'inquiètent d'une "stratégie concertée visant les forces de l'ordre".

Après l'incendie de la caserne de Grenoble, Emmanuel Macron a dénoncé "les discours haineux" de "gens d'extrême gauche" qui viennent "alimenter" des "militants radicaux". Son ministre de l'Intérieur a enfoncé le clou, parlant "d'attentats" contre des gendarmeries et de "gens capables de passer à des actes de nature terroriste".

En 2008, déjà, la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie avait vu dans l'affaire du groupe de Tarnac (Corrèze) un symptôme des "risques de résurgence violente de l'extrême gauche radicale".

Neuf ans après l'arrestation de ce groupe soupçonné de sabotages de lignes TGV, les poursuites terroristes ont été abandonnées, faute de charges. Un traumatisme pour la justice, qui n'a depuis plus retenu cette qualification dans des affaires mettant en cause l'ultragauche.

Cette année, la présence dans les manifestations sociales du chef du groupe de Tarnac Julien Coupat - considéré comme l'un des idéologues influents de l'ultragauche actuelle - interroge les services, à quelques mois de son procès prévu au premier trimestre 2018. Fin octobre, il affirmait au site Lundi matin que l'ultragauche, "épouvantail fatigué", "n'existe pas plus qu'hier en dehors des fichiers de renseignement".

"On peut en effet se poser la question : à quoi, à qui ça sert de créer de l'appréhension en parlant d'une menace terroriste ? Est-ce une manière de faire diversion, de stigmatiser ceux qui s'opposent ?", interroge le chercheur indépendant Jacques Leclercq, auteur de "Ultras-gauches. Autonomes, émeutiers et insurrectionnels", en soulignant le risque d'une "sur-dramatisation qui attise les violences".

200 à 300 personnes


"Le bruit de fond de cette mouvance n'est pas nouveau", explique un policier, en reconnaissant que ces dernières années, "la mouvance s'était fait discrète" et que "la priorité des services était à la lutte contre les jihadistes".

Depuis 2008, on estime qu'ils sont toujours entre 200 et 300 engagés "dans une démarche insurrectionnelle", des hommes et femmes de 20 à 50 ans issus de tous les milieux sociaux.

Quelques dizaines sont étroitement suivis par des services de renseignement.

Contrairement à l'ultradroite affaiblie par des dissolutions, l'ultragauche séduit les étudiants et les déçus de la politique et du syndicalisme.

Pour un cadre du renseignement, cette "montée en puissance assez forte de la mouvance ultragauche" s'illustre par "des actions violentes contre les forces de l'ordre", qui ont débuté avec l'évacuation des opposants à l'aéroport à Notre-Dame-des-Landes en 2012. A Notre-Dame-des-Landes et ailleurs, l'ultragauche a investi une douzaine de "ZAD" - des "zones à défendre", squats visant à s'opposer à un projet d'aménagement - où la contestation est dure.

En 2016, la mobilisation contre la loi Travail a également fédéré ce que Julien Coupat appelle "une nouvelle génération d'irréconciliables vouant une identique détestation d'Emmanuel Macron". Les manifestations ont régulièrement donné lieu à des affrontements violents entre activistes masqués et forces de l'ordre, incarnés par l'image d'un CRS pris dans des flammes d'un cocktail molotov.

L'attaque en mai 2016 à Paris d'une voiture de police, pour laquelle sept "antifascistes" ont été lourdement condamnés, a "une fois de plus montré la montée en puissance dans la violence de l'ultragauche" qui veut "affaiblir l'autorité de l'Etat" et cible "prioritairement les forces de l'ordre", estimait en septembre le Service central du renseignement territorial (SCRT) dans une note confidentielle.

La "haine anti-flic" et la lutte contre les "violences policières" deviennent un thème fédérateur pour rassembler une nébuleuse aux multiples sensibilités (écologistes, anarchistes, autonomes, "black blocs"...). Les revendications sont autant d'"hommages" à Rémi Fraisse, Adama Traoré...

"Pré-terrorisme" ? 


Selon le SCRT, cette ultragauche "décomplexée ne peut que +poursuivre sa logique terroriste+", tandis qu'un enquêteur relève "l'extrême précaution teintée de paranoïa des militants" qui leur permet d'échapper aux surveillances.

La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) va plus loin, qualifiant la mouvance de "pré-terroriste" car connectée avec ses alter ego en Europe (Italie, Allemagne, Grèce, Espagne) et affichant bien pour but de "troubler gravement l'ordre public". Toutefois, "elle ne dispose pas d'armes ni de réseaux de financement", contrairement aux jihadistes, souligne un responsable antiterroriste. 

En marge d'une manifestation parisienne de l'automne, un militant du "black bloc" affirmait qu'"au-delà des rassemblements centralisés, l'avenir pourrait résider dans des actions isolées décentralisées".

Pour un responsable antiterroriste, "il ne peut être exclu qu'une poignée de militants bascule dans le terrorisme sur le modèle du groupe Action Directe", groupe armé d'extrême gauche à l'origine de plusieurs attentats dans les années 1980.

Pour Jacques Leclercq, plus que des actions d'ampleur, "il y a surtout une possibilité de dérapages, d'accidents, notamment avec les incendies" : "Il peut y avoir des situations dramatiques qui font qu'une situation se durcisse de part et d'autre".



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