Législatives 2022 : "On est en train d'aller droit dans le mur", la pénurie de biens fait flamber les prix de l'immobilier à Fontaine, en Isère

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Écrit par Margot Desmas

Le prix des maisons, très recherchées mais rares sur le marché de l'immobilier, flambe dans les environs de Grenoble, notamment à Fontaine. Si la commune affiche encore des loyers raisonnables, l'accès à la propriété se veut de plus en plus compliqué dans ce secteur au niveau de vie modeste. Nous nous sommes rendus à Fontaine dans le cadre de notre série spéciale "Législatives 2022".

Coincée entre le Drac et les reliefs du Vercors, elle apparaît encore comme l'une des villes les plus abordables de la métropole de Grenoble. Avec ses 23 000 habitants, Fontaine est la quatrième ville de l'agglomération. Mais la plus attractive en termes de prix au mètre carré. A la vente comme à la location, certains biens s'arrachent dès leur arrivée sur le marché.

"On vient de poster une annonce pour une maison à louer à Seyssinet-Pariset. Sur les 30 appels qu'on a reçus aujourd'hui à l'agence, 25 concernaient la maison", pose Catherine Coursol, agente immobilière à l'agence Square Habitat de la ville, pas vraiment étonnée. Parcourant du regard les affichettes exposées en vitrine de l'agence, elle constate une pénurie de biens, particulièrement les maisons avec jardins ou les appartements disposant d'un extérieur dont les locataires sont friands depuis la crise du Covid et le développement du télétravail.

"Sur les autres biens, on a eu tendance à revoir la tarification à la baisse de manière à mettre en adéquation le besoin avec le marché", nuance-t-elle. Car la commune à l'héritage industriel marqué se caractérise par une population modeste. Un foyer sur cinq vit sous le seuil de pauvreté, soit 1 102 euros par mois pour une personne vivant seule. Ici, les petits immeubles du quartier populaire Mail Cachin jouxtent les pavillons du cœur de ville. Des maisonnettes modestes construites et rénovées au fil du temps par les ouvriers qui les occupaient.

Fief des investisseurs

Fontaine s'est développée en grande partie autour des vagues d'immigration. En témoignent les logements "plan Courant" édifiés à la chaîne dans les années 1960 pour répondre à la grave pénurie d'habitations. Les appartements y sont modestes, quasi-identiques, dans des immeubles de quelques étages sans ascenseur. Encore aujourd'hui, ces logements, souvent à rénover, s'arrachent à des coûts raisonnables.

"Pour l'investissement locatif, c'est un des taux de rentabilité les plus élevés", remarque Fabien Morel, agent immobilier chez Square Habitat. Mais pour les Fontainois, l'accès au logement se veut de plus en plus difficile, particulièrement pour ceux qui souhaitent accéder à la propriété.

"J'ai eu la chance de pouvoir acheter mais je pense que la jeunesse actuelle va rencontrer de plus en plus de difficultés pour devenir propriétaire", craint Muriel, propriétaire depuis 34 ans d'un appartement dans le quartier du Mail Cachin. Les prix flambent, en particulier ceux des maisons. Un bien affiché à 250 000 euros avant la crise du Covid en vaut aujourd'hui 300 000. Et les conséquences se font déjà ressentir.

"On a beaucoup de gens qui partent de Fontaine pour aller vivre à Rives ou en région Voironnaise. Ils n'ont pas assez d'argent et ils veulent une maison donc ils s'éloignent de Grenoble parce que les prix au mètre carré sont devenus trop chers", remarque Fabien Morel. "On est en train d'aller droit dans le mur. Le marché va se rééquilibrer à un moment, estime l'agent immobilier. Sur un achat de maison, si c'est possible de décaler le projet, il faut le faire. C'est du bon sens."

Et la situation ne devrait pas s'arranger avec l'arrivée prochaine du Métrocâble. Le téléphérique urbain, qui ira de Fontaine à Saint-Martin-le-Vinoux, doit voir le jour d'ici 2023. Un atout supplémentaire pour la commune qui jouxte la presqu'île de Grenoble, vivier d'entreprises comme Schneider ou le CEA.

Ancien bastion communiste

Les nombreuses firmes qui y sont implantées emploient quelque 15 000 personnes dans la recherche et l'industrie. Parmi elles, des cadres et ingénieurs qui voient en Fontaine un pied-à-terre bon marché. Une population d'un nouveau genre dans cette commune historiquement ouvrière, ancienne composante de la ceinture rouge grenobloise.

La mairie fontainoise est restée sous pavillon communiste pendant 75 ans, voyant défiler à sa tête des personnalités politiques telles que Louis Maisonnat ou Yannick Boulard. Jusqu'à la bascule des élections municipales de 2020 lors desquelles la ville est tombée pour la première fois entre les mains du MoDem, porté par Franck Longo. Un coup de théâtre qui ne semble pas remettre en question le profond ancrage de gauche du territoire.

Les électeurs de la troisième circonscription de l'Isère, qui englobe Fontaine, les quartiers populaires du sud de Grenoble jusqu'à Veurey-Voroize, ont placé Jean-Luc Mélenchon (LFI) en tête du premier tour de l'élection présidentielle. Le candidat insoumis y a obtenu 35,7 % des suffrages, onze points de plus qu'Emmanuel Macron (24,6 %).

De quoi nourrir les ambitions de la gauche unie sous la bannière de la Nupes. La candidate investie, Elisa Martin, première adjointe LFI au maire de Grenoble, devra toutefois affronter le dissident Stéphane Gemmani, conseiller régional élu sur la liste PS. Et la députée sortante de la majorité présidentielle, Emilie Chalas, qui brigue un second mandat pour Renaissance.

Les propositions des candidats pour le logement

Quatre candidats aux élections législatives dans la troisième circonscription de l'Isère ont exprimé leurs propositions pour le territoire à l'occasion du grand débat organisé par France 3 Alpes mercredi 8 juin. Voici leurs propositions, dans l'ordre de leur intervention lors du débat télévisé, pour améliorer l'accès au logement :

Emilie Chalas, députée Renaissance sortante, conseillère municipale d'opposition à Grenoble : "Je veux porter la mesure d'augmentation des APL. Par contre, bloquer le prix des loyers, on est dans quelque chose d'irréaliste."

Clément Chappet, candidat Les Républicains : "Il faut s'attaquer aux charges que payent les locataires et les propriétaires qui ont explosé cette année, et notamment pour les plus précaires, sur les logements sociaux. Il faudra des baisses des taxes, des baisses sur tout ce qui est en plus du loyer. Il y a quelque chose qui n'aurait pas dû être fait pendant ce mandat, c'est la baisse des APL. Je pense qu'il faut revenir, au minima, au niveau qu'elles avaient avant cette baisse de 5 euros pendant le quinquennat Macron."

Stéphane Gemmani, candidat "divers gauche", conseiller régional membre du groupe socialiste : "On est pour l'encadrement des loyers mais on est aussi pour que, rapidement, on puisse revaloriser, reconstruire et rénover thermiquement les logements qui sont des passoires thermiques et qui, souvent, sont occupés par les plus précaires. En termes de pouvoir d'achat, on se retrouve avec des personnes qui, malheureusement, ont des dépenses énergétiques qui sont extrêmes."

Elisa Martin, candidate de la Nupes, première adjointe au maire de Grenoble : "Les gens n'y arrivent plus donc de toute façon, il faut penser différemment. Il faut mieux partager les richesses, augmenter les salaires et ce salaire différé qu'est la retraite, les minimas sociaux, en s'appuyant sur la fiscalité. (…) C'est en s'attaquant à l'ensemble de cette captation des richesses par quelques-uns qu'on arrivera à permettre (aux plus modestes) de vivre dignement."