Procès Lelandais : la station de lavage, la voiture et cette "minuscule" goutte de sang qui a fait basculer l'affaire Maëlys

Un expert est revenu, ce jeudi 10 février lors du 9e jour du procès de Nordahl Lelandais devant la cour d'assises de l'Isère, sur la découverte d'une "minuscule" tâche de sang, qui a entraîné les aveux de l'accusé.

Sur le Chemin de l'Avenir, près de la D1006 qui traverse la commune de Pont-de-Beauvoisin, se trouve une petite station-service à la sortie d'une zone commerciale. A côté des pompes à essence : un "Lavage auto 7/7". Le 28 août 2017, Nordahl Lelandais y passera une partie de sa matinée. Une heure et 44 minutes précisément, pour un nettoyage minutieux de son Audi A3.

Sièges, volant, vitres, coffre... Tout est aspiré, balayé, nettoyé, désinfecté. L'ancien militaire, jugé devant la cour d'assises de l'Isère depuis le 31 janvier pour le meurtre Maëlys, fait tout pour camoufler la mort de la petite fille. Qu'importent les caméras de vidéo-surveillance, il apporte un zèle tout particulier à ce nettoyage. La voiture est impeccable, quasi-neuve. Enfin presque. Car, malgré toute l'attention qu'il a portée au nettoyage, c'est cet élément qui va précipiter sa perte et ses aveux, six mois plus tard en février 2018.

Avant ces aveux, son Audi A3 a été, à plusieurs reprises, scrutée de près. Même désossée par les enquêteurs. Une première fois le 1er septembre 2017. A l'époque, il fait déjà partie des suspects : il a été vu en train d'échanger avec la victime au cours de la soirée de mariage. Plusieurs témoins décrivent un "comportement suspect" de sa part. Le 1er septembre son véhicule est saisi. Les enquêteurs vont recevoir une voiture nettoyée "de fond en comble", selon les termes du lieutenant-colonel Emmanuel Pham-Hoai entendu ce jeudi 10 février.

Des premières analyses et des premières découvertes

Son équipe est contrainte par le temps. Le véhicule doit être restitué le lendemain, le 2 septembre. "Nous avons donc réalisé des analyses de surface", explique cet homme, droit devant la cour, arrivé en costume trois pièces et attaché-case à la main.

Procédurier, il présente un exposé, classé en plusieurs parties et sous-parties, salué par l'ensemble des avocats et magistrats. Au cours de ces "analyses de surface", tout est passé à la loupe : les enquêteurs retrouvent plusieurs éléments pileux, mais surtout des profils génétiques. Certains proviennent d'anciennes compagnes de Lelandais. Mais l'un d'entre eux, retrouvé sur le commodo des phares, pose question : ils découvrent un mélange de profils génétiques appartenant à la petite Maëlys et à Nordahl Lelandais.

Aucun résultat probant n'en ressort.

Le lieutenant-colonel Emmanuel Pham-Hoai, au sujet d'une deuxième analyse de la voiture de Nordahl Lelandais.

Entendu à ce sujet, le suspect déclare que Maëlys et un "petit blond" sont montés dans sa voiture pendant la soirée et ont joué à l'intérieur. Ces déclarations entraînent de nouvelles analyses, le 5 septembre 2017. Les sièges sont découpés, les ceintures, l'accoudoir central, la roue de secours et même le triangle de suspension sont examinés... "Aucun résultat probant n'en ressort, déclare le lieutenant-colonel. On est un peu bloqué."

"Très clairement, elle est minuscule"

La voiture retournera au laboratoire, situé en région parisienne, des mois plus tard, le 23 janvier 2018. Une date décisive dans l'affaire Maëlys. Les enquêteurs ont eu accès à la vidéosurveillance de la station-service et les images montrent Lelandais effectuer un nettoyage frénétique des portières avants et du coffre.

Il faut insister sur ces zones pour les enquêteurs. Ils font appel à un gendarme aguerri en mécanique automobile : "Il nous fallait un gendarme sachant démonter délicatement une Audi pour ne pas abîmer d'éventuelles traces." Ces précautions vont être récompensées. En retirant le tapis du coffre et en démontant délicatement la zone arrière gauche, les enquêteurs vont découvrir une gouttelette de sang au niveau d'une boucle métallique.

"Très clairement, elle est minuscule", précise le gendarme. L'audience découvre les photos et cette petite tache rougeâtre, d'une taille bien inférieure à celle d'un ongle. "On aurait donc très bien pu passer à côté, cela tenait à presque rien ?", interroge la présidente. Réponse limpide de l'expert : "Oui."

Cette trace comprend juste assez de matière pour établir qu'il s'agit bien du sang de la victime. La découverte pousse Nordahl Lelandais aux aveux, le 14 février 2018. En fin d'après-midi, il indiquera aux forces de l'ordre le chemin pour retrouver la petite fille. L'avenir de l'accusé sera, lui, décidé le vendredi 18 février prochain par la cour d'assises de l'Isère.