Trafic d'êtres humains à Grenoble : une vingtaine de prévenus jugés devant le tribunal correctionnel de Lyon

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Écrit par Antoine Belhassen, avec Céline Aubert à Lyon
Vingt prévenus accusés d'avoir participé à un réseau de trafic d'êtres humains comparaissent devant le tribunal correctionnel de Lyon, à partir de ce lundi 6 décembre.
Vingt prévenus accusés d'avoir participé à un réseau de trafic d'êtres humains comparaissent devant le tribunal correctionnel de Lyon, à partir de ce lundi 6 décembre. © Céline Aubert/FTV

Vingt prévenus, soupçonnés d'avoir participé à un réseau de trafic d'êtres humains dans l'agglomération grenobloise, comparaissent à partir de ce lundi 6 décembre devant le tribunal correctionnel de Lyon.

Après deux années d'enquête sur un vaste réseau de trafic d'êtres humains, notamment entre le Viêtnam, la France, l'Allemagne et l'Angleterre, une vingtaine de prévenus sont appelés à comparaître à partir de ce lundi 6 décembre devant le tribunal correctionnel de Lyon.

Parmi les accusés, certains sont jugés pour des faits d’aide au séjour en bande organisée (et complicité), traite d'êtres humains en bande organisée et association de malfaiteurs en vue de préparer ces deux infractions.

D'autres ont participé indirectement au réseau et sont accusés de faux et usage de faux documents administratifs, emploi d'étrangers sans titre (et complicité), blanchiment en bande organisée et détention de faux documents administratifs.

Deux Vietnamiens retrouvés morts en Angleterre

Entre 2017 et 2020, de nombreux ressortissants vietnamiens, employés et hébergés dans des conditions difficiles avec de faux papiers, ont travaillé dans au moins trois restaurants de l'agglomération grenobloise.

Les trois établissements, connus des aficionados de buffets à volonté, affichent désormais porte close. Avec, à chaque fois, des raisons diverses : "Covid-19", "raisons personnelles" ou encore "travaux de rénovation".

La vérité est autre : les gérants de ces adresses font partie des vingt prévenus. Deux ressortissants vietnamiens, un temps employés dans ses restaurants, ont notamment connu un destin funeste et ont péri dans le "camion de l'horreur", en 2019. Trente-neuf corps avaient été retrouvés à l'intérieur d'un poids lourd frigorifique en Essex, au nord-est de Londres.

De "l'entraide communautaire" ou une "exploitation violente d'êtres humains"

Parmi les autres prévenus, M. Tran, un Vietnamien, oncle d'une des deux victimes du "camion de l'horreur", est soupçonné d'avoir joué un rôle d'intermédiaire au sein de l'organisation. Lors d'une perquisition à son domicile, la police a retrouvé du matériel pour établir de faux documents qui auraient permis aux victimes de travailler en France.

Selon son avocat, M. Tran entend contester la plupart des accusations portées contre lui. "Toute la complexité de ce dossier sera de faire la part des choses entre de l'entraide communautaire et l'exploitation violente d'êtres humains", expliquait Me Naguin Zekkouti, début novembre. Il souligne notamment l'absence de "violence, menace ou contrainte dans ce dossier".

Cuisiniers, serveurs et conseiller municipal parmi les accusés

M. Tran n'était pas présent à l'ouverture du procès ce lundi 6 décembre, en fin de matinée. Il sera jugé en son absence avec délivrance d'un mandat d'arrêt à l'issue du procès.

La majorité des prévenus avait fait le déplacement, ce lundi, à Lyon. Certains étaient accompagnés de traducteurs, ne pouvant pas parler français. Sur le banc des accusés : des cuisiniers, des serveurs, des gérants de restaurant, mais aussi Cherif Boutafa, conseiller municipal d'opposition élu sur la liste d'Alain Carignon à Grenoble. Cet ancien délégué syndical FO - son adhésion a été suspendue - s'est révélé être un associé minoritaire d'un restaurant à Meylan.

Une instrumentalisation de la justice pénale.

Me Michel Benichou, avocat de Cherif Boutafa

Il est accusé avec sa compagne, chargée du planning de l'établissement, d’aide au séjour irrégulier. Leur avocat Me Michel Benichou a notamment accusé Eric Piolle, le maire de Grenoble, de vouloir "nuire à ses élus d’opposition".

Il a également évoqué une "instrumentalisation de la justice pénale". Notamment parce que Cherif Boutafa défendait les employés de la ville et qu'à ce titre, il n’aurait pas été bien vu de la direction.

Par la suite, les avocats des différents prévenus se sont succédés à la barre. Leurs clients encourent de 3 à 20 ans de réclusion criminelle. La décision est attendue au plus tard, vendredi 17 décembre.

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