Deux ans de prison avec sursis. Un homme de 37 ans a été condamné par le tribunal correctionnel de Grenoble, ce jeudi, pour des violences physiques, verbales et psychologiques sur sept ex-compagnes. Toutes les victimes ont décrit une relation entamée de manière passionnelle via une application de rencontre, et qui a vite basculé sur des insultes et menaces.

"Dégage ou je te pète la gueule", "T'es une merde", "Sale pute", "Sale pute suicide-toi", "Je vais monter à Lyon je vais t'enculer"... À la lecture des SMS envoyés par un homme de 37 ans à ses différentes compagnes, la salle d'audience du tribunal correctionnel de Grenoble retient son souffle, ce jeudi 23 mai.

Le prévenu, un producteur de vidéos, comparait pour violences sur conjoint, diffusion sans consentement d’images à caractère sexuel et menaces sur sept ex-compagnes et un collaborateur. "Des mots maladroits, malhabiles ? Non, c'est de la violence psychologique, de la violence verbale, avance Me Mourad Battikh, avocat des parties civiles. Ces mots sont écrits sous le coup de la manipulation."

"Je suis parfois impulsif"

Les victimes, âgées de 29 à 41 ans, apparaissent soudées sur les bancs du tribunal. Elles dénoncent des faits survenus entre 2018 et 2022 aux Deux-Alpes et à Vizille en Isère, ainsi qu'à Paris. Chacune a entamé une relation avec le prévenu, après un premier contact sur une application de rencontre. Toutes décrivent "le même processus", souligne la présidente. "Une relation qui commence de manière passionnelle, et très vite bascule sur des insultes, des propos dénigrants, voire même des incitations à se supprimer."

À ces mots succèdent des "bousculades", "jets d'objets, bris d'objets, de téléphone, de vaisselle", qui se terminent parfois en "violences physiques". "Je reconnais que je suis parfois impulsif", répond sobrement le prévenu. Selon lui, ces "bousculades" n'étaient pas uniquement de son fait, mais également de celui de ses compagnes.

Le trentenaire, qui comparaissait libre, ne reconnait jamais complètement les faits qui lui sont reprochés. Les insultes ? "Des paroles blessantes", "des menaces plutôt pour avoir une réponse"... Les violences physiques ? "Un geste malencontreux sous le fait de l'énervement" et parfois "de l'alcool", des "contacts", selon son conseil, Me François Delacroix.

"Vous donnez l'impression de toujours voir ce qui est dangereux dans le comportement des autres, mais pas dans le vôtre, lui lance la présidente. On va finir par croire que vous ne cherchez que de mauvaises compagnes qui cherchent le conflit."

"Huit victimes, ce n'est pas rien"

L'expertise psychologique du prévenu, demandée par la défense, parle d'une "immaturité affective", d'une absence de "capacité d'introspection", mais d'aucune "altération du discernement au moment des faits". Né d'un père italien et d'une mère algérienne, l'homme de 37 ans explique avoir reçu "une éducation stricte".

Selon l'avocat de la défense, les parties civiles ont toutes "été attirées, amoureuses". "Quand on est sur des sites de rencontre, il y a une incapacité à rencontrer des gens de manière normale, a plaidé Me Delacroix. Nous avons un garçon qui a des choses à travailler, à remettre en cause. On n'a pas tous le courage de se confronter à ça. Le courage de se confronter à ses failles."

Balayant d'un revers de la main le nombre de victimes, Me Delacroix a parlé d'une "caricature", d'un "cliché Metoo". Un argument qui n'a pas convaincu la représentante du ministère public. "Il faut arrêter de se moquer du monde. Quel est le risque qu'on continue à avoir quelqu'un qui fonctionne comme ça ? Il n'en est à mon avis pas sorti. Huit victimes, ce n'est pas rien."

"Il faut que ça s'arrête"

En octobre 2023, France 3 Alpes avait rencontré plusieurs de ces femmes. Une première audience devait se tenir le 4 octobre, mais elle avait été renvoyée, à la demande de la défense. Motif invoqué : un manque de temps pour se préparer au procès, en raison d'une procédure numérisée trop tardivement, et une demande d'expertise psychiatrique sur le prévenu.

"C'est l'objet de notre venue aujourd'hui, qui n’est absolument pas une chasse aux sorcières ni une vengeance personnelle : on veut que cet homme soit mis hors d’état de nuire et que plus aucune femme ne subisse ça", nous confiait alors l'une des parties civiles. "Il faut que ça s'arrête. Moi, je fais partie des vieilles victimes. Je vois que c'est de pire en pire à chaque fois. Un jour, il risque de tuer quelqu'un", ajoutait une deuxième plaignante.

"J'ai rarement eu l'occasion de plaider avec huit parties civiles, a avancé Me Battikh dans sa plaidoirie. Ce chiffre ne peut pas être minimisé. Ce chiffre est imposant, excessif. Il doit nous inquiéter collectivement."

Deux ans de prison avec sursis

Au terme d'une audience de près de cinq heures, le tribunal a reconnu le prévenu coupable des faits qui lui étaient reprochés. Il a été condamné à deux ans de prison, assortis d'un sursis probatoire, une obligation de suivre des soins, de se présenter à un stage de sensibilisation aux violences sexistes et au sein du couple, à verser une amende de 500€ et des indemnités allant de 1 000€ à 2 600€ aux huit parties civiles. L'Isérois a dix jours pour faire appel de cette décision.

"Dans un couple, on est deux personnes égales. Et si on ne s’entend plus, on s’en va", a asséné la présidente. "On est hyper satisfaites du résultat, s'est exclamée l'une des parties civiles au sortir de la salle d'audience. On aurait aimé du ferme, même quelques mois, mais indéniablement on a été reconnues comme victimes. C'est bien là l’essentiel."

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