"Louer des habitats aux astronautes sur la lune" : le projet fou mais très concret d'un chercheur en Isère

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La société "Spartan Race", basée à Sassenage (Isère), développe une maison lunaire, dans laquelle elle espère pouvoir accueillir des astronautes dans les prochaines années. Rencontre avec Peter Weiss, le chercheur à l'origine du projet.

Peter Weiss et son équipe de "Spartan Space" travaillent déjà avec l'Agence spatiale européenne (ESA) et le Centre national d'études spatiales (CNES). Mais, l'Exposition universelle de Dubaï a permis de les propulser dans une nouvelle dimension et de faire évoluer leur projet fou d'habitat lunaire locatif. Rencontre avec le chercheur, basé à Sassenage (Isère), à l'origine du projet "Eurohab".

"Vous proposez un "habitat lunaire" disponible à la location. Pouvez-vous nous expliquer ce projet ?

Peter Weizz : Notre modèle économique prévoit de louer des habitats sur la lune. Comme un Airbnb sur la lune, par exemple. Nous ne souhaitons pas vendre cette capsule, mais plutôt vendre un service. Un peu comme SpaceX : la société ne vend pas des fusées à la Nasa, mais vend un service de transport hors-sol.

Nous avons la même approche. La Nasa, ou l'Agence spatiale européenne, pourrait louer cet habitat. Bien évidemment, les prix ne seront pas ceux d'un Airbnb à Grenoble ou à Paris. Les prix seraient peut-être un peu supérieurs (rires).

Le tourisme spatial se développe ces dernières années. Des touristes pourraient-ils, à terme, utiliser cette capsule ?

Bien sûr, des touristes du secteur privé pourraient l'utiliser. Si demain SpaceX ou Blue Origin nous approchent pour que l'on puisse loger leurs clients, nous ne dirons pas non.

J'espère que cela va venir. Je pense que les activités autour de la lune vont se démocratiser à l'avenir.

Peter Weiss, directeur de Spartan Space.

Mais ce n'est pas la base de notre modèle économique. On ne prévoit pas cela pour tout de suite. J'espère que cela va venir. Je pense que les activités autour de la lune vont se démocratiser à l'avenir. Pour le moment, notre "Eurohab" est destinée aux astronautes des agences spatiales.

Quand pourrions-nous voir la première "Eurohab" sur la lune ?

On espère que l'habitat puisse partir lors de prochaines missions sur la lune. La date n'est pas fixée. Peut-être 2025 ou 2026... Nous mettons tout en place pour que l'Eurohab puisse partir, le plus rapidement possible, en espace lunaire.

Mais c'est aussi une question de volonté politique. Est-ce que la France ou l'Union européenne pourrait mettre davantage de moyens pour développer ce projet ? Toutes les technologies que l'on utilise s'avèrent déjà relativement matures. Nous avons toutes les technologies nécessaires à la construction d'une version finale. Maintenant, il faut avoir une volonté politique derrière et trouver des fonds.

Pourquoi avoir appelé ce projet "Eurohab" ?

Nous voulions mettre l'accent sur une contribution européenne. Je suis passionné par la lune. Il était très important, pour moi, que l'Europe joue un rôle dans les expéditions lunaires à venir. Je trouvais que c'était une hérésie que l'Europe, continent des explorateurs, ne participe pas aux missions en surface lunaire. Pas seulement celles en orbite. Ce n'est pas un lieu réservé qu'aux Américains, aux Chinois ou aux Russes.

On pourrait donc voir une capsule Eurohab faire partie d'un voyage lunaire organisé par la Nasa ?

Tout à fait. Mais cette capsule serait envoyée en amont de l'expédition. Elle atterrit de manière robotique. Une fois alunée, elle pourra accueillir les astronautes. Cela deviendra alors le premier habitat en dehors de l'orbite terrestre. Ce serait bien que ce soit européen !

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Le projet "Eurohab" de la société iséroise "Spartan Space" ©Spartan Space

Cet habitat sera voué à rester sur la lune ?

Oui, il serait permanent. Ce serait un peu comme un camp de base, tel qu'on peut en voir sur le mont Everest. Les astronautes arrivent sur les lieux d'alunissage, davantage situés sur le pôle sud. La cabine serait plus excentrée, proche des lieux d'intérêt.

Comment se passerait la vie dans cet habitat ?

C'est une capsule pressurisée. Les astronautes rentreraient par un sas, puis chemineraient vers une chambre que l'on appelle la "dusty section". C'est là qu'ils se débarrasseraient de leur scaphandre et de leur équipement pour éviter la propagation de la poussière lunaire, qui est très abrasive.

L'habitat est composé de deux à quatre lits. Il y a une sorte de petite cuisine, un observatoire et un laboratoire. L'objectif est que les astronautes puissent y séjourner 14 jours.

Peter Weiss, directeur de Spartan Space.

Ils rentreraient ensuite dans cet habitat d'un diamètre de 7 mètres. Il n'est pas impossible qu'il soit plus petit dans sa version finale. L'habitat est composé de deux à quatre lits. Il y a une sorte de petite cuisine, un observatoire et un laboratoire.

L'objectif est que les astronautes puissent y séjourner 14 jours. Nous travaillons avec Air Liquide et le CEA Grenoble sur d'importants systèmes : comment produire de l'énergie ? Comment la stocker et la gérer ? Comment optimiser la purification d'air et la régularisation de l'atmosphère ?

Quel a été le bilan de l'Exposition universelle pour vous ?

Nous avons pu faire la démonstration que notre projet peut se monter très rapidement. C'était également important d'être exposé au cœur de l'IAC (le Congrès international d'astronautique, ndlr), au milieu de grands acteurs comme la Nasa, Northrop Grumman et les agences continentales. Il fallait montrer que nous sommes de sérieux acteurs sur la scène internationale."