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Tomorrowland à l'Alpe d'Huez : le monde festivalier s’indigne des 400 000 euros de subventions

Plus d'une trentaine d'organisateurs de festivals à travers toute la France s'indignent dans une tribune du financement public du festival prévu à l'Alpe d'Huez en mars 2019. La région Auvergne-Rhône-Alpes a en effet accordé 400 000 euros à ce festival belge.
Une générosité qui passe mal... L'édition hivernale de l'événement Tomorrowland à l'Alpe d'Huez a été annoncée en grande pompe il y a tout juste trois semaines et une bonne partie du monde du spectacle semble déjà s'être liguée contre l'implantation de ce festival d'origine belge.

L'annonce du financement de la région Auvergne-Rhône-Alpes avait suscité une forte indignation dans le milieu de la culture : une subvention exceptionnelle de 400 000 euros pour un festival porté par des acteurs non locaux dans un contexte de resserrement des budgets...

Une centaine d'acteurs culturels de la région avaient signé une lettre ouverte dénonçant cette subvention. Aujourd'hui, c'est une tribune, co-signée par les organisateurs de festivals comme We love green (Paris), Les nuits sonores (Lyon), Holocène (Grenoble) et une trentaine d'autres dans le magazine Trax qui dénonce cette inégalité de traitement.



"L'hégémonie des multinationales du divertissement"


Les signataires de cette tribune reprochent le manque de soutien des régions aux festivals locaux et déplorent "l'hégémonie des multinationales du divertissement".

Le festival belge Tomorrowland qui va donc poser pour la première fois ses sonos en Isère l’année prochaine y est décrit comme un événement "purement lucratif et commercial avec un producteur ultracapitaliste, guidé exclusivement par une approche mercantile et ne s’adressant qu’à un public extrêmement privilégié". Le festival prévoit notamment de mettre en vente des packs 4 jours vendus à 685 euros... 

"Ce qui nous choque, c'est le soutien de la région pour un événement qu'eux qualifient de culturel", explique à France 3 Sylvain Nguyen, directeur d'un autre festival isérois, Holocene, sans pour autant présumer de la qualité de Tomorrowland.

"Il s'agit d'un acteur étranger privé qui est déjà largement bénéficiaire [...] ce qui nous fait hurler c'est que les impôts qu'on paye vont financer un acteur étranger qui nous fait directement concurrence", regrette l'organisateur du festival grenoblois qui n'hésite pas à parler d'une forme de "mépris pour ce milieu-là" de la part de la région. Tomorrowland, qui se tiendra juste après Holocène en mars 2019, dans le même département risque en effet de faire un peu d'ombre au festival grenoblois.


Un traitement de faveur d'autant plus difficile à digérer qu'Holocène ne touche aucune subvention de la région, malgré les demandes. L'événement attire 12 000 personnes pour un budget de 600 000 euros et embauche près de 400 personnes pendant la durée du festival. Le chiffre d'affaires de Tomorrowland, lui, est estimé à 25 millions d'euros.



Contacté par la rédaction, Tommy Vaudecrane, l'auteur de la tribune et organisateur d'événements pour Technopol, ne juge pas la qualité du festival qui a le mérite de "démocratiser la musique électronique" et révèle "l'attractivité" du marché français. Il dénonce en revanche un déséquilibre flagrant.

Il déplore notamment que les festivals français, qui ont les moyens de faire rayonner un territoire, d'attirer un public conséquent et d'entraîner d'importantes retombées économiques n'aient pas plus de soutien des régions. "Nos festivals ont les moyens de le faire et le feraient encore mieux avec plus de subventions" regrette-t-il.

Le problème n'est pas Tomorrowland, c'est la manière dont on accueille les festivals français sur le territoire.


Le président de la région Laurent Wauquiez a tenté d'apaiser les esprits en expliquant que ces 400 000 euros seraient prélevés sur le budget tourisme et économie et non le budget culture. Mais pour Tommy Vaudecrame, "le problème n'est pas Tomorrowland, c'est la manière dont on accueille les festivals français sur le territoire".



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