VIDÉO. Tensions en Chartreuse : "Il ferme l'accès à la montagne alors qu'il ouvre grand les portes de son château"

Alors qu'une partie de la réserve naturelle des Hauts de Chartreuse a été interdite aux randonneurs par le propriétaire des terres, les militants ne désarment pas. Ils ont organisé une opération de tractage dimanche au château du Touvet, propriété du même marquis.

Un comité d'accueil détonnant, symbole d'une polémique qui prend de l'ampleur. Les visiteurs du château du Touvet ont été accueillis par les militants du collectif Chartreuse, venus réaliser une opération de tractage à l'occasion des Journées du patrimoine, dimanche 17 septembre. Ils se sont réunis aux portes de la propriété du marquis Bruno de Quinsonas-Oudinot, également détenteur de 750 hectares de terres au cœur de la réserve naturelle des Hauts de Chartreuse.

Un terrain dont l'accès est depuis peu interdit aux randonneurs, les empêchant d'arpenter les sentes menant à une arche double, curiosité géologique unique dans les Alpes, la tour Percée. "Beaucoup de randonnées sont fermées au public pour être réservées exclusivement aux chasseurs", avertit un militant, s'adressant à un couple de retraités venu visiter le château.

Par sa présence, le collectif veut interpeller le marquis dans l'espoir de "trouver une solution qui convienne à tous". Car les habitués du secteur sont dans l'incompréhension depuis la fin de l'été, lorsqu'ils ont découvert la présence de panneaux "propriété privée — défense d'entrer" autour d'une partie du domaine.

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Tensions en Chartreuse : "Il ferme l'accès à la montagne alors qu'il ouvre grand les portes de son château" ©France Télévisions

"Cet accès doit demeurer libre"

"Il ferme l'accès à la montagne alors qu'il ouvre grand les portes de son château pour les Journées du patrimoine", regrette Pierre-Antoine, membre du collectif militant contre ces restrictions d'accès, qui souhaite "dénoncer gentiment mais fermement le non-partage de cet espace naturel".

Au cœur du débat, les chasses privées organisées sur le domaine du marquis. Et les altercations qui se seraient multipliées entre randonneurs et chasseurs, dont "certaines ont été assez violentes". Sept plaintes auraient été déposées, toutes classées sans suite selon le collectif. 

"On estime que cet accès doit demeurer libre à condition qu'il y ait un respect mutuel de tous les pratiquants. On ne dit pas qu'il faut interdire la chasse mais il faut qu'il y ait une bonne entente pour que l'espace soit accessible à tout le monde", ajoute Pierre-Antoine.

Sollicité par France 3 Alpes, le procureur de la République de Grenoble Eric Vaillant indique qu'"une seule procédure est actuellement enregistrée au parquet à l'encontre de Bruno de Quinsonas-Oudinot" et qu'"elle a en effet été classée sans suite en juillet dernier, les violences alléguées étant insuffisament caractérisées".

Des discussions demandées

En Isère, 74 % de la surface forestière appartient à des propriétaires privés. Un chiffre qui questionne les pratiquants de la montagne sur l'accès à ces terrains. En particulier depuis l'adoption d'une nouvelle loi visant à limiter l'engrillagement des espaces naturels qui renforce, dans le même temps, le droit de propriété, même signalé par un simple panneau.

"Cela doit nous interpeller sur le fonctionnement qu'on a sur le droit d'accès aux propriétés privées qui couvrent une large part des espaces naturels dans la région", réagit Matthieu Le Lay, membre du collectif Chartreuse. Contacté par France 3 Alpes, le marquis n'a pas souhaité répondre à nos questions.

Le président du parc naturel régional de la Chartreuse, Dominique Escaron, nous confirme que M. de Quinsonas-Oudinot a la loi pour lui. Les partisans du libre accès à ces terres espèrent toutefois que des discussions soient lancées avec les pouvoirs publics afin d'arbitrer le litige.

"Au-delà du droit, on peut arriver à un petit peu de bon sens et de discussion. L'idée, c'est juste de partager et de ne pas réserver ces merveilles à une minorité de privilégiés", espère Pascal, membre du même collectif. La pétition en ligne lancée pour alerter l'Etat et les élus a collecté plus de 24 000 signatures depuis le 1er septembre.