"C'est trop dangereux, on n'a pas les mêmes compétences" : faute de médecins, des infirmiers envoyés sur des interventions du Smur ?

Aux urgences du centre hospitalier de Vienne, en Isère, les médecins manquent depuis de nombreux mois pour assurer un service continu du Smur (Structure mobile d'urgence et de réanimation). Résultat : des infirmiers sont invités à se former pour partir sur le terrain, uniquement accompagnés d'un ambulancier.

Infirmière depuis 1999, Véronique a connu plusieurs crises au sein du service hospitalier. Mais celle-ci est peut-être celle de trop : depuis plusieurs semaines, le Smur (Structure mobile d'urgence et de réanimation) du Centre hospitalier Lucien Hesseul de Vienne est fermé partiellement.

Ces équipes, qui sont chargées de se déplacer en cas d'accident grave, ne peuvent plus assurer un service continu. Ce service essentiel n'a pas fonctionné plusieurs jours par mois ou certaines nuits, faute de médecins.

"Le Smur est une équipe médicalisée qui part avec un ambulancier, un médecin et une infirmière à son bord. Ils se rendent, la plupart du temps, sur des interventions gravissimes comme des arrêts cardiaques, des infarctus, des polytraumatisés sur des accidents de la route...", énumère Véronique avant de poursuivre : "Comme il y a moins de médecins actuellement, les médecins qui nous restent ne sont plus assez nombreux pour gérer l'accueil des urgences à l'hôpital de Vienne et les interventions en Smur. Il a été nécessaire de trouver une solution pour faire en sorte qu'une équipe puisse arriver sur le terrain en cas d'accident gravissime."

Une "formation de 28 heures"

Des renforts ponctuels en provenance du Rhône et de la Loire comblent ces absences. Mais une autre solution a été également soumise : "Cette solution, c'est de partir sans médecin. Ça divise un peu le personnel. On nous a demandé, à la hâte, de suivre une formation de 28 heures pour pouvoir partir en 'équipe paramédicalisée', c'est-à-dire sans médecin, avec seulement un ambulancier et une infirmière", indique Véronique.

Je suis à deux ans de la retraite et je n'ai pas envie de mettre ma carrière en vrac pour une potentielle erreur médicale. Je ne suis pas médecin, je le revendique.

Véronique, infirmière au centre hospitalier de Vienne.

Inquiète de cette mesure, qui se fait sur la base du volontariat de la part des infirmiers, Véronique a débrayé ce vendredi 26 avril : "C'est aberrant. On a un Bac+3, on n'a pas un Bac+10 comme les médecins. On n'a pas les mêmes compétences. Certes, des protocoles seront bien définis, mais j'estime que l'on n'est pas aptes à partir sur ce genre d'interventions. Il nous faut des médecins, c'est impératif. Pour ma part, j'estime que c'est trop dangereux. Je suis à deux ans de la retraite et je n'ai pas envie de mettre ma carrière en vrac pour une potentielle erreur médicale. Je ne suis pas médecin, je le revendique, je suis infirmière."

"On n'a pas d'autre solution"

Mégane, elle, s'est portée volontaire pour ce dispositif, qui pourrait être lancé avant l'été : "En tant qu'infirmière, je pense que l'on a quand même des compétences intéressantes à exploiter. De toute façon, pour le moment, on n'a pas d'autre solution que de faire venir une infirmière sur le terrain. Sinon, il n'y a plus personne", raconte la jeune femme.

Mais, elle confie se dévouer pour le bien de la population : "On fait ce qu'on peut. L'objectif c'est d'aider les patients au maximum avec nos compétences. Ça fait 12 ans que je suis infirmière, je vois les dégradations au niveau médical, au niveau de nos prises en charge."

En fin d'année dernière, nous avions 18 médecins qui assuraient les urgences et le Smur. Aujourd'hui, il reste cinq médecins.

Samy Gacem, secrétaire général de la CGT

Cette situation est la conséquence d'une pénurie de médecins sur le territoire : "En fin d'année dernière, nous avions 18 médecins qui assuraient les urgences et le Smur. Aujourd'hui, il reste cinq médecins", témoigne Samy Gacem, secrétaire général de la CGT au centre hospitalier de Vienne.

Et ce nouveau dispositif est loin de satisfaire le syndicaliste : "On veut mettre un pansement sur une jambe de bois. On est en train de faire culpabiliser les collègues infirmiers en leur disant que s'ils ne partent pas en équipe paramédicalisée, ils mettent en danger la santé de la population. Ce n'est pas de la faute des infirmiers, c'est de la faute des médecins. À un moment donné, il va falloir réguler l'offre privée, ce que gagnent les médecins dans les services privés. Si on parvient à réguler les salaires dans le privé, les médecins seront peut-être un peu moins gourmands et s'intéresseront à soigner leur population."

Un "abandon de l'État"

Député de la 7e circonscription de l'Isère, le député et docteur Yannick Neuder (LR) a "déploré le résultat d'un abandon de l'État face à la désertification médicale". Il demande par ailleurs à ce que sa proposition de loi déverrouillant le numerus apertus par la territorialisation et la formation sans plafond des médecins soit urgemment mise à l’ordre du jour du Sénat après son adoption en première lecture à l’Assemblée nationale.

"Assez d'atermoiements et de mesurettes. Chaque jour à repousser le problème le fera grandir. La fermeture du Smur de Vienne, c’est un abandon de l’Etat ! Le gouvernement a trop longtemps laissé pourrir une situation de crise de l’attractivité des métiers du soin en rendant les études médicales et paramédicales inaccessibles", a-t-il indiqué par voie de communiqué.

Contactée, la direction intérimaire du centre hospitalier de Vienne n'a pas souhaité s'exprimer.

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