Les médecins de montagne d’Auvergne-Rhône-Alpes, victimes collatérales de l’arrêt des remontées mécaniques

Des médecins libéraux d’Auvergne-Rhône-Alpes tirent la sonnette d’alarme : avec l’arrêt des remontées mécaniques, les cabinets de montagne sont en péril, avec d'importantes pertes de chiffre d’affaires. Ils demandent des mesures « urgentes » pour éviter les fermetures.

Avec l'arrêt des remontées mécaniques, les médecins de montagne d'Auvergne-Rhône-Alpes n'ont plus leur patientèle hivernale et sont en difficulté.
Avec l'arrêt des remontées mécaniques, les médecins de montagne d'Auvergne-Rhône-Alpes n'ont plus leur patientèle hivernale et sont en difficulté. © Alexis Sciard/MAXPPP

Des médecins d’Auvergne-Rhône-Alpes alertent sur la situation des cabinets de montagne, avec l’arrêt des remontées mécaniques. En effet, ils accueillent la majorité de leurs patients en période hivernale et, sans cette source de revenus, ils pourraient devoir fermer leurs portes. « Ces cabinets médicaux des médecins de montagne sont vitaux pour la survie des stations. L’activité hivernale permet le maintien des structures médicales à l’année sur ces territoires ruraux isolés. Sans mesures urgentes, de nombreux cabinets médicaux vont devoir fermer, ne pouvant plus assumer le fonctionnement de leur entreprise, faute d’activité », déplorent les médecins dans un communiqué. Ils demandent la mise en place de mesures « urgentes et conséquentes ».

58% de perte de chiffre d'affaires

On compte 300 médecins sur toute la France qui travaillent en montagne. « C’est très variable selon la typologie des stations,  puisque l’on a une variété dans les stations de sports d’hiver très importante, entre les stations-villages et les stations plus 3ème génération comme Courchevel ou Méribel. On est tous impactés depuis mi-mars dernier, avec l’arrêt brutal des remontées mécaniques », constate Suzanne Mirtain, médecin généraliste à Val-Cenis, en Savoie, et présidente de l’association des médecins de montagne. En décembre dernier, le pourcentage de perte de chiffre d’affaires au niveau national était de 58%, mais, pour une station sur 3, ce chiffre s’élevait à plus de 70%.

"Les pertes hivernales vont être énormes"

« Sur janvier, des collègues nous alertent sur une baisse de 95 voire 100% et il y en a qui sont prêts ou qui ont déjà fermé leur cabinet pour aller travailler ailleurs », dénonce Suzanne Mirtain. « Le gros souci, c’est la pérennité de nos structures, à terme, parce que les charges continuent. » Des charges fixes qui pèsent lourd sur les petits cabinets : à Super-Besse (Puy-de-Dôme), Xavier Piquel gère depuis 2 ans un cabinet médical ouvert 6 mois dans l’année, qui a perdu 75% de ses clients depuis le début de la crise sanitaire : « En janvier, on a été obligés de fermer complétement pendant 2 semaines. On va essayer de rester ouvert tout le temps jusqu’à fin février, s’il n’y a pas de confinement, mais on ne peut pas rester ouvert pour 2 patients par jour. Les pertes hivernales vont être énormes. »

Des aides demandées

Tous les médecins, infirmiers ou kinésithérapeutes de montagne ne souhaitent pas pour autant la reprise du fonctionnement normal des stations, mais désirent être considérés et aidés au même titre que les autres professionnels de la montagne : « On voudrait bénéficier des mêmes aides sur les charges, que les moniteurs de ski, que les restaurateurs des stations et être inclus dans les listes du gouvernement. Cela nous permettrait d’avoir une bouffée d’oxygène et de passer le cap de cette année difficile, mais aussi, pour ceux qui le font, de pouvoir continuer notre activité de médecins généralistes de village et d’assurer une permanence de soins qui n’est possible que si on a notre surplus d’activité hivernal », précise Suzanne Mirtain. Sont évoqués, par exemple, une exonération du CFE (Cotisation Foncière des Entreprises) et une aide pour les charges fixes.

Les charges fixes difficiles à assumer

Pour Xavier Piquel, dont le cabinet prend en charge des patients atteints de traumatismes liés à des chutes, ces charges comprennent du matériel spécialisé et sont donc plus élevées que celles d'un cabinet de ville : « On a du matériel et notamment la radio, qui demande un peu d’investissement tous les ans, qu’on n’a pas sur un cabinet médical classique. Surtout, on a du personnel qu’on emploie sur les périodes de forte affluence, des infirmiers, des médecins qui ont bloqué du temps de travail pour venir travailler avec nous et à qui on est obligés de dire que, finalement, on n’aura pas besoin d’eux. Nous, à Super-Besse, on fait le dos rond et on espère que ça va passer. » Heureusement, le reste de l’année, Xavier Piquel travaille dans un service d’urgence, ce qui lui permet d’avoir des revenus en hors-saison.  

Assurer la permanence des soins

La fermeture de ces cabinets serait préjudiciable non-seulement aux skieurs mais aussi aux résidents à l’année « Une station de ski ne s’arrête pas de vivre quand les remontées sont fermées, mi-avril. Des gens y vivent à l’année et ont besoin de soins. La période hivernale permet de continuer notre mission de service public et d’assurer les urgences, le suivi des gens qui y vivent à l’année et de faire vivre nos territoires », alerte Suzanne Mirtain. Le constat est similaire pour Xavier Piquel qui, avec les médecins des communes voisines de Besse, Murol et Saint-Nectaire, assure la permanence des soins dans son secteur et prend en charge la traumatologie, ce qui permet de décharger les autres médecins et les services hospitaliers.

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