C'est au Chambon-Feugerolles, dans la Loire, que les lames des champions d'escrime sont façonnées à la main, en vue des JO. La forge Blaise Frères possède un savoir-faire ancestral, les champions, toutes nationalités confondues leur font confiance.

C'est dans la zone industrielle du Chambon-Feugerolles dans la Loire que se trouve une entreprise à la pointe qui tourne à plein le régime. Blaise Frères est la forge qui façonne les lames des escrimeurs du monde entier, notamment pour les Jeux olympiques.

Savoir-faire ancestral

Chez Blaise Frères, on forge et on "redresse" à la main les lames d'escrime destinées aux champions du monde entier. La tâche s'amplifie et gagne en "effervescence" à l'approche du rendez-vous des Jeux olympiques de Paris. "C'est beaucoup de ressentis dans la fabrication de la lame d'escrime", explique à l'AFP le forgeron Benjamin Bourgeon en surveillant attentivement le martelage d'une tige incandescente dans l'atelier de cette entreprise familiale fondée en 1885.

À l’origine spécialisée dans les outils agricoles, la forge s'est reconvertie dans les années 60 dans les sabres, les épées et les fleurets de compétition. Un marché de niche dont elle est devenue numéro 1 mondial. Aujourd'hui, les 26 salariés fabriquent chaque année 120.000 lames estampillées par la Fédération Internationale d'Escrime (FIE), selon son patron, Daniel Cheynet.

Avant de les expédier aux quatre coins de la planète, il faut superviser pas moins d’une cinquantaine d’étapes, dont "les plus nobles restent manuelles", souligne ce dernier en citant "le creusage par forgeage à chaud ou le dressage de ces pièces en "maraging", un alliage conçu pour l'aéronautique".

Tout commence par un simple bout d'acier qui est étiré, chauffé à 1 100°. La lame passe ensuite dans une machine qui va la marteler alors qu’elle est encore rougie par les flammes, mais c’est surtout le dressage qui rend unique chaque lame.

Une lame "nerveuse"

David Leblanc est "dresseur de lames", il est l'un des experts du processus. Marteau à la main, il s'emploie à redresser une tige "brute de forge" pour corriger les déformations entraînées par le traitement thermique.

Sur son enclume, il redonne à la lame sa rectitude à petits coups de marteau minutieux. "Il faut y aller très en douceur" et vérifier chaque frappe à l'œil nu. Avant le polissage et le lustrage, la lame est mise au contact d'une meule en résine, tandis qu'un flexomètre contrôle sa courbure.

C’est ici que les champions français font le déplacement pour venir choisir, eux-mêmes, leurs lames olympiques. Début avril, le champion olympique Romain Cannone et Alexandre Bardenet, un des meilleures épéistes français, sont venus choisir sur place les lames qu'ils utiliseront aux JO 2024. Ils recherchent une lame nerveuse, celle qui plie et retrouve sa forme en un clin d'œil.

"Outre leur résistance, les lames "BF" se caractérisent par leur nervosité, c'est-à-dire la capacité à revenir rapidement dans l'axe après une flexion", confirme Gilles Martinage, qui sera l'armurier de l'Équipe de France, pour expliquer leur succès.

Plus de 90 % du marché mondial

Cette entreprise fournit 90 % des lames utilisées pendant les JO.

Entre le 27 juillet et le 4 août, nos champions tricolores croiseront le fer dans le cadre somptueux du Grand Palais avec des adversaires qui, eux aussi, auront sans doute des armes fabriquées dans la Loire.

Année olympique ou pas, le carnet de commandes de la forge classée "Entreprise du patrimoine vivant" est plein, avec, actuellement, "des délais de livraison pour fin 2025".

Le chiffre d'affaires est passé de 1,6 à 7 millions d'euros depuis 2006, et sa part de marché "dépasse 90 %" au niveau mondial, énumère Daniel Cheynet.
Une dynamique en partie liée à la situation en Ukraine : son principal concurrent, la société StM, de Kharkiv, a été frappé par les sanctions économiques de Moscou puis par des bombardements de l'armée russe.

Selon Daniel Cheynet, la pratique de l'escrime progresse dans le reste du monde, notamment en Asie "où les parents de jeunes escrimeurs recherchent les meilleurs produits pour leurs enfants".

Le chef d'entreprise a racheté en 2008 la forge aux descendants de la famille Blaise, avant de l'installer dans des locaux modernes, près de l'atelier d'origine. Pour trouver des employés "dotés d'une bonne dextérité manuelle et d'une bonne vue et d'un goût pour le travail en atelier", la direction mise sur la reconversion : ses effectifs comptent d'anciens bouchers, comptables, palefreniers ou policier.

L'entreprise a conçu ses propres machines pour "réduire la pénibilité" et le personnel change de poste pour "éviter la lassitude", explique son patron.

Mais les visiteurs resteront à l'écart de l'espace robotisé "pour des raisons de confidentialité", secret de fabrication oblige.