Le patron d'une entreprise de la Loire en garde à vue pour avoir acheté de la chloroquine pour ses salariés

SNF emploie 1350 personnes sur ce site classé Seveso dans la Loire / © Googlestreetview
SNF emploie 1350 personnes sur ce site classé Seveso dans la Loire / © Googlestreetview

René Pich, patron de l'entreprise SNF basée à Andrezieux-Boutheon (Loire) et spécialisée dans le traitement des eaux, a été placé en garde à vue lundi 6 avril pour avoir acheté à l'étranger et proposé à ses employés de la chloroquine.

 

Par Sophie Valsecchi, AFP, Christian Conxicoeur

René Pich, directeur général délégué de l'entreprise SNF, dont le siège est basé à Andrezieux-Boutheon (Loire) a été placé en garde à vue puis relâché lundi, dans le cadre d'une enquête ouverte par le parquet de Saint-Etienne. 

L'homme, âgé de 79 ans, a été entendu par les gendarmes dans le cadre d'une enquête pour "exercice illégal de la pharmacie et de la médecine". Le fondateur de ce leader mondial de la chimie pour le traitement des eaux est soupçonné d'avoir acheté, puis proposé à ses salariés de la chloroquine en cas de contamination au Covid 19.

900 comprimés importés

Selon le Procureur de la République de Saint-Etienne, David Charmatz, il aurait importé 900 cachets venant d'un fabriquant "sans autorisation de commercialisation en France". Pour l'instant, 350 comprimés ont été retrouvé dans l'entreprise lors d'une perquisition. 
 

Plainte d'un syndicat et signalement de l'inspection du travail 

Le procureur de la République a précisé que "l'enquête a été ouverte à la suite d'un signalement effectué le 31 mars par l'inspection du travail de la Loire". Vendredi 3 avril, le syndicat de la chimie SCERAO CFDT avait déposé une plainte pour mise en danger de la vie d’autrui et  pour exercice illégale de la pharmacie.
 

Le dirigeant qui fustigeait les "rats qui paniquent"

Dans plusieurs notes internes, le dirigeant s'était illustré par son mépris du danger et de ceux qui s'en plaignaient, n'hésitant pas à qualifier les salariés qui paniquaient de "rats".

Selon le même canal, il avait ensuite publié une note à destination de ses cadres et commerciaux leur expliquant que la chloriquine était "la solution".

Aujourd'hui, Trump aux USA, en passant au-dessus de toutes les procédures médicales, a préconisé ce produit pour tous les cas graves." (...) c'est pour cela que nous avons acheté une certaine quantité de ce médicament.


... Et le DG de préciser, dans la même note, la posologie prétendument recommandée. 
 

Des boîtes directement remises aux enquêteurs

Des perquisitions ont été réalisées lundi au domicile de M. Pich et à SNF, visant à retrouver tous ces lots de phosphate de chloroquine, importées d'Inde. 

Lors d'une audition libre vendredi, le dirigeant avait remis volontairement aux gendarmes cinq boîtes de produits soit quelques centaines de comprimés. "Des produits non-validés par les autorités de santé et dont l'importation est interdite", a souligné le procureur Charmatz. Des produits qui auraient été, de surcroît, achetés en Inde, par internet.
    

L'enquête se poursuit

D'autres cadres dirigeants du groupe ont été auditionnés par les enquêteurs, dont la tâche est d'identifier tous les participants de cette opération et de savoir si des salariés de SNF en auraient consommé pour se soigner. 

SNF est leader mondial de floculants pour station d'épuration. 1350 personnes travaillent sur le site d'Andrézieux-Bouthéon, classé Seveso. 


Quelle peine encourt-il ? 

Selon le procureur de la République, il risque 2 ans de prison pour "exercice illégal de médecine". Mais, il affirme que seront pris en compte les circonstances d'un tel geste. L'homme n'aurait pas agit par appât du gain mais par "altruisme", précise le parquet.

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