"Il ne faut pas faire semblant de découvrir que Zemmour est Pétainiste", Luc Chatel, journaliste et essayiste

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Écrit par Dolores Mazzola (propos recueillis par A.Laurent)

L'essayiste et journaliste Luc Chatel est l'auteur d'un livre sur Eric Zemmour, chroniqueur star devenu candidat d'extrême-droite à l'élection présidentielle de 2022. Trois questions à Luc Chatel sur le phénomène Zemmour.

Luc Chatel, journaliste à Saint-Etienne, écrit pour le quotidien Le Monde, donne des cours à l'Institut d'Etudes Politiques. Il vient de publier un livre consacré à Eric Zemmour.  Dans "La Face cachée d'Eric Zemmour", le journaliste stéphanois analyse notamment les ressorts de l'ascension médiatique et politique du polémiste et chroniqueur désormais candidat à l'élection présidentielle de 2022. 

Eric Zemmour, une créature médiatique?

"La télé a en grande partie crée Zemmour," affirme Luc Chatel. "C'est la première fois qu'une personnalité se présente à l'élection présidentielle sans avoir derrière de parti, sans avoir eu aucun mandat. Même Emmanuel Macron, qui était un peu nouveau, avait quand même été ministre auparavant." 

Comment expliquer son ascension? Luc Chatel pointe notamment du doigt le rôle des médias de masse et d'un concept tout droit importé d'Outre Atlantique : l'info-divertissement (ou "infotainement"). Un mélange des genres entre information et divertissement, "qui dénature l'information". "On a créé ce genre de statut de polémiste-chroniqueur qui à partir d'événements d'actualité en fait des commentaires simplistes ou spectaculaires," souligne Luc Chatel, évoquant un Zemmour qui a le sens du "clash", dont l'infodivertissement est friande.

Luc Chatel constate : "Zemmour a été créé à partir de sondages qui ont commencé à évoquer l'hypothèse de sa présence à la présidentielle. Ces sondages sont arrivés à un moment où il était très porté par les médias. A partir du moment où il a été porté par CNews, sa cote de popularité s'est envolée". 

Zemmour doit cette notoriété aux médias et à la stratégie claire de Bolloré qui le soutient politiquement sur sa ligne nationaliste.

Luc Chatel

Avant d'être "porté par CNews", Luc Chatel rappelle également que c'est le service public et l'émission de France 2 de Ruquier, "On n'est pas couché", qui a donné durant six saisons, au polémiste, "une notoriété et une aura qu'il n'avait pas avant !". 

Luc Chatel évoque aussi le cynisme du candidat à la présidentielle à travers une contradiction. "Il a été éditorialiste sur RTL quand c'était la première radio de France, il a été journaliste-éditorialiste au Figaro quand c'était le quotidien le plus lu de France. Lui qui dit qu'il est censuré par les médias, qu'on ne veut pas le laisser parler. Il a été dans les médias les plus lus, les plus vus et les plus écoutés de France ! Sa notoriété, il la doit en grande partie aux médias !"

Le discours d'Eric Zemmour est-il condamnable?

Le côté visible du personnage Zemmour, ce sont ses propos sur le rejet des migrants, de l'islam et des féministes, ou sur le Maréchal Pétain. "Ce genre de discours sur les races, sur les immigrés, sur Pétain, ça fait de nombreuses années qu'il les tient," explique le journaliste. Des idées exposées notamment depuis 2014, depuis son livre "Le suicide français". "Il ne faut pas faire semblant de découvrir que Zemmour est Pétainiste. Depuis 2014, on donne la parole à quelqu'un dont on sait qu'il est Pétainiste, qu'il veut réhabiliter Pétain (...). Luc Chatel s'élève contre "une forme d'acceptation qui me semble absolument intolérable et qui pose vraiment problème." 

L'un des principaux mensonges de Zemmour par rapport à Pétain, c'est de dire que Pétain a sauvé des Juifs, qu'il s'est opposé à la politique d'extermination menée par les Nazis.

Luc Chatel

Une voie dangereuse?

Sa face cachée, c'est aussi un pays, la France, qui laisse des discours comme le sien se propager, notamment sur les grands médias, selon l'essayiste. "On voit bien qu'aujourd'hui, chez nous, une parole s'est libérée. A partir du moment où on libère la parole, les actes ne sont pas très loin derrière. Cette violence raciste, anti musulmans, anti étrangers, elle est déjà présente parce qu'on l'a légitimée dans des discours. Il y a une victoire qui est là, une victoire sociale, culturelle et qui en soit est déjà inacceptable. Quand il y a une victoire sociale, culturelle, à priori, la logique voudrait que la victoire politique suive".