"J’étais fou de rage" : à Roanne, le père qui a vengé sa fille s’explique devant la justice

Publié le Mis à jour le
Écrit par Mathieu Boudet .

Le tribunal de Roanne rendra sa décision le 7 mars prochain, sur le sort du père de famille accusé d'avoir frappé un adolescent suspecté d'agression sexuelle envers sa fille de six ans.

Dans une salle d'audience pleine à craquer, le tribunal correctionnel a entendu, entre autre, le père de famille poursuivi pour avoir frappé un adolescent suspecté d'avoir agressé sa fille.  A l'issue de l'audience, en fin d'après-midi ce mardi 24 janvier, la décision a été mise en délibéré et les condamnations éventuelles seront prononcées le 7 mars prochain à 13h.

"Fou de rage"

Après avoir procédé à un rappel des faits, le tribunal correctionnel de Roanne interroge le père de la fillette agressée. Celui-ci endosse "toute la responsabilité" des violences commises à l'encontre de l'agresseur présumé de sa fille. «Mon ami a voulu me retenir mais j’étais fou de rage. Dans un état second. Incontrôlable. Je ne me suis pas posé de questions. J’ai appelé la police, mais j’ai trouvé le temps long avant qu’ils n’arrivent. J’étais tellement fou de rage, je ne voyais plus rien. Je l’ai frappé. Avec un câble et un balai trouvé à proximité».

L'accusé affirme avoir agi "sous le coup de l'émotion", après avoir vu sa famille "en pleine détresse."  Il est néanmoins lui-même déjà connu de la justice, pour des précédents judicaires, notamment de vols avec violence. 

Après le père de la fillette, ses trois amis, qui ont maîtrisé l'adolescent et participé à l'agression, défilent à la barre : "il était dans un état second et tout le monde peut le comprendre, quand on sait ce que sa fille a subi. Si on n’avait pas été là, ça aurait été pire. Je ne dis pas que c’est acceptable, je dis que c’est compréhensible" se défend l'un d'eux.  

Agression sexuelle présumée

Les faits remontent au 22 octobre dernier. Accompagné de trois amis, le père de famille, armé d'un manche à balais et d'un fil électrique, frappe violemment un adolescent de 16 ans lui occasionnant d'importantes blessures et 10 jours d'Interruption Totale de Travail (ITT). Il veut venger sa fille de six ans, que le jeune homme est suspecté d'avoir agressé sexuellement.



L'individu, un mineur isolé d'origine guinéenne, est accusé d'être entré
par effraction dans leur maison la nuit précédente, pour approcher la petite fille. Il aurait mis sa main dans sa culotte. La mère de famille surprend l'individu dans la maison, avant qu'il ne prenne la fuite. Une plainte est alors directement déposée au commissariat. Mais dans la nuit du lendemain, autour de 3 heure du matin, le suspect est repéré par un proche de la famille, à proximité de la maison dans laquelle il avait pénétré la veille. Le voisin immobilise l'adolescent, et contacte la famille de la fillette. La police est appelée, mais entre-temps, l'agresseur présumé est roué de coups par le père de la jeune fille et trois de ses proches.    

"Un lynchage"

L’adolescent n'est pas présent à l'audience. Son avocate, Camille Thinon, parle pour lui. Elle évoque un "lynchage".  Au moment des faits, décrit-elle, "il marche la nuit dans le quartier car il y réside", lorsqu'il est immobilisé et frappé par les quatre hommes. Le procureur de la République, Abdelkrim Grini, dénonce lui aussi le comportement "d'hommes qui se sont arrogés le droit de faire leur propre enquête", et évoque l’organisation, par le voisinage de la famille, "d’une véritable chasse à l'homme" après l'agression présumée de la petite fille. "Quels que soient les faits reprochés à la victime aujourd’hui, vous n’aviez pas le droit de commettre sur elle des faits de violence", conclut-il.

Les accusés sont tous connus des services de police et de justice pour des faits notamment de violence. Le père de la fillette a été condamné en 2014 à 4 ans de prison, dont un avec sursis, pour vol avec violence. Au vu de ces précédents, entre autre, le procureur a réclamé 18 mois d'emprisonnement, dont au moins 6 mois avec sursis à son encontre.

Le procureur demande également 2 ans d'emprisonnement ferme et 1 an avec sursis pour l'un des proches du père, ainsi qu'1 an de prison dont 6 mois avec sursis pour l'autre ami, qui a notamment interpellé l'adolescent. Il demande la relaxe pour le quatrième homme, qui se tenait en retrait lors de l'agression.

La défense s'enflamme

En fin de séance, les avocats de la défense prennent la parole. Avant l'audience, Maître David Metaxas, qui défend l'un des proches du père, a répondu à nos questions, expliquant, comme dans sa plaidoierie, que ces hommes cherchaient à "prévenir une agression. L'agresseur se débat, et là il y a des violences", explique-t-il. Il évoque une forme de légitime défense après l'agression de la petite fille. "Ils n'ont pas leur place devant ce tribunal", selon lui. 

durée de la vidéo : 28sec
Interview David Metaxas ©FTV

En plaidoirie, David Metaxas ajoute : "il fallait attendre quoi ? Qu'il recommence ? Une deuxième agression ? Une deuxième victime ? Vous ne pouvez pas demander cela aux prévenus. On fait du droit, mais on fait aussi de l'humain."

La séance se termine par la plaidoirie de Maître Lebert, qui défend le père de famille. Elle tonne : "s'ils avaient voulu faire justice eux-mêmes, ils n'auraient pas appelé la police ! Il n'y aurai pas eu cette phrase du père de famille : il est revenu, je viens de l'attraper ! " Elle défend une "intervention, une appréhension, une neutralisation légitime et salutaire". Avant de demander "de la place pour une justice humaine en France."

En parallèle de l'audience du père de famille et de ses proches, l'enquête pour agression sexuelle sur mineure est toujours en cours. Elle est confiée à un juge d'instruction, alors que le suspect nie les faits. Il s'agit d'un mineur isolé de 16 ans, présent en France depuis un an et demi. Il est placé par l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE) et actuellement détenu provisoirement dans un établissement spécifique.

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