Meurtre de Luc Meunier: l'hôpital psychiatrique et un médecin au tribunal correctionnel de Grenoble

© Jean-Christophe Pain
© Jean-Christophe Pain

Ce mardi 8 novembre, l'hôpital psychiatrique isérois de Saint-Egrève et un ancien psychiatre de l'établissement vont être jugés par le tribunal correctionnel de Grenoble pour homicide involontaire, après le meurtre en 2008 de Luc Meunier par un patient schizophrène. Une procédure inédite en France.

Par France 3 Alpes avec AFP

Après huit ans de rebondissements juridiques, 3 non-lieu, 3 appels, le Centre Hospitalier de Saint-Egrève et le Dr Lekhraj Gujadhur devront expliquer au Tribunal correctionnel de Grenoble comment en 2008 leur patient Jean-Pierre Guillaud, déjà auteur de plusieurs agressions à l'arme blanche, avait été autorisé à sortir, sans surveillance, dans le parc de l'établissement. Et comment il avait pu quitter l'hôpital pour se rendre en ville librement.

En effet, ce 12 novembre 2008, au coeur de Grenoble, sur le cours Berriat, situé à une dizaine de kilomètres de l'hôpital, Jean-Pierre Guillaud, malade schizophrène, poignardait Luc Meunier, étudiant âgé de 26 ans. Hospitalisé depuis la fin des années 1970, sujet à des hallucinations et des pulsions morbides, cet homme de 56 ans lors des faits a été déclaré pénalement irresponsable en 2011, et placé en Unité pour Malades Difficiles.

"Ce procès est l'aboutissement d'un combat long de 8 ans mené par la famille Meunier seule contre tous", a déclaré lundi à la presse Me Hervé Gerbi, l'avocat de la famille. Il a rappelé que le dossier avait "pâti d'une récupération politique et de la bronca des psychiatres", contre le projet de réforme de la psychiatrie décrétée par Nicolas Sarkozy, alors Président de la République, en réaction à ce drame.

L'avocat rappelle : dès 2009, un an seulement après les faits, l'Inspection Générale des Affaires Sociales affirmait déjà : "l'état psychique de Jean-Pierre Guillaud aurait du inciter à une plus grande prudence... il aurait du faire l'objet d'une surveillance plus vigilante".

"Ce ne sera pas seulement une audience de vérité mais il faudra que ce soit aussi une audience de courage de la part des juges", a ajouté l'avocat. "C'est la première fois en France qu'un psychiatre hospitalier pourrait être condamné pénalement", a souligné Me Gerbi. 

Reportage Jean-Christophe Pain, Jean-Christophe Solari, Gilles Neyret et Stéphanie Liégard
Conférence de presse de la famille de Luc Meunier
Intervenants: Maria Claros, ex-compagne de Luc Meunier ; Hervé Gerbi, avocat de la famille Meunier ; Sylvaine Meunier, soeur de Luc Meunier ; Lionel Meunier, frère de luc Meunier

Dans une affaire similaire, une psychiatre marseillaise libérale avait été condamnée en 2012 à de la prison avec sursis. Mais la cour d'appel d'Aix-en-Provence éteignait les poursuites en 2014 pour prescription des faits.

"On n'a pas de haine, on ne souhaite de la prison à personne, mais on se bat pour que ça ne recommence plus", a déclaré Sylvaine, soeur de la victime, très émue par l'absence du père, décédé il y a presque un an. Il ne connaitra jamais l'issue de son combat long de 8 ans. 

"Je n'ai pas de vengeance, Luc ne reviendra plus", a lâché dans un sanglot Marie-Odile, la mère de Luc. "Ce n'est pas un métier facile, psychiatre, mais leur travail est de s'occuper de gens dangereux et de le faire bien", a ajouté son fils Lionel. 

Peu de temps après les faits, le directeur de l'hôpital était remplacé. Le psychiatre, le Dr Gujadhur, mis à la retraite. Ce dernier risque 2 ans de prison et 45 000 euros d'amende.

Ecoutez sa première réaction, et le commentaire de l'avocat de la famille, recueillis par JC Solari et Vincent Habran
L'affaire Meunier
Intervenants : Docteur Gujadhur, psychiatre hospitalier retraité, Me Hervé Gerbi, avocat de la famille Meunier.

Le Dr Gujadhur, responsable en 2008 du pavillon où séjournait Jean-Pierre Guillaud, se considère comme responsable mais pas coupable. Il ne connaissait pas la dangerosité de ce patient. Il admet avoir signé ses autorisations de sortie, mais uniquement parce qu'il faisait confiance au médecin stagiaire qui le suivait. L'avocat de la famille ne partage évidemment pas ce point de vue.

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