Mort du résistant isérois Raymond Savoyat, il avait participé à la libération du camp de Buchenwald

Résistant isérois, Raymond Savoyat est décédé ce samedi 26 décembre. Engagé dès 16 ans dans l'Armée Secrète, il a combattu pour la Libération de Lyon, de Bourgoin et de La Tour-du-Pin, en Isère. Engagé jusqu'en Allemagne, il a participé à l'évacuation du camp de concentration de Buchenwald.

 

Raymond Savoyat, ancien résistant de la seconde guerre mondiale, photographié chez lui, le 24 mai 2019. Sylvain Frappat
Raymond Savoyat, ancien résistant de la seconde guerre mondiale, photographié chez lui, le 24 mai 2019. Sylvain Frappat © Sylvain Frappat

 

C'est le journal Le Monde qui a anoncé le décès de l'ancien soldat et résistant isérois Raymond Savoyat, ce samedi 26 décembre, à l'âge de 96 ans. Né en 1924 à Montagnieu, un petit village isérois au sud de Bourgoin, il n'avait que 16 ans quand les Allemands entrent dans la Tour-du-Pin, où il habite alors, c'était en 1940.

C'est avec son frère qu'il rejoint, à l'âge de 18 ans, l'Armée Secrète. Il devient chef de groupe du 4e bataillon des francs-tireurs et partisans en 1943, et participe, à plusieurs opérations de liaisons, sabotages, récupérations ou d'arrestation de miliciens.

Il se bat pour la libération de La Tour-du-Pin, de Bourgoin et de Lyon. Et le Musée de la Résistance et de la Déportation de l'Isère rend hommage aujourd'hui "à son engagement total et remarquable"

 

[Disparition] Raymond Savoyat, entré en Résistance dès l’âge de 18 ans et membre actif du 4ème bataillon des...

Publiée par Musée de la Résistance et de la Déportation de l'Isère sur Lundi 28 décembre 2020

 

"C'étaient des loques"

 

Soldat, il rejoint les troupes qui se battent en Allemagne. Il a toujours espéré retrouver la trace de son père, pris dans une rafle et déporté en mai 1940. Il ne retrouvera jamais... celui-ci est décédé un mois à peine avant la capitulation allemande, mi-avril 1945, au camp de Mauthausen, en Autriche.

Engagé dans l’armée américaine au sein de la IIIe armée du général Patton, le jeune chef de peloton avait reçu l’ordre de dérouter vingt-cinq camions militaires vers un lieu dont le nom ne figurait sur aucune carte. Un lieu situé près de la ville de Weimar. Il découvre alors l'horreur insoutenable du camp de Buchenwald.

Ces souvenirs, il les gardait enfouis dans sa mémoire, "dans un silence de désespoir, d’incompréhension" raconte Le Monde, auquel il accepté de se confier, en 2019, à l'aune de son départ, et sur l'insistance de ses petits-enfants.

Quand Raymond Savoyat trouve enfin ce camp "mystérieux" où il était censé "prendre en charge des prisonniers", quand il franchit le portail et gare ses Ford sur la grande place d’appel : "J'ai alors vu venir vers nous les déportés. C'était des loques qui se traînaient, une horde de cadavres ambulants".

 

"Je n'ai jamais oublié cette odeur indéfinissable et intenable"

 

"Dans son uniforme américain, floqué d’un écusson français, le chef de peloton pénètre à pied dans l’enclos silencieux. Il est d’abord saisi par l’odeur, à la fois indéfinissable et insupportable. "Elle me restera toujours dans le nez."

Raymond Savoyat quitte l'armée en 1947. Il retournera dans sa terre natale, où il intègrera l'entreprise de transports familiale, jusqu'à sa retraite. Il était également passionné de rugby.

Fait chevalier de la Légion d'honneur en 2012, il vivait depuis plusieurs années à Saint-Martin-le-Vinoux, dans l'agglomération grenobloise.

"Il n’aimait pas savoir qu’il était l’un des derniers, si ce n’est le dernier résistant turripinois encore en vie. Il n’aimait pas non plus évoquer cette période qui remuait beaucoup de choses en lui et blanchissait encore parfois ses nuits". Avait-il- confié en 2013 au Dauphiné libéré.

 

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