“Nous n'avions aucune chance d'aider Tomek Mackiewicz”, selon l'un des sauveteurs d'Elisabeth Revol

Denis Urubko, lors de l'ascension du K2 / © AFP PHOTO/ ALPINE CLUB OF PAKISTAN
Denis Urubko, lors de l'ascension du K2 / © AFP PHOTO/ ALPINE CLUB OF PAKISTAN

L’alpiniste russo-polonais Denis Urubko qui a arraché Elisabeth Revol du Nanga Parbat, la montagne tueuse, raconte ce sauvetage hors-norme et notamment le choix de sauver la Française plutôt que de tenter d'atteindre son compagnon de cordée Tomasz Mackiewicz.

Par France 3 Alpes avec AFP

C’est à 6000 mètres d’altitude, en pleine nuit sur l’une des montagnes les plus dangereuses au monde que la rencontre entre Elisabeth Revol et ses sauveteurs s’est déroulée.

"J'ai vu cette femme dans la faible lumière de ma lampe frontale", explique Denis Urubko, l’un des deux anges gardiens.

Le Russo-polonais, accompagné de son compagnon de cordée polonaise Adam Bielecki raconte avoir crié dans le noir pour essayer d’atteindre les deux alpinistes en difficulté. C’est alors qu’il entend en retour une "très faible voix de femme".

Urubko et Bielecki tentaient une ascension hivernale inédite du K2, le deuxième plus haut sommet au monde, lorsqu’ils ont stoppé leur périple pour une mission de sauvetage désespéré. Ils ont été héliportés l'après-midi même par l'armée pakistanaise sur le Nanga Parbat (8 126 m), surnommée "la montagne tueuse", à la recherche de la cordée franco-polonaise.

A peine posés sur la terre ferme, ils ont gravi 1 000 mètres de dénivelé, en pleine nuit, en huit heures à peine, à l’aide de leurs piolets et de cordes laissées par de précédentes expéditions.

"C'était un incroyable miracle. On ne voyait rien. Il y avait une tempête de neige. J'étais tellement heureux", se rappelle Denis Urubko.

Lorsqu’ils aperçoivent Elisabeth Revol, l’alpiniste française est mal en point. Elle vient de passer deux nuits, sans tente, à plus de 6 000 mètres d'altitude. Elle est seule. Son compagnon de cordée, le Polonais Tomasz Mackiewicz est resté 1000 mètres plus haut.

L’alpiniste souffrait de cécité des neiges et crachait du sang, un signe d'œdème, symptôme de mal aigu des montagnes.

Mais la montagne est également en train de faire son œuvre sur Elisabeth Revol. Exposée à des vents violents et des températures largement négatives, elle est victime d’hallucinations, ses extrémités sont en train de geler et elle a même perdu une chaussure.

Denis Urubko, lui donne alors ses propres gants pour sauver ses doigts. Ils montent aussitôt le camp et forcent Elisabeth Revol à s'hydrater et à prendre des médicaments.
Les deux sauveteurs évoquent pendant la nuit le cas de leur compatriote, resté bloqué plus haut.

"Nous ne savions que vaguement où il se trouvait. Avec Adam, nous ne savions pas quoi faire", observe-t-il. Les deux sont confrontés à un dilemme terrible : laisser la Française dans la tente et repartir à la recherche du Polonais, qui vivait alors probablement ses derniers moments, ou bien aider Elisabeth Revol à redescendre?

"Nous avons décidé de redescendre avec elle, parce que nous n'avions aucune chance d'aider Tomek mais que nous étions sûrs qu'Elisabeth aurait 100% de chances de survivre", explique-t-il.

Les trois repartent à l’aube, laissant Mackiewicz à son destin.

Ils mettent 5H30 pour atteindre le camp 1, d'où un hélicoptère les évacue. Elisabeth Revol repart ensuite en France, via Islamabad. Urubko et Bielecki, eux, repartent sur les pentes du K2, où Bielecki a eu le nez cassé lors d'une avalanche.


Le plus remarquable himalayiste aujourd'hui


Après cette douloureuse péripétie, le Russo-Polonais se lance seul à l'assaut du sommet du K2, après des désaccords avec le reste de son équipe, une tentative qualifiée de "suicidaire" par certains spécialistes.

Urubko affirme avoir atteint le camp 3, à plus de 7.000 mètres d'altitude avant de faire demi-tour. Une affirmation non vérifiable, ses images et vidéos ayant été confisquées par l'expédition polonaise dont il faisait partie. L'alpiniste de 44 ans est suivi par une impressionnante communauté de fans sur les réseaux sociaux qui suivent quotidiennement ses exploits. Une page Facebook créée par des fans est suivie par plus de 40 000 personnes.

Pour l'alpiniste pakistanais Nazir Sabir, qui a conquis le K2 et l'Everest, Denis Urubko, l'un des rares hommes à avoir atteint les quatorze sommets à plus de 8.000 mètres, est "le plus remarquable himalayiste aujourd'hui" et l’une des cinq légendes de l'alpinisme en activité." 

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